Violences policières : comment Emmanuel Macron a fait évoluer son discours depuis 2017

Article rédigé par Thibaud Le Meneec
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 5 min
Le président de la République, Emmanuel Macron, à l'Elysée, à Paris, le 7 mars 2023. (XOSE BOUZAS / HANS LUCAS / AFP)
Le chef de l'Etat, dimanche, a déclaré "récuser le terme de violences policières", expression qu'il a pourtant utilisée plusieurs fois depuis le début de sa carrière politique.

La question lui est posée de manière récurrente, comme pour mesurer l'opinion du chef de l'Etat sur un sujet hautement sensible. Y a-t-il, aux yeux d'Emmanuel Macron, des violences policières commises en France par les forces de l'ordre ? Dans sa dernière réponse, dimanche 23 avril, le président de la République a balayé l'emploi de cette expression installée dans le débat public. "Je récuse (...) le terme de violences policières. La police et la gendarmerie ont le monopole de ce qu'on appelle la violence légitime, elles protègent le citoyen, s'opposent à ces gens aux comportements inacceptables", a-t-il défendu auprès des lecteurs du Parisien (article réservé aux abonnés)

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De candidat, en 2016, à président réélu en 2022, Emmanuel Macron a fait varier sa position sur le sujet des violences policières et cette expression, la récusant après l'avoir plusieurs fois utilisée lors d'épisodes particuliers. Franceinfo revient sur cette évolution, tant sémantique que politique.

Il se montre explicite sur les violences policières en tant que candidat en 2017

Depuis le lancement de son aventure présidentielle, en 2016, Emmanuel Macron a fait varier sa position sur le sujet et l'usage de l'expression "violences policières". Lorsqu'il est candidat à l'Elysée, en 2017, il évoque sans ambages ce sujet qui monte au sein de la société française depuis les manifestations contre la loi Travail, l'année précédente. "Quand il y a des violences policières sur le terrain, on doit donner tout éclaircissement à ces violences", avance le candidat d'En marche ! auprès de Mediapart, en mars 2017. 

C'est aussi sa position sur le plateau de l'émission "Quotidien", à la même période, lorsqu'il est interrogé sur la manière de mettre fin aux violences policières. "​​Pour expliquer les violences policières, il n'y a aucun bon argument. Il n'y a pas d'autorité de l'Etat dans les quartiers s'il n'y a pas une autorité dans l'Etat. Dès qu'il y a une bavure, il doit y avoir une réponse et une sanction. (...) Ce n'est pas possible, quand il y a une violence policière, qu'il n'y ait aucune sanction dans la hiérarchie policière", pointe le candidat, défenseur d'une "République de la responsabilité".

Après 2017, une expression devenue selon lui "inacceptable dans un Etat de droit"

Devenu président de la République en mai 2017, Emmanuel Macron fait évoluer sa position sur cette question qu'il n'avait pas eu à traiter lorsqu'il était ministre de l'Economie, de 2014 à 2016. Il est directement confronté à ce sujet après l'éclatement de la crise des "gilets jaunes", à l'automne 2018. Très vite, des policiers et des gendarmes sont accusés de commettre des violences envers les manifestants et l'exécutif fait bloc derrière les forces de l'ordre. "Ne parlez pas de répression ou de violences policières, ces mots sont inacceptables dans un Etat de droit", balaie le président en mars 2019, affirmant refuser l'expression pour décrire les blessures "malheureusement" subies par des "gilets jaunes".

"Après des semaines et des semaines, je constate qu'il n'y a aucun mort à déplorer du fait des forces de l'ordre."

Emmanuel Macron, président de la République

pendant le "grand débat national", en mars 2019

Après un an de mouvement des "gilets jaunes" et de nouvelles manifestations contre la réforme des retraites, la mort du livreur Cédric Chouviat, début janvier 2020, pousse le chef de l'Etat à nuancer son discours. Selon lui, il y a urgence face à des "comportements, pas acceptables, (qui) ont été ou vus, ou pointés", car ils peuvent "atteindre la crédibilité et la dignité" des forces de l'ordre. "Il ne faut avoir aucune complaisance", assène-t-il, se refusant pour autant à employer de nouveau l'expression "violences policières". 

Il infléchit partiellement son discours en 2020

A la fin de l'année 2020, marquée par le meurtre de George Floyd, un Afro-Américain asphyxié par des policiers blancs à Minneapolis (Minnesota, Etats-Unis), il opère une inflexion sémantique partielle après le tabassage en France d'un producteur de musique noir par des membres des forces de l'ordre. "Les images que nous avons tous vues de l'agression de Michel Zecler sont inacceptables. Elles nous font honte. La France ne doit jamais se résoudre à la violence ou la brutalité, d'où qu'elles viennent. La France ne doit jamais laisser prospérer la haine ou le racisme", clame-t-il d'abord sur Facebook. 

"Je peux vous dire 'Il y a des violences policières' si ça vous fait plaisir que je le dise, on ne va pas jouer à 'ni oui ni non'. Je veux dire, ce n'est pas ça le but", explique-t-il ensuite lors d'une longue interview à Brut, début décembre 2020. "Je n'ai aucun problème pour dire qu'il y a des violences policières, mais je n'aime pas donner crédit à un concept." Pourquoi évite-t-il alors d'employer ce terme qu'il ne récusait pas trois ans et demi plus tôt ? "Parce que les choses sont en train de se transformer et que maintenant, c'est devenu un slogan. Ce terme, il est politisé", fustige le chef de l'Etat.

"Les black blocs, une partie de l'extrême gauche qui veut la dissolution de l'Etat a installé l'idée ou veut installer l'idée (...) qu'il y a une violence consubstantielle à la police. Ça, c'est non. Je suis contre ça. D'abord, parce que ce n'est pas vrai, c'est faux, c'est une manipulation."

Emmanuel Macron, président de la République

à Brut, en décembre 2020

Depuis deux ans et demi, période marquée par des affrontements entre policiers et manifestants et plusieurs accusations formulées envers les forces de l'ordre, Emmanuel Macron s'est refusé à utiliser de nouveau cette expression en public, allant donc jusqu'à la "récuser" auprès des lecteurs du Parisien, dimanche.

Cependant, en 2023, au sein de l'exécutif, quelques voix dissonantes se font entendre. Ainsi, Pap Ndiaye, le ministre de l'Education nationale, a estimé vendredi sur France Inter qu'il existait des "phénomènes" de violences policières, sur lesquels "l'Inspection générale" de la police nationale (IGPN) "se penche". En 2020, au moment du meurtre de George Floyd aux Etats-Unis, celui qui était encore historien avait affirmé qu'il fallait "aussi en France assumer cette notion de violences policières". Ce qu'Emmanuel Macron s'était refusé à faire.

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