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Cinq signes que la politique politicienne est de retour

Deux semaines après la vague d'attentats qui a frappé la France, les responsables politiques retrouvent leurs vieux réflexes et passent à nouveau à l'offensive.

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Nicolas Sarkozy, le président de l'UMP, le 17 janvier 2015 au siège du parti, à Paris. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Depuis que la France a été touchée par des attentats entre le 7 et le 9 janvier, chaque discours politique commence par un hommage aux victimes et à l'union nationale qui a rassemblé presque tous les Français et leurs dirigeants derrière le gouvernement et le chef de l'Etat.

Mais, deux semaines après les drames, le charme semble rompu. Des voix discordantes se font désormais entendre et les membres de la majorité, comme ceux de l'opposition, retrouvent leurs réflexes. Francetv info dresse une liste des signes qui témoignent du retour aux affaires de la guerre politicienne.

1L'exécutif n'est plus intouchable

Mercredi 21 janvier, le ton change à l'Assemblée. On est loin de l'approbation unanime du vibrant discours de Manuel Valls, la semaine précédente, et de l'hommage de tous les députés à la gestion de la crise par l'exécutif.

Au micro, le député UMP Laurent Wauquiez pointe du doigt le Premier ministre pour avoir, la veille, utilisé le mot "apartheid" dans son analyse des sources du fondamentalisme religieux qui sévit dans les banlieues. "La France serait-elle raciste selon vous ?" s'insurge le secrétaire général de l'UMP.

Quelques heures plus tard, Nicolas Sarkozy en remet une couche au 20 heures de France 2, se disant "consterné" par ce qu'il considère être "une faute".

FRANCE 2

Dès jeudi, le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, tente de faire dégonfler la polémique, estimant que Nicolas Sarkozy est "dans un jeu de posture, de chamaillerie, de politicaillerie" au lieu d'"être à la hauteur des enjeux". L'UMP réplique : "L'union nationale, ce n'est pas un chèque en blanc à la majorité, affirme Valérie Pécresse. Ce n'est pas à sens unique." Les parlementaires unis derrière le gouvernement, et la figure intouchable de François Hollande, sont déjà un lointain souvenir.

2Christiane Taubira retrouve son rôle de souffre-douleur

Le 13 janvier, lors du discours de Manuel Valls, un moment précis fait vaciller la ferveur républicaine qui règne au palais Bourbon. Le Premier ministre vient de demander à Christiane Taubira de "faire des propositions" pour endiguer la radicalisation religieuse en prison. A peine cité, le nom de la garde des Sceaux provoque murmures et grondements dans la partie droite de l'hémicycle, comme le relate alors Le Monde.

Dans la foulée, des instructions de la Chancellerie incitant les magistrats à traiter les récidivistes comme les autres détenus en matière de réduction de peine sont révélées par le site Atlantico. La droite accuse une nouvelle fois la ministre de "laxisme coupable". Alain Juppé déclare que la politique pénale de la garde des Sceaux "est une catastrophe".

Une semaine plus tard, le 21 janvier, Christiane Taubira est plus que jamais dans le viseur de l'UMP. Des responsables du parti saluent les annonces de Manuel Valls sur la mobilisation de moyens supplémentaires pour lutter contre le terrorisme. Mais, là encore, la ministre de la Justice est mise en cause, notamment par Nicolas Sarkozy sur France 2 : "Elle a eu pour première décision de supprimer les peines planchers pour les récidivistes, et d'arrêter le plan prison. (…) Il faut mettre fin à cette politique de désarmement pénal."

Et les coups ne viennent pas que de la droite. Le Syndicat de la magistrature, classé à gauche, reproche à l'inverse à la garde des Sceaux une circulaire incitant les magistrats à la fermeté dans les affaires liées à l'apologie du terrorisme. Une "justice d'urgence" qui aboutit à des condamnations "aveugles et démesurées" selon le syndicat, qui rejoint les positions critiques d'Amnesty International. Christiane Taubira se retrouve désormais prise entre deux feux.

3Les couacs se font de nouveau entendre

François Hollande ressort de cette période fort d'un regain de popularité inattendu. De son côté, Manuel Valls s'est appliqué à montrer l'unité du gouvernement à l'heure d'annoncer ses mesures chocs contre le terrorisme.

Or Christiane Taubira a, dès le lendemain, menacé cette belle image d'unité, à propos d'une proposition soumise par l'UMP. Dès le 14 janvier, le parti d'opposition a en effet proposé de remettre au goût du jour le crime d'indignité nationale pour punir les terroristes français en les privant de leurs droits civiques, civils et politiques. Manuel Valls compte soumettre l'idée à une "réflexion transpartisane".

Mais Christiane Taubira, elle, ne voit pas d'un bon œil cet "acte symbolique", comme elle l'a dit jeudi sur France Inter : "[Cette mesure] n'est pas un symbole que j'aurais revendiqué." Habituée des prises de distance, la garde des Sceaux a, elle aussi, retrouvé ses réflexes politiques.

FRANCE INTER

4La gauche retourne à ses bisbilles

L'unité nationale n'a pas permis de cicatriser les fractures de la majorité. Lundi 19 janvier au soir, l'écologiste Cécile Duflot, ancienne ministre du Logement, s'asseoit ainsi au premier rang d'un meeting de soutien à Syriza, le parti de la gauche radicale favori des prochaines législatives en Grèce, aux côtés de l'eurodéputé du Parti de gauche Jean-Luc Mélenchon et du secrétaire national du PCF, Pierre Laurent.

L'heure n'est pas encore à l'alliance politique rouge-verte, selon l'entourage de la députée Europe Ecologie-Les Verts : "On ne couche pas le premier soir", lance un de ses proches au Point. Mais ce pas vers la gauche de la responsable écologiste irrite le PS, à deux mois des élections départementales. Habitué des sorties hostiles à Cécile Duflot, Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement, s'emporte deux jours plus tard sur LCP. "Cécile Duflot, ce n'est pas les Verts. Cécile Duflot est sur une trajectoire politique (…). Elle est dans une espèce de voie de radicalisation."

Un vocabulaire agressif auquel l'ancienne ministre, pourtant coutumière des réponses cinglantes sur les réseaux sociaux, oppose un message ironique, mais ciblé, sur Twitter.

5Les frondeurs veulent passer à autre chose

On les a peu entendus depuis les attentats qui ont frappé Paris. Pourtant, les frondeurs du PS avaient prévu de donner de la voix en ce mois de janvier sur un de leurs chevaux de bataille : la loi Macron.

Leur position n'a pas changé : le texte doit être examiné à partir du lundi 26 janvier à l'Assemblée, et les frondeurs sont toujours prêts à voter contre. "Les problèmes économiques n'ont pas changé parce que ces événements tragiques se sont produits", explique le député Philippe Noguès, interrogé par Europe 1.

Au risque de passer pour les fossoyeurs de "l'esprit du 11 janvier" ? "Ils veulent nous faire passer pour des ennemis de l'union nationale, regrette un frondeur anonyme cité par Europe 1. On est dans les coups de menton, l'autorité, la petite phrase." Pour Philippe Noguès, "la vie doit continuer et le débat démocratique doit perdurer. Faire le contraire serait donner quitus aux terroristes."

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