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TikTok : trois questions sur l'interdiction de l'application chinoise dans des institutions et des Etats occidentaux

Les autorités européennes et américaines craignent notamment que Pékin puisse accéder aux données des utilisateurs de la plateforme
Article rédigé par franceinfo avec AFP
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
L'application TikTok a été interdite d'usage par plusieurs gouvernements occidentaux à leurs employés. (photo d'illustration) (LOIC VENANCE / AFP)

Plus d'un milliard d'utilisateurs, un immense succès chez les jeunes, mais une source d'inquiétude grandissante dans plusieurs pays occidentaux. Face au phénomène TikTok, plusieurs gouvernements ou institutions prennent aujourd'hui des mesures pour interdire à leurs employés l'utilisation de la plateforme. Mardi 28 février, le Parlement européen a ainsi ordonné aux eurodéputés et aux salariés de l'institution de retirer TikTok de leurs téléphones professionnels avant le 20 mars, selon des informations de France Télévisions.

En cause : la maison mère de TikTok, l'entreprise chinoise ByteDance. Les Occidentaux craignent notamment que Pékin puisse accéder, via l'application, aux données d'utilisateurs du monde entier. Franceinfo revient en trois questions sur les restrictions décidées ces dernières semaines.

1 Quels sont les Etats qui ont interdit TikTok à leurs fonctionnaires ?

Le gouvernement américain a été le premier à dégainer. Aux Etats-Unis, une loi ratifiée par le président Joe Biden, début janvier, interdit le téléchargement et l'utilisation de TikTok sur les appareils des fonctionnaires de l'Etat fédéral américain. Une vingtaine d'Etats américains ont pris une mesure similaire pour leurs propres employés. Les fonctionnaires de l'administration Biden ont eu 30 jours pour désactiver le réseau social chinois de leurs téléphones. Les agences fédérales américaines doivent également s'assurer que les appareils ne sont plus dotés de l'application de vidéos sous 30 jours, a ordonné, le 27 février, le bureau de la gestion et du budget à la Maison Blanche.

La Commission européenne a emboîté le pas à Washington. L'institution a interdit, le 23 février, l'usage de l'application sur les appareils professionnels de ses 32 000 employés. Ces derniers ont jusqu'au 15 mars au plus tard pour désinstaller l'application de leurs appareils professionnels (téléphones, tablettes, etc.), a précisé Bruxelles. Ils devront aussi supprimer TikTok de leurs appareils personnels si ces derniers contiennent des applications validées pour une utilisation professionnelle (messagerie électronique, applications de visioconférence), dans l'objectif de "protéger les données de la Commission".

Le gouvernement canadien a annoncé, quelques jours plus tard, bannir TikTok des appareils mobiles qu'il fournit à son personnel. Le commissariat canadien à la Protection de la vie privée a lancé une enquête sur l'application visant à établir sa conformité aux lois canadiennes

Le Parlement danois a aussi demandé, mardi, à ses députés et à l'ensemble de son personnel de bannir l'application des appareils mobiles. Et en France ? Le ministère des Armées réfléchit à un guide des "bonnes pratiques" sur l'usage du réseau social, et envisage de "déconseiller" son utilisation aux militaires, selon les informations de franceinfo. De son côté, le Sénat doit lance, cette semaine, une commission d'enquête sur le sujet, en vue de recommandations, voire d'une proposition de loi d'ici à cet été. 

2 Quelles sont les raisons avancées pour justifier ces interdictions ?

Les Etats et institutions occidentaux cités redoutent avant tout que le régime chinois accède aux données des utilisateurs de TikTok. Les législateurs américains considèrent ainsi l'application comme une menace à la sécurité nationale. "Le problème fondamental est que TikTok appartient à ByteDance, qui est lui-même soumis au contrôle effectif du Parti communiste chinois", expliquait, fin décembre, sur la chaîne CNN (contenu en anglais), Mike Gallagher, élu républicain de la Chambre des représentants.

Même explication du côté du Canada, qui parle d'une décision prise "à titre préventif". "Sur un appareil mobile, les méthodes de collecte de données de TikTok donnent un accès considérable au contenu du téléphone", a souligné Mona Fortier, présidente du conseil du Trésor au sein du gouvernement Trudeau.

L'exécutif européen a, pour sa part, justifié sa décision par la protection de la "Commission contre les cybermenaces. Il est de notre devoir de réagir le plus tôt possible aux cyberalertes potentielles", précise un communiqué.  "La Commission a, dès le début de son mandat, mis l'accent sur la cybersécurité, la protection de ses collaborateurs et de tous ceux qui travaillent" pour l'institution, a également déclaré à la presse, le 23 février, le commissaire à l'Industrie, Thierry Breton. Sans livrer plus de détails. "Nous ne sommes nullement contraints de donner les raisons pour lesquelles nous prenons [de telles] décisions", a-t-il insisté.

Copenhague a pour sa part évoqué mardi un "risque d'espionnage". De son côté, l'eurodéputé EELV français David Cormand s'est montré plus direct au micro de franceinfo : "C'est une très mauvaise idée d'utiliser ce réseau social qui est utilisé vraisemblablement par la Chine pour avoir accès à un certain nombre de données".

3 Comment TikTok se défend-il ?

L'entreprise a pris plusieurs mesures pour tenter de convaincre les autorités américaines que les données des utilisateurs américains de la plateforme étaient protégées, notamment en les stockant sur des serveurs situés aux Etats-Unis. Cependant, la plateforme a admis que des employés basés en Chine avaient accès à ces données, même si cela se faisait, selon lui, dans un cadre strict et limité. "Le Parti communiste chinois (PCC) ne nous a pas demandé de partager ces données, a régulièrement affirmé TikTok, cité par l'AFP. Nous n'avons pas transmis au PCC des informations relatives aux utilisateurs américains et nous ne le ferions pas si on nous le demandait".

Fin décembre, ByteDance avait également admis auprès de l'AFP que plusieurs de ses employés avaient eu accès à des données de la plateforme TikTok pour traquer des journalistes afin d'identifier les sources à l'origine de fuites d'informations aux médias. Dans une déclaration à l'AFP, ByteDance avait alors condamné une "initiative malencontreuse qui violait gravement le code de conduite de la société".

Néanmoins, face aux décisions prises par plusieurs autorités gouvernementales, le réseau social affiche sa désapprobation. "Cette suspension est malavisée et fondée sur des conceptions fondamentalement erronées. Nous sommes surpris que la Commission ne nous ait pas contactés directement, ni ne nous ait donné l'opportunité de nous expliquer", a, par exemple, déploré TikTok dans un communiqué, après la décision de Bruxelles. Une porte-parole de TikTok avait également déploré, dans un courriel à l'AFP, une décision "curieuse", prise "sans citer de problème de sécurité spécifique" concernant l'annonce des autorités canadiennes. 

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