Crise en Ukraine : quelles sont les sanctions prises par les pays occidentaux contre la Russie ?

Moins de 24 heures après la reconnaissance de l'indépendance des deux zones séparatistes d'Ukraine par Vladimir Poutine, plusieurs pays occidentaux ont annoncé des sanctions économiques et financières contre Moscou.

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La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à Bruxelles, le 22 février 2022. (JOHANNA GERON / POOL / AFP)

Les premières sanctions contre la Russie tombent, après la décision de Vladimir Poutine de reconnaître, lundi, l'indépendance des deux "républiques" séparatistes prorusses du Donbass, Donetsk et Lougansk. Une décision unanimement condamnée, des Etats-Unis à l'Union européenne en passant par la Turquie. En réaction, les menaces de sanctions, proférées depuis le récent regain de tension entre Kiev et Moscou, prennent forme, mardi 22 février.

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Les Etats-Unis sanctionnent financièrement les élites russes

Après la reconnaissance par Moscou de la souveraineté des séparatistes sur l'ensemble des régions de Lougansk et de Donetsk, Joe Biden a annoncé mardi une "première tranche" de sanctions qui doivent couper la Russie des financements occidentaux et visent les "élites russes" ainsi que des institutions financières. "Nous mettons en place de vastes sanctions sur la dette souveraine russe. Cela signifie que nous coupons le gouvernement russe du financement occidental", a déclaré le président américain lors d'une allocution.

Lundi soir, le président américain avait déjà interdit tout nouvel investissement, échange ou financement par des Américains à destination, en provenance ou à l'intérieur des régions prorusses reconnues par Moscou. Mais ces régions avaient déjà des relations extrêmement limitées avec les Etats-Unis. La porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki, a souligné que les sanctions qu'elle avait annoncées étaient "distinctes" et s'"ajouteraient" aux mesures économiques "rapides et sévères" préparées par Washington et ses alliés en cas d'invasion plus large.

L'Union européenne sanctionne les députés russes

"Nous sommes tombés d'accord sur un premier paquet de sanctions à l'unanimité", a annoncé le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, à l'issue d'une réunion des 27 ministres des Affaires étrangères à Paris, mardi. Ces sanctions "feront très mal à la Russie", a ajouté le chef de la diplomatie de l'UE, Josep Borrell. Elles visent notamment 351 députés russes de la Douma, qui ont voté la reconnaissance de l'indépendance des deux territoires, comme il l'avait évoqué sur franceinfo. Sans plus de détails, Josep Borrell a aussi précisé que des entités comme des banques seraient visées.

Interrogé sur franceinfo, le chef de la diplomatie européenne a averti que d'autres sanctions étaient à prévoir en cas d'"annexion" des territoires séparatistes. "Cela m'étonnerait beaucoup que tout s'arrête là", a-t-il précisé, rappelant que "les combats continuent [au Donbass], des centrales électriques ont été bombardées, il y a un niveau de violence, du point de vue de l'artillerie, qu'on n'avait pas vu depuis très longtemps". Quant à l'opportunité de sanctionner directement Vladimir Poutine, le dirigeant a préféré botter en touche.

L'Allemagne suspend le projet Nord Stream 2

Berlin tape du poing. Le chancelier allemand, Olaf Scholz, a aussi annoncé mardi suspendre l'autorisation du gazoduc Nord Stream 2 reliant la Russie à l'Allemagne via un tube de 1 230 kilomètres sous la mer Baltique. Contournant l'Ukraine, le tracé est censé augmenter les possibilités de livraison de gaz russe à l'Europe à un moment où la production au sein de l'Union européenne diminue. Le projet va faire l'objet d'une "réévaluation" politique par le ministère de l'Economie, a-t-il annoncé.

Avec ce projet, l'Ukraine craignait de perdre les revenus qu'elle tire du transit du gaz russe et d'être plus vulnérable vis-à-vis de Moscou. Le chef de la diplomatie ukrainienne s'est donc félicité de cette suspension "politiquement et moralement justifiée". Du côté russe, l'annonce allemande a suscité une réaction goguenarde de l'ancien président Dmitri Medvedev : "Bienvenue dans un monde nouveau, où les Européens vont bientôt payer 2 000 euros pour 1 000 m3 de gaz." L'addition pourrait être colossale pour l'Allemagne, qui a importé en 2020 à elle seule 56,3 milliards de m3 de gaz russe, soit 55% de ses besoins en gaz.

Le Royaume-Uni frappe au porte-monnaie

De son côté, le Royaume-Uni assure vouloir "frapper la Russie très fort". À l'issue d'une réunion de crise à Downing Street, Boris Johnson a annoncé que les mesures de rétorsion britanniques viseraient les "intérêts économiques russes qui soutiennent la machine de guerre russe". "N'ayez pas de doutes sur le fait que si des entreprises russes sont empêchées de lever du capital sur les marchés financiers britanniques (…) cela va commencer à faire mal", a assuré mardi Boris Johnson.

Ces sanctions visent trois milliardaires considérés comme proches du président russe : Guennadi Timtchenko, déjà sanctionné par les Etats-Unis, Boris Rotenberg, dont le frère Arkadi est déjà sanctionné, et son neveu Igor Rotenberg. Leurs actifs au Royaume-Uni seront gelés et ils ne pourront plus se rendre sur le territoire britannique. Sont également sanctionnées cinq banques russes dont Rossiïa et Promsviazbank. Des mesures a minima pour Londres, la place forte financière des grandes fortunes russes. "Nous ferons bien plus en cas d'invasion", a assuré Boris Johnson.

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