Attentat de Conflans : retour en huit actes sur les annonces du gouvernement face au terrorisme islamiste

Après l'assassinat de Samuel Paty, le gouvernement, en particulier le ministère de l'Intérieur, a multiplié les annonces pour afficher sa détermination à lutter contre le terrorisme islamiste.

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Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin à l'Assemblée nationale, le 13 octobre 2020. (MAXPPP)

"Un plan d'action" avec des réponses politiques "à court et moyen terme". Après l'assassinat de Samuel Paty, qui enseignait dans un collège de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), le gouvernement a assuré qu'il réagirait avec "la plus grande fermeté" pour lutter contre le terrorisme islamiste. Pressé par l'opposition d'apporter des réponses concrètes, le Premier ministre Jean Castex a dévoilé, vendredi 23 octobre, des nouvelles mesures pour son projet de loi sur le "séparatisme", qui sera présenté en Conseil des ministres en décembre.

Fermeture de mosquée, expulsion d'étrangers fichés, lutter contre le "cyberislamisme"… Durant toute la semaine, l'exécutif a multiplié les annonces et les interventions dans les médias pour défendre sa stratégie. Franceinfo remonte le fil.

Acte 1 : Gérald Darmanin veut expulser 231 étrangers fichés

Deux jours après l'attentat, le ministre de l'Intérieur annonce son intention d'expulser 231 étrangers fichés car soupçonnés de liens avec l'islamisme. Parmi ces 231 étrangers, 180 sont actuellement incarcérés et les 51 autres qui sont en liberté vont être interpellés, a confirmé cette même source. "Il y a 22 000 personnes qui sont fichées pour islamisme radical, suivies par nos services (…) Beaucoup de gens ont déjà été expulsés. Sur ces 8 000 fiches actives, il y a 600 étrangers en situation irrégulière", explique Gérald Darmanin, au risque de devoir se confronter à plusieurs obstacles juridiques.

Acte 2 : le ministre de l'Intérieur ordonne des visites domiciliaires

Le lendemain, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin est l'invité d'Europe 1. Il annonce que des opérations de police sont en cours contre des personnes qui ont apporté leur soutien au terroriste sur les réseaux sociaux. "80 enquêtes pour 'haine en ligne' ont été ouvertes (...) Je ne peux pas en dire beaucoup plus, mais elles concernent des dizaines d'individus, pas forcément en lien avec l'enquête", précise-t-il, glissant que "le président de la République a demandé qu'on les accélère [actions de police] et que parfois, on les rende publiques."

Il faut muscler l'Etat de droit (...) Les démocraties ont eu raison d'Hitler et de Staline, elles auront raison de l'islamisme radical.

Gérald Darmanin

sur Europe 1

Le ministre de l'Intérieur annonce qu'une cinquantaine d'associations sont dans le viseur du gouvernement. Ces structures "verront toute la semaine un certain nombre de visites des services de l'Etat et plusieurs d'entre elles, à ma proposition (…) se verront dissoudre en Conseil des ministres", prévient-il, en référence notamment au Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF). "Nous avons un certain nombre d'éléments qui nous permettent de penser qu'effectivement c'est un ennemi de la République", justifie-t-il, en précisant que l'association "dénonce l'islamophobie d'Etat". Il cite également l'ONG BarakaCity.

Acte 3 : le gouvernement met en cause l'Observatoire de la laïcité

Les personnes ou structures soupçonnées d'islamisme ne sont pas les seules cibles de l'exécutif. Selon un article du Point publié lundi, le gouvernement entend également procéder à un renouvellement de l'Observatoire de la laïcité, créé en 2007 afin d'assister le gouvernement dans le respect du principe de laïcité en France. "Il semble plus préoccupé par la lutte contre la stigmatisation des musulmans que par la défense de la laïcité", affirme-t-on dans l'entourage de Marlène Schiappa, à propos du rapporteur général de l'instance, Nicolas Cadène. "Dans ce genre de structure, on a besoin de gens convaincus, de vrais laïques, pas de gens qui plaident pour une laïcité d'apaisement", grince le même entourage.

Après la bronca suscitée par cet article sur les réseaux sociaux, Matignon temporise auprès de franceinfo. "Il ne s'agit pas simplement d'une question de personnes, (…) l'Observatoire doit évoluer, parce qu'il doit être possible en France de défendre la laïcité sans être taxé d'islamophobie et de défendre la laïcité sans être instrumentalisé politiquement", avance une source.

Acte 4 : la fermeture d'une mosquée à Pantin est demandée

Invité du "20 heures" de TF1, le soir même, Gérald Darmanin annonce qu'il a demandé au préfet de Seine-Saint-Denis de fermer une mosquée de Pantin, dont l'imam a relayé sur les réseaux sociaux le message visant le professeur d'histoire. Il précise que les enfants de l'imam sont "scolarisés" dans une école clandestine, fermée début octobre à Bobigny. "Des enfants de 2 à 6 ans portaient le hijab, sans cour de récréation, sans fenêtre, sans professeur", justifie-t-il.

Tous ceux qui l'ont poussé, toux ceux qui ont mis en pâture cet enseignant doivent être fortement poursuivis et condamnés.

Gérald Darmanin

au "20 Heures" de TF1

Acte 5 : le gouvernement pointe du doigt les réseaux sociaux

Mardi matin, la ministre déléguée chargée de la Citoyenneté Marlène Schiappa convoque les patrons France des grands réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Google, TikTok et Snapchat) pour trouver des moyens de mieux contrer "le cyberislamisme". "Cette idéologie islamiste, comment elle se propage ? Aujourd'hui, elle se propage beaucoup sur les réseaux sociaux", dénonce la ministre. "Moi, je veux que les réseaux sociaux prennent leurs responsabilités."

Sur France Inter, Eric Dupont-Moretti dit s'opposer à l'anonymat en ligne, sans recommander son interdiction. "A titre personnel, je suis totalement contre, mais il y a aussi la protection d'une liberté d'expression (…) et on peut aussi envisager qu'on ait la possibilité de s'exprimer anonymement. L'anonymat, ce n'est pas forcément significatif de haine", explique-t-il. De son côté, la députée LREM Laetitia Avia, dont la loi contre la haine en ligne a été en grande partie retoquée par le Conseil constitutionnel, remonte au front et annonce des "dispositions fortes et exigeantes".

Acte 6 : Gérald Darmanin "choqué" par "les rayons communautaires"

Invité de "Face à BFM" Gérald Darmanin pointe du doigt un "communautarisme", illustré, selon lui, par certains rayons alimentaires dans les supermarchés. "Ça m'a toujours choqué de rentrer dans un hypermarché et de voir qu'il y a un rayon de telle cuisine communautaire, c'est comme ça que ça commence le communautarisme", déclare-t-il. "Je comprends très bien que la viande halal soit vendue dans des supermarchés, ce que je regrette, ce sont les rayons. Pourquoi dois-je faire un rayon différent ? J'ai donc le rayon pour les musulmans, le rayon casher, puis tous les autres... Pourquoi des rayons spécifiques ?" s'interroge-t-il.

Ses propos font réagir au sein même de la majorité. "Moi, ça ne me choque pas (…) Quand je fais mes courses, je vais au rayon produits bretons, parce que je suis breton", tacle Richard Ferrand, le président de l'Assemblée nationale, sur BFMTV.

Acte 7 : Jean-Michel Blanquer accuse l'université d'"islamo-gauchisme"

Au lendemain de l'hommage national, Jean-Michel Blanquer lance le Grenelle de l'éducation afin de mettre davantage les professeurs "au centre de la société". Il demande à "tous les élus de la République, les conseillers municipaux, les maires, les sénateurs, d'être présents auprès des professeurs", le 2 novembre, jour de la rentrée. Sur Europe 1, il reprend les accusations Gérald Darmanin et vise le syndicat étudiant Unef et des membres de la France insoumise qu'il accuse d'"islamo-gauchisme". Il accuse ce "courant de pensée" de faire des "ravages à l'université".

L'origine du terme "islamo-gauchisme" remonte vraisemblablement au début des années 2000 pour critiquer une supposée alliance entre une partie de la gauche et un islamisme réactionnaire, explique Libération.

Acte 8 : Jean Castex annonce de nouvelles mesures contre le "séparatisme"

A la sortie d'un second Conseil de défense, Jean Castex annonce que deux mesures vont être ajoutées au projet de loi sur le "séparatisme". La protection des fonctionnaires et agents publics sera renforcée face à "ceux qui font pression sur eux", ainsi que la possibilité de sanctionner "ceux qui mettent en ligne des informations personnelles mettant en danger la vie d'autrui". Les effectifs de la plateforme d'alerte Pharos seront renforcés et un pôle spécialisé au sein du parquet de Paris sera créé pour centraliser les poursuites.

Le Premier ministre fait également le bilan de la semaine : "123 visites domiciliaires ont été décidées et 56 d'ores et déjà réalisées. 1279 signalements à la plateforme Pharos ont permis 27 interpellations", énumère-t-il avant d'avertir "d'autres mesures sont à l'étude (…) d'autres dissolutions et fermetures interviendront dans les prochains jours."

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