Crise Russie-Ukraine : gaz, blé, pétrole... Quelles sont les conséquences économiques possibles pour les Français ?

L'opération militaire russe en l'Ukraine accroît la tension sur le marché des matières premières. Mais si les prix grimpent, la pénurie n'est pas à l'ordre du jour. 

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Un site gazier de l'entreprise russe Novatek à Sabetta (Russie), dans l'Arctique russe, le 30 novembre 2021. (MAKSIM BLINOV / SPUTNIK / AFP)

Des quantités assurées, mais des prix qui s'envolent. L'escalade dans le conflit russo-ukrainien affole les cours de la Bourse. Vladimir Poutine a décidé d'envoyer ses troupes en territoire ukrainien dès l'aube, jeudi 24 février, trois jours après avoir reconnu l'indépendance des deux "républiques" séparatistes prorusses du Donbass, Donetsk et Lougansk.

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Mardi, l'Union européenne avait approuvé à "l'unanimité" des sanctions économiques contre la Russie. Face à la nouvelle étape franchie jeudi, elle réfléchit, avec ses alliés au sein de l'Otan et du G7, à mettre en œuvre un "paquet complet de sanctions les plus sévères" contre Moscou, a affirmé la ministre allemande des Affaires étrangères Annalena Baerbock. Franceinfo se penche sur les conséquences que cette situation très instable pourrait avoir sur l'économie française et les prix de certaines ressources essentielles.

Gaz : le blocage des prix maintenu

Riche de son gaz, la Russie tient une arme diplomatique. Elle possède les plus grandes réserves au monde et occupe le deuxième rang des principaux pays producteurs, derrière les États-Unis. Si environ 46% du gaz importé par les Etats de l'Union européenne provient de Russie, part qui grimpe à plus de 70% pour certains pays d'Europe de l'Est, la consommation de gaz russe en France est bien plus réduite, autour de 24%, selon un rapport d'information du Sénat.

"Nous sommes peu exposés au marché russe, c'est 1 à 2% des exportations et des importations françaises. (...) Le marché russe n'est pas un marché stratégique pour la France", a assuré le ministre de l'Économie Bruno Le Maire, dans un constat qui ne concernait pas uniquement le gaz, mercredi sur BFMTV.

La Russie peut moduler sa distribution pour jouer de la dépendance des Européens à son gaz, bien qu'elle se soit engagée, dans ses contrats gaziers, à livrer un volume de gaz défini. Et les sanctions décidées par les Occidentaux pourraient influer sur les livraisons de gaz russe, à l'image de la suspension par l'Allemagne, mardi, de la mise en service du gazoduc Nord Stream 2, qui devait la relier à la Russie.

De fait, les prix recommencent à flamber. Dans la seule journée de mardi, le marché a pris une dizaine de pourcents", pointait alors Philippe Chalmin, professeur à l'université Paris-Dauphine, interrogé par France 2.

Si jamais la Russie venait à couper les vannes de ses trois gazoducs vers l'Europe, la France pourrait importer davantage de gaz de ses autres fournisseurs, la Norvège ou l'Algérie, qui ont toutefois une production limitée. Elle pourrait également se tourner vers le gaz liquéfié, importé par bateau, mais cette démarche est plus longue, plus coûteuse et difficile à tenir sur le long terme. Le Qatar, pourtant un des principaux producteurs de gaz au monde, affirmait mardi qu'"aucun pays ne peut remplacer un tel volume".

La facture de gaz des Français risque-t-elle alors d'exploser ? Bruno Le Maire a assuré que le gouvernement maintiendrait "le gel du prix du gaz pour les particuliers en toutes circonstances", lors d'une audition devant la commission des Finances du Sénat mardi. Le blocage des tarifs du gaz pour les particuliers avait été décidé en octobre, dans le cadre du "bouclier tarifaire" instauré pour lutter contre l'inflation. "Nous le tiendrons quels que soient les prix du gaz dans les semaines à venir", a insisté le ministre de l'Economie.

Pétrole : une envolée possible

Avant même l'entrée des troupes russes en Ukraine, la crainte d'un conflit ouvert avait fait flamber le cours du Brent, le type de pétrole brut utilisé comme standard dans la fixation du cours mondial. Le prix du baril a dépassé 105 dollars jeudi, une première depuis 2014.

Pourtant, les sanctions adoptées par les Occidentaux contre la Russie ne menacent pas pour l'instant les exportations russes d'hydrocarbures, qui sont la principale ressource financière du pays. "Les sanctions imposées aujourd’hui, et celles qui pourraient être décidées bientôt, ne visent pas les flux de pétrole et de gaz", affirmait un responsable américain anonyme au Monde (article réservé aux abonnés), mercredi. "Nous souhaitons que le marché [mondial] note qu’il n’est pas nécessaire d’augmenter les prix pour le moment."

Selon lui, les pays consommateurs et l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) collaborent "pour faire face à toute flambée des prix". Mais les milieux économiques craignent que la Russie, troisième producteur mondial de brut derrière les États-Unis et l’Arabie saoudite, baisse sa production. Car pour Vladimir Poutine, les hydrocarbures sont aussi un moyen de pression très puissant sur les Européens, dont la Russie est le deuxième fournisseur de pétrole.

Blé : "aucune crainte" de pénurie

Les prix des céréales ont atteint jeudi matin des niveaux inédits sur le marché européen, avec un pic pour le blé à 344 euros la tonne sur Euronext, ont indiqué des analystes et courtiers à l'AFP. Les cours du blé et du maïs, dont l'Ukraine est le quatrième exportateur mondial, se sont envolés dès l'ouverture, quelques heures après le début de l'invasion russe.

Une augmentation due notamment à l'affrètement des conteneurs, et qui pourrait continuer. "S'il y a une guerre, la plupart des exportations passant par les ports de la Mer Noire, la prime de risque au niveau du fret maritime augmenterait, avec une répercussion directe sur le marché mondial", prévenait Michel Portier, directeur d'Agritel, un cabinet d'analyse spécialiste du marché agricole, contacté par franceinfo juste avant l'invasion de l'Ukraine.

Quelles conséquences pour la France ? "Il n'y a aucune crainte de pénurie de blé, car nous sommes producteurs et n'importons pas d'Ukraine", rassure Michel Portier, "et cette année nous n’importerons quasiment pas de maïs d'Ukraine". En revanche, "notre plus grosse dépendance, à l'heure actuelle, est sur le marché des huiles de tournesol, que nous importons à plus de 50% d'Ukraine, le premier producteur mondial", prévient-il. Cette huile est utilisée pour l'alimentation, mais également pour la production de biocarburants. Michel Portier reste confiant sur les quantités de production de céréales ukrainiennes pour cette année, car "l'Ukraine sort d'une campagne record en production de céréales comme le tournesol".

Mais l'analyste entrevoit un "vrai problème" pour le secteur agro-alimentaire français, à cause de l'envolée du prix du gaz : "Nous sommes très dépendants du gaz pour la production des engrais en agriculture, donc toute augmentation va avoir une conséquence sur le cout de production des céréales". Ce qui pourrait se répercuter à la caisse, sur le prix de vente de produits transformés comme les pâtes, la farine ou le pain.

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