Cinq choses à savoir sur la guerre oubliée au Tigré, dans le nord de l’Ethiopie

Les violences ont débuté en novembre 2020 et ont fait des dizaines de milliers de morts et plus de deux millions de déplacés. 

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
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Des civils fuyant les violences après des affrotements entre les soldats de l'armée fédérale éthiopienne et les rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), à Zarima, en Ethiopie, le 16 septembre 2021. 
 (AMANUEL SILESHI / AFP)

Les rebelles éthiopiens du Tigré et le gouvernement fédéral, qui s'affrontent dans le nord de l'Ethiopie, ont affiché récemment leur volonté de partciper à des pourparlers sous l'égide de l'Union africaine (UA). Mais cette lueur d'espoir a vite laissé place à l'inquiétude en raison de la reprise des combats après des mois de trêve. Retour sur ce conflit meurtrier qui dure depuis près de deux ans.


 

1 Le Tigré, une région autonome


Avec plus de 110 millions d’habitants, l’Ethiopie est le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique. C’est une République fédérale divisée en 10 régions autonomes dont le Tigré qui a pour capitale Mekele. Ce territoire, plus grand que la Suisse, est situé au nord du pays, à la frontière de l'Erythrée et du Soudan. La région est peuplée de près de six millions d'habitants appartenant pour la plupart à l’ethnie tigréenne qui représente environ 6% de la population totale de l'Ethiopie. 


Carte de l'Ethiopie avec la région du Tigré située à l'extrême nord du pays.  (AFP)


 

2Le début de la guerre 

Officiellement, la guerre a commencé en novembre 2020 par une offensive lancée par le gouvernement central pour renverser les autorités rebelles du Tigré issues du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Le parti qui dirige la région autonome a été accusé d’avoir attaqué des bases de l’armée fédérale au Tigré. Mais le conflit remonte à 2018 avec l’arrivée du nouveau Premier ministre Abiy Ahmed d’origine oromo, l’ethnie la plus importante du pays. Ce dernier a écarté progressivement du pouvoir fédéral le Front de Libération du Peuple du Tigré (TPLF) qui était une force politique majeure en Éthiopie depuis 1991.

 
 

3Les principaux acteurs du conflit


La guerre oppose en premier lieu le gouvernement central éthiopien au gouvernement régional du Tigré. Cependant, le conflit a ravivé d’anciennes querelles et de nombreuses parties y ont pris partcomme l’explique Fisseha Tikele, chercheur chez Amnesty international. "De manière générale, tous ceux qui avaient un grief envers le TPLF et sa gouvernance passée de l’Ethiopie ont apporté leur soutien au gouvernement fédéral", précise le spécialiste de l’Ethiopie. Il cite le cas des régions de l'Amhara et de l'Afar qui bordent le Tigré mais surtout celui de l’Érythrée, pays voisin, et ancien ennemi qui s'est impliqué militairement sur le terrain. Après l'avoir longtemps nié, le Premier ministre Abiy Ahmed a finalement admis l'engagement de troupes érythréennes au Tigré.
 

4Des conséquences catastrophiques


Les violences meurtrières qui durent depuis près de deux ans ont fait des milliers de morts et provoqué le déplacement de plus de deux millions de personnes. Cette guerre oubliée a été marquée par de multiples exactions − massacres, viols et tortures − commises par "toutes les parties", selon une enquête conjointe de l’ONU et de la Commission éthiopienne des droits de l’homme. Le conflit a eu des conséquences "énormes" sur les civils selon Amnesty internationale. Des centaines de milliers de personnes se trouvent aujourd’hui dans des conditions proches de la famine. Le chef de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) Tedros Adhanom Ghebreyesus, originaire de la région du Tigré, parle de "la pire catastrophe dans le monde".
 
 
 

5Quelles sont les chances de la paix ?


Les rebelles du Tigré ont annoncé le 11 septembre 2022 qu’ils étaient prêts à des pourparlers sous l’égide de l’UA. Une option qu'ils avaient jusqu'alors toujours rejetée. Le gouvernement central éthiopien a assuré, pour sa part, qu'il restait "engagé" dans des pourparlers de paix de l'UA.

Théoriquement, les deux parties se disent prêtes à mettre fin au conflit armé dans le nord de l’Ethiopie. Des envoyés spéciaux, américains et européens tentent depuis août 2022 d’inciter les belligérants à entamer des négociations formelles. Mais leur médiation n’a jusque-là pas permis de freiner la reprise des combats. Si la communauté internationale et les pays donateurs font pression, ils pourraient être entendus. Les autorités rebelles du Tigré tout comme le gouvernement d’Addis-Abeba ont tout intérêt à sortir de l'isolement et à en finir avec une guerre "probablement impossible à gagner", comme l’explique International Crisis Group

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