Quatre questions sur la mort du randonneur Simon Gautier en Italie

Les causes précises du décès du randonneur, retrouvé neuf jours après son appel à l'aide, ne sont pas encore déterminées.

Le camp de base établi par les secouristes pour recueuillir le corps du randonneur français Simon Gautier, lundi 19 août 2019 à l\'aube non loin de San Giovanni a Piro (Italie).
Le camp de base établi par les secouristes pour recueuillir le corps du randonneur français Simon Gautier, lundi 19 août 2019 à l'aube non loin de San Giovanni a Piro (Italie). (ELIANO IMPERATO / AFP)

Neuf jours après, le pire des scénarios s'est donc produit. Le corps de Simon Gautier, un jeune Français de 27 ans parti seul en randonnée dans le sud de l'Italie, a été retrouvé dimanche 18 août à Belvedere di Ciolandrea, dans la province de Salerne, à environ 200 kilomètres au sud de Naples.

Si le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a adressé dans la soirée ses remerciements aux "autorités italiennes qui se sont mobilisées pour (...) retrouver" le jeune homme, les proches de Simon ont pendant plusieurs jours dénoncé le manque de moyens engagés pour tenter de le retrouver. Franceinfo revient sur les questions qui se posent après la mort du Français.

Comment le corps a-t-il été retrouvé ?

Selon La Repubblica (article en italien), le corps de Simon Gautier a été repéré "dans un ravin" dimanche par un membre des secours alpins qui scrutait la zone supposée de sa disparition avec des jumelles. Il a d'abord repéré à distance le sac à dos du jeune homme, puis à proximité son corps immobile. Une équipe dépêchée sur les lieux n'a pu que constater le décès du randonneur. Les secours, qui ont utilisé des cordes et des techniques d'alpinistes pour atteindre ce ravin situé dans une zone difficile d'accès, ont choisi de passer la nuit près du corps et d'attendre la lumière du jour lundi matin pour commencer son évacuation vers une plage, rapporte le correspondant de franceinfo en Italie.

Les secouristes ont alors placé le corps sur une civière et l'ont fait descendre en rappel jusqu'à une petite plage en contrebas. De là, une vedette des garde-côtes l'a récupéré et emmené à la mi-journée au port de Policastro Bussentino. Il a ensuite été conduit à l'hôpital le plus proche, à Sapri.

France 2

Dimanche, des traces de sang avaient été retrouvées près d'un chemin qu'aurait pu emprunter le jeune homme, qui vivait depuis deux ans à Rome pour rédiger une thèse en histoire de l'art.

Peu avant l'officialisation de la découverte du corps de Simon Gautier, une messe en plein air a été dite dans le village de Scario, le plus proche de la zone des recherches, avant une petite retraite aux flambeaux. Dans la soirée, la France a dépêché une équipe de soutien psychologique pour les proches du jeune homme, dont ses parents, présents depuis plusieurs jours sur les lieux.

Quand et comment est-il mort ?

La question fait polémique. La dernière preuve de vie du Français remontait au vendredi 9 août, au lendemain de son départ de la ville de Policastro Bussentino pour sa randonnée qui devait l'amener jusqu'à Naples. Peu avant 9 heures, Simon Gautier a appelé les secours avec son téléphone portable. Mais il n'a pas pu dire où il se trouvait. "Je suis tombé d'une falaise, j'ai les jambes cassées, aidez-moi, je vois la mer mais je ne sais pas où je suis", a-t-il indiqué aux sauveteurs.

Difficile, pour l'heure, de savoir si Simon Gautier est mort peu après ce coup de fil ou plus tardivement. Une de ses amies, venue participer aux recherches, avait décrit auprès de l'AFP un jeune homme "très sportif et organisé", qui "avait préparé son voyage". Un autre assurait samedi à France 2 que l'"énorme sac à dos de randonnée" de son ami contenait vraisemblablement "assez de vivres pour survivre plus de quinze jours".

Toutefois, lorsque son corps a été retrouvé, son sac à dos et son téléphone se situaient quatre à cinq mètres au-dessus de lui, hors de sa portée. C'est peut-être la raison pour laquelle il n'a pas répondu, par la suite, aux appels des secours.

Quel dispositif a été déployé pour le rechercher ?

"Dès le moment où l'appel à l'aide de Simon est parvenu aux carabiniers (...), les opérations ont débuté immédiatement pour géolocaliser le téléphone", a assuré samedi la préfecture de Salerno, dont dépend la zone où Simon Gautier avait disparu.

Pendant la semaine, des petites équipes d'experts et des dizaines de bénévoles, des bergers et des habitants de la zone, mais aussi une vingtaine de proches du jeune homme accourus à sa recherche, ont arpenté les sentiers de cette région où montagne et falaises se jettent dans la mer, sous un soleil de plomb.

Les autorités italiennes "déploient d'importants moyens matériels et humains, qui sont renforcés, afin de retrouver Simon Gautier dans une zone étendue et difficile d'accès", affirmait vendredi une source du Quai d'Orsay à franceinfo, qui évoquait encore "des survols par hélicoptère et drones, le recours à des équipes de spéléologues, la mobilisation de volontaires et de la reconnaissance depuis la mer".

Aurait-il pu être sauvé ?

La question reste entière. Comme les proches de Simon Gautier, plusieurs journaux ont pointé du doigt une mobilisation tardive des services de secours. Le Parisien relevait ainsi mercredi que le randonneur a joint le 9 août "les carabiniers de Lagonegro, une commune située à une vingtaine de kilomètres de là où aurait eu lieu l'incident. Mais il faudra attendre la fin de journée pour que les recherches, confiées finalement à la municipalité de San Giovanni a Piro, ne commencent réellement."

Le premier hélicoptère n'a en outre décollé que 48 heures après l'appel à l'aide et les équipes à terre sont longtemps restées peu nombreuses pour une zone de recherches escarpée de plus de 140 km2.

Et ce n'est qu'au bout d'une semaine, quand la commune de Policastro a diffusé des images de caméras de surveillance montrant le passage du jeune homme, en débardeur noir et bermuda en jean, que des témoins ont déclaré l'avoir aperçu le soir du 8 août sur une plage où il semblait se préparer à passer la nuit.

Ces témoignages et des "données techniques" liées à son téléphone ont permis de resserrer les recherches autour des trois sentiers qu'il avait pu emprunter le matin depuis cette plage. Les incertitudes au sujet de la mort du Français pourraient en tout cas se dissiper en partie bientôt. Une autopsie devrait être menée pour examiner les causes de la mort, afin de déterminer en particulier si une mobilisation plus rapide et plus massive des secours aurait pu le sauver.