Guerre au Tigré : l'Ethiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus, patron de l’OMS, est accusé de "forfaiture" par son pays natal

Le régime d'Addis Abeba blamé de toutes parts accuse le patron de l'OMS, natif du Tigré, de soutenir les rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'Organisation mondiale de la Santé, lors d'une conférence de presse le 20 décembre 2021 à Genève, en Suisse, où se trouve le siège de l'OMS. (FABRICE COFFRINI / AFP)

Forfaiture : "manque de loyauté, trahison", explique le Larousse. Ainsi, jeudi 13 janvier 2022, le gouvernement éthiopien a demandé l’ouverture d’une enquête pour "forfaiture" à l'encontre du directeur général de l'OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, pour ses commentaires sur la situation humanitaire au Tigré, dont il est lui-même originaire. 

"Nulle part ailleurs dans le monde nous assistons à un enfer comme au Tigré", avait déclaré le directeur de l’OMS. Il est "épouvantable et inimaginable à notre époque, au XXIe siècle, qu'un gouvernement refuse à son propre peuple, depuis plus d'un an, l'accès à la nourriture, aux médicaments et à tout ce qu'il faut pour survivre", avait-il ajouté en appelant à une résolution "politique et pacifique" du conflit.

(Traduction : "Les habitants du Tigré en Ethiopie, qui subissent depuis plus d'un an un blocus de fait, meurent faute de médicaments et de nourriture et d'attaques de drones à répétition. L'OMS et ses partenaires demandent au gouvernement éthiopien de mettre fin maintenant au blocage et de permettre un libre accès.")

La réponse d’Addis Abeba par la voix de son ministre des Affaires étrangères n’a pas été plus diplomatique. Le Dr Tedros "s'est immiscé dans les affaires intérieures de l'Ethiopie, y compris dans les relations de l'Ethiopie avec l'Etat d'Erythrée". L’Ethiopie demande donc à son illustre ressortissant de "se récuser de tout sujet concernant l’Ethiopie", considérant que les propos du directeur de l’OMS menacent l’intégrité de l’organisme.

Le gouvernement éthiopien réclame l'ouverture d'une enquête contre Tedros Adhanom Ghebreyesus pour "forfaiture et violation de sa responsabilité professionnelle et légale". Selon Addis Abeba, Tedros lui a imputé des actes de guerre qui ont été menés par les rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).

Ni l'OMS, ni son directeur n’ont fait aucun commentaire en revanche sur le terme de "forfaiture". Il laisse entendre pourtant que l’Ethiopie pouvait s’attendre à un meilleur traitement de la part d’un ressortissant. Or, affirme l’OMS, cette plainte n’a rien changé à son travail. "Elle va continuer à demander au gouvernement éthiopien d'autoriser l'accès de l'aide humanitaire aux sept millions de personnes qui vivent au Tigré, en Ethiopie, et subissent de fait un blocus, depuis plus d'un an"

108 civils tués par des bombardements

D’autant que les nouvelles qui viennent du terrain ne sont pas bonnes. Selon le Haut-Commissariat aux droits de l’Homme (HCDH), 108 civils ont été tués et 75 blessés dans la région du Tigré par des frappes aériennes depuis le début de l’année. Des frappes que Liz Throssell, porte-parole du HCDH, a imputé aux forces d’Addis Abeba. Throssell a appelé les autorités éthiopiennes et leurs alliés à assurer la protection des civils conformément au droit international. "Le non-respect des principes de distinction et de proportionnalité pourrait constituer des crimes de guerre", a-t-elle déclaré.

Dans le même temps, le Programme alimentaire mondial annonçait l’arrêt imminent de ses activités dans le nord du pays, en raison d’intenses combats à proximité. De quoi apporter de l’eau au moulin du Dr Tedros.

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