Climat, pandémie, taxation internationale... Ce qu'il faut retenir du sommet du G20 de Rome

Les dirigeants des 20 pays les plus riches de la planète ont réussi à se mettre d'accord sur la taxation des multinationales, tout en s'engageant sur l'aide aux pays pauvres pour affronter la pandémie de Covid-19 et les effets du réchauffement climatique.

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Le logo du sommet du G20, à Rome, en Italie, dimanche 31 octobre 2021.  (PAVEL BEDNYAKOV / SPUTNIK / AFP)

Les chefs d'Etat et de gouvernement du G20 se sont réunis à Rome, en Italie, samedi 30 et dimanche 31 octobre. Avant de rejoindre Glasgow (Ecosse), où a débuté la COP26, ils ont notamment abordé la question du climat, mais aussi la taxation des multinationales, la relance post-pandémie et l'aide aux pays pauvres. Voici ce que l'on peut en retenir.

Un feu vert pour la taxation des multinationales

Les dirigeants du G20 ont d'abord donné leur feu vert à la réforme de la fiscalité des multinationales, prévoyant notamment de les taxer au minimum à 15%. Cet impôt devrait rapporter environ 150 milliards de dollars de recettes supplémentaires par an. Sous l'égide de l'OCDE, 136 pays, représentant plus de 90% du PIB mondial, s'étaient engagés début octobre à taxer de manière plus équitable les multinationales avec pour ambition< de mettre fin aux paradis fiscaux.

Désormais, chaque pays doit traduire cet accord mondial dans sa propre législation. Or, le premier volet de cette réforme, qui consiste à taxer les entreprises là où elles font leurs profits, indépendamment de leur siège social, se heurte déjà à de fortes réticences au Congrès américain. Cette mesure frappe en effet les géants d'internet américains, comme Google, Amazon, Facebook et Apple (Gafa), enclins à pratiquer l'optimisation fiscale en établissant leur siège là où la taxation est la plus faible.

Cette réforme fiscale est par ailleurs jugée insuffisante par certains pays émergents, d'autant que le taux moyen d'impôt sur les sociétés dans le monde est à présent de 22%, contre 50% en 1985.

Des discussions tendues entre Paris et Londres sur les licences de pêche

A l'issue d'une rencontre en tête-à-tête, dimanche, entre le Premier ministre britannique, Boris Johnson, et Emmanuel Macron, l'Elysée a déclaré travailler à "des mesures pratiques" et opérationnelles" dans "les tout prochains jours" pour favoriser "une désescalade" dans le conflit sur la pêche entre la France et le Royaume-Uni. Un point sera fait mardi sur la mise en œuvre ou non de mesures de rétorsion par Paris.

"Si le gouvernement français veut se présenter avec des propositions pour une désescalade par rapport aux menaces qu'ils ont formulées, elles seront les bienvenues", a déclaré le porte-parole du Premier ministre britannique à des journalistes au sommet du G20 à Rome. "Notre position n'a pas changé", a-t-il toutefois ajouté.

"La balle est dans le camp des Britanniques", a réaffirmé Emmanuel Macron en conférence de presse, dimanche. "Si les Britanniques ne font aucun mouvement de manière évidente, les mesures prévues à partir du 2 novembre devront s'appliquer", a-t-il prévenu.

La France reproche au Royaume-Uni d'accorder trop peu de licences post-Brexit à ses pêcheurs. Elle a promis, faute d'amélioration, d'interdire, dès mardi, aux navires de pêche britanniques de débarquer leur cargaison dans les ports français et de renforcer les contrôles douaniers de camions. Ces décisions ont été jugées "disproportionnées" par Londres qui, fait rare, a convoqué l'ambassadeur de France et menacé, en représailles, de renforcer le contrôle de navires européens frayant dans ses eaux.

La fin des subventions aux nouveaux projets de centrales au charbon à l'étranger

Alors que s'ouvre la COP26, à Glasgow (Ecosse), les pays du G20 se sont entendus pour arrêter, dès cette année, de subventionner de nouveaux projets de centrales électriques au charbon à l'étranger, qui engendrent de colossales émissions de gaz à effet de serre (GES), responsables du réchauffement climatique. "Nous mettrons fin à l'octroi de financement public à l'international pour de nouvelles centrales électriques au charbon d'ici la fin de 2021", note un projet de communiqué consulté par l'AFP.

En revanche, aucun objectif pour l'abandon du charbon au niveau national et aucune date claire n'a été donnée quant à la sortie complète du charbon ou des énergies fossiles

L'objectif de limiter la hausse des températures à +1,5 °C conforté

Le communiqué final du G20, négocié jusqu'au bout de la nuit de samedi à dimanche, réaffirme l'objectif de l'accord de Paris de 2015, à savoir "maintenir l'augmentation moyenne des températures bien en dessous de 2 °C et poursuivre les efforts pour la limiter à 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels". Mais il insiste en ajoutant : "Conserver 1,5°C à portée nécessitera des actions et des engagements significatifs et efficaces de tous les pays." Soit un "langage plus fort" qu'en 2015, assurent à l'AFP deux sources ayant participé aux négociations.

Quant à la date à fixer pour atteindre la neutralité carbone, 2050 ou 2060, le "milieu du siècle" est la formulation retenue par le G20. Un horizon moins précis que la date de 2050 voulue par la présidence italienne du G20.

Enfin, le G20 "a réaffirmé" l'engagement de "viser à mobiliser ensemble 100 milliards de dollars par an (...) jusqu'en 2025" pour permettre aux pays en développement de faire face au changement climatique. Cette question est l'un des points cruciaux discutés à Glasgow. Le signal envoyé par le G20 – qui réunit les principales économies développées (UE, Etats-Unis) et de grands émergents comme la Chine, la Russie, l'Inde ou le Brésil – était d'autant plus attendu que ces pays représentent 80% des émissions mondiales de GES.

La suppression des droits de douanes sur les importations d'acier et d'aluminium

A Rome, les Etats-Unis et l'Union européenne ont conclu un accord pour supprimer des droits de douane sur les importations d'acier et d'aluminium. La secrétaire américaine au Commerce, Gina Raimondo, a annoncé cet accord "historique" qui va permettre à "des quantités limitées d'importations européennes d'acier et d'aluminium d'entrer aux Etats-Unis en franchise de droits".

Le conflit sur les droits de douanes empoisonnait les relations commerciales entre Washington et Bruxelles depuis l'imposition de ces taxes par l'administration Trump.

Des aides aux pays les plus pauvres face à la pandémie de Covid-19

"Pour contribuer à atteindre les objectifs mondiaux de vacciner au moins 40% de la population dans tous les pays d'ici fin 2021 et 70% d'ici mi-2022", comme le recommande l'OMS, les pays du G20 se sont engagés à prendre des "mesures pour aider à renforcer la fourniture de vaccins et de produits médicaux de base dans les pays en développement". Dans ce but, le G20 a promis d'"éviter les restrictions aux exportations et d'accroître la transparence et la visibilité dans la livraison des vaccins".

Le gouvernement canadien s'est par ailleurs engagé à offrir "au moins 200 millions de doses de vaccins" supplémentaires aux pays pauvres pour combattre la pandémie de Covid-19 "d'ici la fin de 2022", a déclaré Justin Trudeau dans un communiqué. Du côté de l'aide financière, les pays du G20 promettent de reverser aux pays vulnérables 100 milliards de dollars sur le montant global de 650 milliards de dollars de droits de tirage spéciaux (DTS) émis par le Fonds monétaire international pour affronter la crise engendrée par la pandémie de coronavirus.

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