"C'est comme une bombe atomique" : à quoi ressemble un ouragan comme Dorian vu de l’intérieur ?

Après avoir balayé les Bahamas, l'ouragan, rétrogradé de catégorie 5 à 3, se dirige lentement vers les côtes américaines. Que vit-on au cœur d'un cyclone aussi puissant ? Témoignages de ceux qui ont dû affronter dans le passé de tels événements climatiques.

L\'ouragan Dorian se dirige vers la Floride (Etats-Unis), après avoir frappé les Bahamas, le lundi 2 septembre 2019.
L'ouragan Dorian se dirige vers la Floride (Etats-Unis), après avoir frappé les Bahamas, le lundi 2 septembre 2019. (SCOTT OLSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

Des vagues atteignant les toits des maisons, des voitures renversées... Les images des dégâts causés par l'ouragan Dorian, qui a frappé les Bahamas dimanche 1er septembre avec des rafales de vent à plus de 350 km/h, sont impressionnantes.

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Après avoir balayé l'archipel des Caraïbes, le cyclone, placé en catégorie 5, la force maximale sur l'échelle de Saffir-Simpson, a été rétrogradé en catégorie 3. Il suit désormais une trajectoire lente et incertaine vers le sud des Etats-Unis. Les autorités américaines des régions côtières ont ordonné l'évacuation préventive de centaines de milliers de personnes. Car dans le cœur du cyclone, le danger est colossal pour les populations restées sur place. Pour tenter de comprendre ce qu'il se passe à ce moment-là, franceinfo s'est plongé dans les récits de ceux qui ont déjà été frappés par un tel événement climatique.

Des toits qui s'envolent

"J'ai cru que j'allais mourir, racontait Margaux, quelques jours après le passage de l'ouragan Irma de catégorie 5, en septembre 2017. Cette femme, qui vit sur l'île de Saint-Martin, dans les Antilles, s'est abritée chez le couple de restaurateurs qui l'employait lors de la catastrophe, avec leur fille de 5 ans. Durant quatre heures et demie, ils sont restés confinés dans la salle de bain, tenant le plafond à bout de bras pour éviter qu'il ne s'écroule. "Je protégeais la petite. Je paniquais. (…) Je lui [ai dit] que j'[avais] peur de partir. Elle m'a dit : 'Mais on ne va pas partir !' Ça m'a fait rigoler. Heureusement qu'elle était là et que je n'étais pas toute seule", ajoutait la jeune femme.

Jacques Houpert, proviseur adjoint d'un lycée à Grande-Terre, a également été marqué par l'ampleur du phénomène. Fraîchement arrivé en Guadeloupe un mois avant Irma, il appréhendait son premier ouragan presque comme "un bizutage". Il a finalement été surpris par la violence du cyclone. "C'est l'horreur ici. C'est quelque chose d'inimaginable", confiait-il à franceinfo pendant l'ouragan Irma

Des vagues dévastatrices

Vitres qui explosent, toits arrachés... Les habitants des zones touchées doivent aussi faire face à des dégâts matériels. Avec des rafales atteignant 200 km/h, le cyclone Maria a balayé les Caraïbes quelques semaines après Irma. En Guadeloupe, Fabienne Michaux-Vignes-Dorocant avait tenté de protéger son domicile. "On a renforcé les deux grandes baies vitrées qui donnaient face au vent, dans notre chambre et dans le salon", détaillait-elle à franceinfo. Sans succès. "Les deux baies vitrées ont volé en éclats, on s'est réfugiés dans les chambres des enfants", poursuivait-elle. Le tout dans le noir, "parce qu'il n'y avait plus d'électricité" .

J'avais l'impression que des chevaux ou des bêtes sauvages essayaient de rentrer dans la maison.Une habitante de Marie-Galante, lors du passage de l'ouragan Maria à franceinfo

Les pluies torrentielles des ouragans génèrent des inondations dévastatrices. Mais près des côtes, le cyclone provoque en plus un effet de surélévation du niveau de la mer.

"Avec Dorian, des vagues de 5 à 7 m de hauteur sont prévues sur Grand Bahama, alors que l'île culmine à 12 m. On s'attend à des inondations exceptionnelles sur ces zones très plates et donc vulnérables", alerte Olivier Proust, prévisionniste chez Météo France. Des vagues de plusieurs mètres s'étaient également abattues sur les îles de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy en 2017, emportant bateaux, voitures, arbres et mobilier urbain sur leur passage. "Le vent et l'eau, tout est rentré dans la maison. Et comme il y avait aussi des objets, c'était un fracas infernal, rapportait une habitante de Saint-Martin après le passage d'Irma. Je suis sortie très tardivement, et on avait l'impression que ça avait été soufflé par une bombe atomique. Tout était soufflé, éventré, on n'en croyait pas nos yeux."

Des secours bloqués

Durant les ouragans, les pompiers tentent de garder le contact avec la population. "Dès les premières heures d'Irma, des personnes nous ont appelés. On leur donnait des conseils pour se replier, se remémore Christophe Lepinay, adjudant chef des pompiers de Saint-Barthélemy, contacté par franceinfo. Mais après deux ou trois heures, le réseau téléphonique est tombé en panne."

En plein cyclone, l'action des pompiers reste limitée. Soumis à une obligation de confinement comme le reste des habitants, ils ont interdiction de sortir en intervention. Même constat de la part du lieutenant-colonel Sébastien Manzoni, commandant de la compagnie de gendarmerie à Saint-Martin et Saint-Barthélemy.

On nous signalait des toits arrachés, une montée des eaux. On a répondu qu'on ne pouvait pas sortir.Le lieutenant-colonel Sébastien Manzonià franceinfo

"On est obligés de subir. Quand le réseau téléphonique est tombé, ça a été pénible, se remémore Christophe Lepinay. On voulait savoir ce qui nous attendait dehors." Après le passage de Dorian, un premier bilan fait état d'au moins cinq morts dans les Bahamas. En 2017, l'ouragan Irma avait provoqué 134 décès.