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Paris : ce que l'on sait de la mort de la passagère d'une voiture, tuée par balle par des policiers dénonçant un refus d'obtempérer

Les trois policiers mis en cause sont ressortis libres de leur garde à vue, mardi. Une information judiciaire a été ouverte à leur encontre. L'avocate de la victime a annoncé mercredi son intention de déposer plainte. 

Article rédigé par franceinfo
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Un policier à Paris, le 13 mars 2022. (Photo d'illustration) (XOSE BOUZAS / HANS LUCAS / AFP)

Un mort et un blessé grave. C'est le lourd bilan d'un contrôle de police, samedi 4 juin, à Paris. Des policiers ont ouvert le feu sur un véhicule qui refusait d'obtempérer dans le 18e arrondissement, selon la police. Le conducteur a été grièvement blessé au thorax et la passagère avant est morte des suites de ses blessures à la tête, dimanche. Mardi, les policiers sont sortis libres de garde à vue. Deux enquêtes ont été ouvertes. Voici ce que l'on sait de cette affaire.

Des policiers ouvrent le feu en dénonçant un refus d'obtempérer

Les faits se sont déroulés samedi 4 juin, en fin de matinée dans le 18e arrondissement, dans le nord de la capitale. Lors d'un contrôle de police pour défaut du port de la ceinture de sécurité, quatre personnes ont pris la fuite à bord de leur Peugeot 207. Le conducteur a alors foncé sur l'équipage de policiers à VTT, selon une source policière à franceinfo.

Vers 10h45, deux policiers ont utilisé leur arme administrative pour arrêter la voiture, au pied de la Butte Montmartre, à un croisement au niveau de la rue Clignancourt et la rue Custine. Selon une source proche du dossier, les fonctionnaires ont tiré neuf fois sur le véhicule. L'un des policiers a été percuté par la voiture et souffre d'une plaie superficielle à la main gauche ainsi que d'un gonflement du genou droit.

Une passagère est morte et le conducteur est grièvement blessé

Le conducteur et la passagère assise à l'avant ont été gravement blessés par les tirs des policiers et ont été tous les deux transportés à l'hôpital. La passagère, touchée à la tête, est morte des suites de ses blessures le lendemain, dimanche, à l'hôpital, a appris franceinfo auprès du parquet. La famille de la passagère va déposer deux plaintes, l'une pour "homicide involontaire" contre le conducteur du véhicule et l'autre, contre X pour "violences volontaires ayant entraîné la mort sans l'intention de la donner", qui vise les policiers, a annoncé son avocate à franceinfo, mercredi.

Le conducteur de la voiture, touché au thorax, est, lui, sorti de réanimation dimanche et son pronostic vital n'est plus engagé, mais il reste toujours hospitalisé. Agé de 38 ans, il n'avait plus son permis de conduire et avait interdiction d'en obtenir un nouveau après des infractions, a appris franceinfo lundi de source proche du dossier. Sans domicile fixe, il faisait par ailleurs l'objet d'une fiche de recherche active lui interdisant de détenir ou de porter une arme soumise à une autorisation pendant cinq ans.

Ces faits surviennent un mois et demi après la mise en examen pour "homicide volontaire" d'un policier, soupçonné d'avoir tué avec une arme automatique, dans la nuit du 24 au 25 avril, le conducteur et le passager avant d'une voiture qui aurait forcé un contrôle sur le Pont-Neuf à Paris.

Les autres passagers du véhicule ne sont pas blessés

Deux autres personnes étaient présentes à l'intérieur du véhicule, à l'arrière, lors des tirs. Une jeune femme de 21 ans et un homme de 37 ans qui n'ont pas été blessés. Ils ont dit avoir consommé de l'alcool et du cannabis. Selon eux, le conducteur a refusé de s'arrêter lors du contrôle de police parce qu'il n'avait pas de permis.

>> Refus d'obtempérer à Paris : la passagère rescapée témoigne

"Je suis en colère parce que les policiers auraient pu faire autre chose", confie l'une des passagères, Inès. Si elle reconnaît que le conducteur était "en tort", elle reste convaincue que les policiers n'ont pas "su garder la tête froide". "En venir à tirer sur quelqu'un, surtout lui tirer dans la tête, c'est en dernier recours, témoigne-t-elle. Si on mettait une balle dans la tête à tous les gens qui refusent d'obtempérer, je pense qu'on tuerait beaucoup de gens chaque année."

Pour Laurent-Franck Liénard, avocat de trois policiers qui ont tiré sur les occupants d'une voiture, le témoignage de la passagère "n'est pas conforme aux éléments objectifs du dossier". Pour lui, "il y a certains points sur lesquels cette femme se trompe".

Trois policiers sortent libres de garde à vue, une enquête judiciaire ouverte 

Une enquête visant les policiers a été ouverte, confiée à l'IGPN (Inspection générale de la police nationale). Les trois fonctionnaires, deux hommes et une femme, ont été auditionnés de dimanche à mardi dans les bureaux de l'IGPN pour "violence avec arme par personne dépositaire de l'autorité publique" et "violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner par personne dépositaire de l'autorité publique".

Ils sont sortis libres mardi après-midi, a annoncé leur avocat et une information judiciaire a été ouverte à leur encontre, a fait savoir le tribunal judiciaire de Paris quelques heures plus tard. L'objectif de l'enquête est de "retracer avec précision le déroulement des faits et de déterminer les circonstances exactes d'usage de leur arme par les policiers", explique la procureure de la République de Paris. L'enquête a été confiée à un juge d'instruction. Un appel à témoins a été lancé mardi par l'IGPN.

Le conducteur du véhicule placé en garde à vue

Une deuxième enquête a également été ouverte, visant les occupants de la voiture, pour "tentative d'homicide sur personnes dépositaires de l'autorité publique". Elle a été confiée à la police judiciaire parisienne. Dans ce cadre, le conducteur du véhicule a été placé mardi en garde à vue, a annoncé la procureure de Paris.

Des réactions politiques en chaîne

Ces événements ont fait réagir plusieurs personnalités politiques, moins d'une semaine avant le premier tour des élections législatives. "Encore un abus de pouvoir inacceptable. La peine de mort pour un refus d'obtempérer. Le préfet approuve ? Le ministre félicite ? La honte c'est quand ?", a tweeté samedi soir Jean-Luc Mélenchon, le chef de file de La France Insoumise. "Jean-Luc Mélenchon persiste et signe avec son dogme anti-policier et sa complaisance avec la délinquance", a répondu le conseiller départemental Les Républicains des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti.

Le lendemain, dimanche, Jean-Luc Mélenchon a renchéri sur Twitter : "La police tue et le groupe factieux Alliance justifie les tirs et la mort pour "refus d'obtempérer". La honte c'est quand ?" A la suite de ces propos, le syndicat de police Alliance a annoncé qu'il allait porter plainte contre le leader de La France insoumise. "Les policiers, les gendarmes méritent le respect (...) Les insulter déshonore ceux qui veulent gouverner. Laissons les enquêtes se faire sans les utiliser comme des otages d'une campagne électorale", a réagi de son côté le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin.

"Je trouve très choquante la façon qu'a Jean-Luc Mélenchon de s'en prendre systématiquement à la police avec des propos totalement outranciers", s'est émue la Première ministre Elisabeth Borne, mardi, sur France Bleu. Pour l'ex-candidate RN à la présidentielle Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon est "toujours du côté des voyous" et, à droite, le président des sénateurs LR Bruno Retailleau a réclamé ses "excuses aux policiers".

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