Italie : quatre questions sur l'élection présidentielle qui doit permettre de désigner un successeur à Sergio Mattarella

Plus d'un millier de grands électeurs votent à partir d'aujourd'hui, à Rome, pour choisir le prochain chef de l'Etat et "garant de la Constitution". Mais le nom du vainqueur pourrait être une surprise.

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Le président et le Premier ministre italiens, Sergio Mattarella et Mario Draghi, le 13 janvier 2021 à Rome. (AFP)

Qui prendra la succession de Sergio Mattarella ? Un millier de grands électeurs votent, à partir du lundi 24 janvier, pour désigner le prochain président de la République italienne. "Garant de la Constitution", le chef de l'Etat assure un rôle d'arbitre sans s'impliquer directement dans la politique du pays, dirigée par le Premier ministre. Et c'est justement l'actuel chef du gouvernement, Mario Draghi, qui est pressenti pour remporter l'élection, selon la presse locale. Après avoir mené campagne en coulisses, le milliardaire (et ancien Premier ministre) Silvio Berlusconi a, lui, renoncé à briguer la plus haute fonction de l'Etat.

Mais la désignation du président par le Parlement, lors d'un vote dont l'issue est réputée incertaine, peut réserver des surprises. Franceinfo fait le point sur les règles et les enjeux de cette élection.

Comment le président italien est-il désigné ?

Le chef de l'Etat, qui doit être âgé d'au moins 50 ans et avoir la nationalité italienne, est élu pour sept ans au suffrage indirect. Il est choisi par une assemblée composée des membres des deux chambres du Parlement, soit 630 députés et 321 sénateurs, ainsi que 58 délégués des régions. Au total, 1 009 grands électeurs sont donc réunis à partir de lundi pour désigner le successeur de Sergio Mattarella, dont le mandat prendra fin le 3 février.

Le vote a lieu à bulletins secrets dans l'hémicycle du palais Montecitorio, siège de la Chambre des députés, à Rome. Pour être élu lors des trois premiers tours, un candidat doit obtenir la majorité des deux tiers (672 voix). A partir du quatrième tour, la majorité absolue, soit 505 votes, est suffisante. Et le processus peut prendre du temps : comme le souligne le correspondant à Rome de Libération, le record est de 23 tours, en 1971, pour désigner Giovanni Leone. Depuis la première élection présidentielle en 1948, seuls trois scrutins ont vu le vainqueur s'imposer dès le premier tour, précise le quotidien.

Cette année, les contraintes sanitaires ont chamboulé la tenue du vote. Un seul tour de scrutin est organisé chaque jour, alors que plusieurs pouvaient auparavant avoir lieu lors d'une même journée. Un point de vote a aussi été installé sur le parking du palais Montecitorio, pour permettre aux personnes qui ont été testées positives au Covid-19 de voter depuis leur voiture.

Quels sont ses pouvoirs ?

D'ordinaire, le président italien assure un rôle discret dans la vie politique du pays. Chef des armées et de l'Etat, il nomme le chef du gouvernement et, sur proposition de ce dernier, les ministres. Il préside également le Conseil supérieur de la magistrature, nomme un tiers des membres de la Cour constitutionnelle, signe les traités internationaux et dispose du droit de grâce.

Mais, en cas de crise politique (fréquentes ces dernières années en Italie), le rôle du président devient crucial. En tant que "garant de la Constitution", il organise en effet les consultations sur la formation du gouvernement et dispose d'une certaine latitude sur le choix du Premier ministre. Cela a été le cas par exemple lorsque Sergio Mattarella a appelé Mario Draghi, en février 2021, après l'échec des consultations pour la reconduction de la coalition sortante menée par Giuseppe Conte (et après l'explosion de trois différents gouvernements en trois ans).

Le Sicilien, ancien juge à la Cour constitutionnelle, avait également mis son veto à la nomination d'un ministre de l'Economie eurosceptique en 2018, rappellent Les Echos. "Dans mon rôle de garant, je ne pouvais pas accepter un choix qui aurait pu conduire à la sortie de l'Italie de l'euro et provoquer les inquiétudes des investisseurs italiens et étrangers", avait alors expliqué Sergio Mattarella.

Le président italien, Sergio Mattarella, lors d'une conférence de presse à Rome, le 2 février 2021. (AFP)

Le président a par ailleurs le pouvoir de dissoudre les deux chambres du Parlement, une menace parfois agitée pour lever les blocages partisans. Il peut enfin refuser de promulguer une loi et la renvoyer aux députés et aux sénateurs pour modification. 

Qui sont les successeurs potentiels à la présidence ?

L'homme qui fait figure de favori pour s'installer au palais du Quirinal (la résidence présidentielle) n'est autre que Mario Draghi, l'actuel président du Conseil des ministres. Pourtant, l'ancien chef de la BCE s'est bien gardé d'annoncer officiellement sa candidature. Le 11 janvier, il déclarait encore en conférence de presse qu'il "ne répondrait à aucune question" sur l'élection, note Le Monde.

Le Premier ministre italien, Mario Draghi, lors du sommet du G20 à Rome, le 31 octobre 2021. (ANDREAS SOLARO / AFP)

Mais en coulisses, les proches de cette figure de la vie politique italienne (bien qu'il n'ait jamais exercé de mandat électif) font campagne et mettent en avant ses atouts pour le poste. Sans affiliation partisane, Mario Draghi a en effet "su réunir autour de lui un gouvernement d'union nationale rassemblant toutes les sensibilités politiques du pays et convaincre les alliés européens d'offrir à l'Italie 200 milliards d'euros du plan de relance sur six ans", rappelle L'Express.

Parmi les autres noms circulant dans la presse transalpine figurent celui d'un autre ancien Premier ministre, Giuliano Amato (83 ans, centriste), d'un commissaire européen à l'Economie, Paolo Gentiloni (67 ans, gauche) et de l'ancien président de la Chambre des députés, Pier Ferdinando Casini (66 ans, centriste). Beaucoup souhaitent aussi qu'une femme accède pour la première fois à la fonction suprême. Dans ce cas, la présidence pourrait échoir à la ministre de la Justice, Marta Cartabia (58 ans, centre-droit) ou à sa prédécesseure, Paola Severino (73 ans, centre-droit). Le nom de la présidente du Sénat, Elisabetta Casellati (66 ans, droite), est aussi évoqué.

Un temps candidat, l'ancien Premier ministre de droite Silvio Berlusconi a finalement renoncé à briguer la présidence, samedi 22 janvier. "Aujourd'hui, l'Italie a besoin d'unité", a-t-il dit, assurant prendre cette décision dans un esprit de "responsabilité nationale". S'il a affirmé disposer des voix nécessaires, les observateurs doutaient des chances du politicien de 85 ans. Il est en effet poursuivi pour subornation de témoins dans un nouveau volet du "Rubygate", le scandale des orgies organisées par Silvio Berlusconi dans une villa avec des prostituées.

Silvio Berlusconi lors d'un meeting des ses alliés de La Ligue, un parti d'extrême droite, le 19 octobre 2019 à Rome (Italie). (TIZIANA FABI / AFP)

Pourquoi le résultat est-il si incertain ?

L'issue de la présidentielle italienne est réputée difficile à anticiper, en premier lieu parce que le scrutin se déroule à bulletins secrets. Traditionnellement, ce poste ne revient pas à un chef de parti mais à une personnalité jugée au-dessus des formations politiques. Résultat, les politiciens cités en amont de l'élection en sortent souvent bredouilles et le poste échoit à un nom sorti du chapeau durant les opérations de vote.

C'est le sort qu'a connu Romano Prodi en 2013. Auréolé du prestige de son passage à la présidence de la Commission européenne et investi par le Parti démocrate, il semblait bien positionné pour l'emporter. Mais il a été trahi par une partie de ses soutiens et Giorgio Napolitano a obtenu la majorité des suffrages, devenant le seul président à être reconduit dans ses fonctions.

Cette année, le scrutin est d'autant plus imprévisible qu'aucun parti n'a suffisamment de poids au Parlement pour obtenir une majorité nette. Et le choix de Mario Draghi ne convainc pas tous les élus. Certains estiment qu'il apporterait plus à ses concitoyens en restant chef du Conseil et en menant les réformes de l'administration ainsi que du système fiscal et judiciaire, même si son mandat doit arriver à échéance en 2023. 

En moins d'un an au pouvoir, l'ancien président de la BCE a su maîtriser le jeu d'équilibriste consistant à diriger un gouvernement d'union nationale. Dans un pays qui a connu de multiples crises politiques, il est très populaire (plus de 60% d'opinions favorables) et dispose d'une importante crédibilité à la fois sur la scène internationale et en Italie, rappelle Le Monde

Si Mario Draghi quittait le gouvernement pour la présidence, il ne serait pas aisé de lui trouver un remplaçant capable de rassembler des forces politiques très morcelées. Certains redoutent donc que son élection au Quirinal ne provoque une nouvelle crise politique, voire des législatives anticipées.

Face à ce risque, certains appellent à prolonger le mandat de Sergio Mattarella. Fidèle à la tradition voulant que le président sortant ne se représente pas, l'octogénaire a toutefois déjà annoncé publiquement qu'il préférait céder sa place et profiter de sa retraite. 

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