Energie : on vous explique les tensions autour du gazoduc Nord Stream 2 qui doit approvisionner l'Allemagne en gaz russe

Après des années de polémique, le gazoduc Nord Stream 2 est désormais achevé. 

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Le chantier du gazoduc Nord Stream 2 sur l'île de Rugen (Allemagne), dans la mer Baltique, photographié le 23 juillet 2021. (DMITRIJ LELTSCHUK / SPUTNIK / AFP)

La Russie a annoncé, vendredi 10 septembre, l'achèvement du gazoduc Nord Stream 2 sous la mer Baltique. Ce long tube de plus d'un millier de kilomètres approvisionnera l'Allemagne en gaz russe, après des années de polémique. L'ancien président des Etats-Unis Donald Trump, notamment, s'y est longtemps opposé. 

De quoi s'agit-il ?

Ce gazoduc, long de 1 230 kilomètres sous la mer Baltique, suit le même parcours que son jumeau Nord Stream 1, opérationnel depuis 2012, explique France 24 dans cette vidéo.

Nord Stream 2 a une capacité de 55 milliards de mètres cubes de gaz par an. Il doit permettre de doubler les livraisons de gaz russe vers l'Allemagne, principale promotrice du projet, en contournant l'Ukraine. Le tracé va augmenter les possibilités de livraison de gaz russe à l'Europe à un moment où la production au sein de l'Union européenne diminue. 

Exploité par Gazprom, le projet, estimé à plus de 10 milliards d'euros, a été cofinancé par cinq groupes énergétiques européens (OMV, Engie, Wintershall Dea, Uniper, Shell). Le chantier s'achève alors que les prix du gaz en Europe atteignent des records face à des stocks bas avant l'hiver. Le prix du gaz réglementé a ainsi augmenté de 8,7% en septembre en France, après une hausse de 10% en juillet et 5,3% en août.  Selon les déclarations du PDG de Gazprom, Alexeï Miller, les premières livraisons de gaz via Nord Stream 2 devraient intervenir cette année, peut-être dès octobre.

Pourquoi a-t-il été source de tensions ?

Pour ses détracteurs, le gazoduc va accroître durablement la dépendance énergétique européenne à l'égard de la Russie. En outre, en contournant la voie de livraison traditionnelle de gaz via l'Ukraine, Nord Stream 2 va priver cet allié de l'Occident d'environ un milliard d'euros par an de frais de transit. Après l'annonce de l'achèvement du chantier, la présidence ukrainienne s'est d'ailleurs empressée de proclamer que "l'Ukraine allait se battre contre ce projet politique russe jusqu'à son achèvement, après celui-ci et même après le commencement des livraisons de gaz".

L'ancien président des Etats-Unis Donald Trump avait fait de la lutte contre le projet l'une de ses priorités, d'autant plus qu'il cherchait également à écouler le gaz de schiste américain. Il avait d'ailleurs porté de sérieux coups aux travaux en faisant voter en 2019 une loi imposant des sanctions contre les entreprises impliquées dans la construction. Plusieurs sociétés, en raison de ces pressions, s'étaient retirées du projet, notamment du côté des assureurs couvrant le chantier.

Entamés en avril 2018, les travaux ont, de ce fait, été interrompus en décembre 2019 alors qu'il ne restait que 150 kilomètres de tube à poser dans les eaux allemandes et danoises. Il a repris un an plus tard et Gazprom a pu annoncer le 10 septembre que le gazoduc était achevé.

Qui a défendu le projet ?

La Russie, évidemment, mais, au sein de l'Union européenne, c'est l'Allemagne qui a été la principale promotrice du gazoduc. Elle l'a présenté comme un projet économique nécessaire pour accomplir sa transition énergétique et pérenniser les livraisons à toute l'Europe. 

Elle a finalement eu gain de cause à la suite d'un revirement de Washington après l'arrivée à la Maison Blanche de Joe Biden. Le président démocrate, qui avait entamé son mandat sur une ligne extrêmement hostile à Nord Stream 2, dans la lignée de ses prédécesseurs, a permis l'élaboration d'un compromis germano-américain pour tenter de clore ce litige. 

L'administration américaine a annoncé à la fin mai 2020 qu'elle renonçait à sanctionner la société Nord Stream 2 AG, chargée d'exploiter le gazoduc, levant ainsi un obstacle essentiel à sa mise en service. Les Etats-Unis ont ensuite annoncé en juillet un accord avec le gouvernement allemand pour mettre fin à leur dispute.

Parmi ses principales dispositions : de possibles sanctions contre Moscou en cas de dérapage et un engagement de Washington et Berlin à plaider ensemble pour le prolongement de dix ans des mesures garantissant le transit par l'Ukraine du gaz russe. Joe Biden a renoncé à bloquer le projet, estimant qu'il était trop tard et qu'il valait mieux miser sur l'alliance avec l'Allemagne, dont Washington souhaite s'assurer la coopération dans d'autres dossiers, notamment face à la Chine.

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