Résultats présidentielle 2022 : Marine Le Pen arrive largement en tête dans les Antilles, à La Réunion, en Guyane et à Mayotte

En Guadeloupe, où le taux d'abstention atteint 52,82%, la candidate d'extrême droite a recueilli 69,60% des voix dimanche, contre 30,40% pour le président sortant, Emmanuel Macron.

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Une personne votant pour le second tour de l'élection présidentielle française, le 24 avril 2022 à Saint-Philippe, à La Réunion.  (BASTIEN DOUDAINE / HANS LUCAS / AFP)

Une bascule en outre-mer. La candidate du Rassemblement national à l'élection présidentielle, Marine Le Pen, est arrivée en tête dans les Antilles, à La Réunion, en Guyane et à Mayotte lors du second tour du scrutin dimanche 24 avril, tandis qu'elle a recueilli 41,45% des suffrages à l'échelle nationale, selon les résultats définitifs communiqués par le ministère de l'Intérieur. Il y a cinq ans, Emmanuel Macron était arrivé largement en tête dans les collectivités ultramarines, recueillant notamment 77,5% des voix en Martinique, 75,1% des suffrages en Guadeloupe et 64,9% en Guyane. 

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Dans ces trois départements, l'avance de Marine Le Pen est nette. En Guadeloupe, où le taux d'abstention atteint 52,82%, la candidate d'extrême droite a recueilli 69,60% des voix dimanche, contre 30,40% pour Emmanuel Macron. Le président sortant ne recueille que 39,13% des suffrages en Martinique, contre 60,87% pour sa rivale, avec un taux d'abstention de 54,55%. Pour la Guyane, Marine Le Pen est arrivée en tête avec 60,70% des voix, tandis que 39,30% des suffrages se sont dirigés vers Emmanuel Macron. L'abstention, à 61,10%, y a été particulièrement élevée. 

A La Réunion, Marine Le Pen recueille 59,57% des voix, contre 40,43% pour le chef de l'Etat, avec une abstention de 40,61%. La candidate d'extrême droite obtient 59,1% des suffrages à Mayotte, tandis qu'Emmanuel Macron capte 40,9% des voix, avec une abstention de 54,51%. 

"Mes remerciements vont tout particulièrement à nos compatriotes des provinces et des campagnes, mais également d'outre-mer, qui m'ont largement placée en tête du second tour avec une force extraordinaire qui m'honore et me touche sincèrement."

Marine Le Pen

lors de son discours à l'issue du second tour de l'élection présidentielle

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La candidate d'extrême droite est également arrivée première à Saint-Barthélemy et Saint-Martin, même si son avance y est moins marquée : Marine Le Pen y a recueilli 55,42% des suffrages, contre 44,58% pour le président sortant. A Saint-Pierre-et-Miquelon, Marine Le Pen obtient 50,69% des voix. Le chef de l'Etat arrive toutefois en tête à Wallis et Futuna (67,44%), en Nouvelle-Calédonie (61,04%) ainsi qu'en Polynésie française (51,8%). 

La consigne de vote de Jean-Luc Mélenchon "pas reçue"

Martial Foucault, directeur du Cevipof et titulaire de la Chaire outre-mer de Sciences Po, évoque d'abord "une surprise" à l'annonce de ces résultats. "L'arrivée massive en tête de Jean-Luc Mélenchon (dans ces territoires, au premier tour) ne s'est pas transformée en avance pour Emmanuel Macron", pointe le professeur des universités interrogé par franceinfo.

"Cela laisse entendre que la consigne de vote de Jean-Luc Mélenchon, qui pouvait paraître ambiguë, n'a pas été reçue."

Martial Foucault, directeur du Cevipof

à franceinfo

Au premier tour, le 10 avril, le candidat de La France insoumise était arrivé largement en tête dans six territoires ultramarins, obtenant 56,16% des voix en Guadeloupe, 53,1% en Martinique, 50,59% des suffrages en Guyane et 40,26% à La Réunion. "Il ne faut pas donner une seule voix à madame Le Pen", avait martelé le chef de file des Insoumis à l'annonce des résultats. 

Le directeur du Cevipof remarque également qu'un autre appel à voter pour Emmanuel Macron, celui de certains élus locaux dans les outre-mer, n'a pas été suivi. 

Colère sanitaire, colère sociale

Selon Martial Foucault, "il ne faut pas interpréter l'arrivée en tête de Marine Le Pen comme un vote d'adhésion à son programme". "C'est un vote de rejet envers Emmanuel Macron", souligne le directeur du Cevipof. Dans les Antilles, le chercheur observe que la candidate du Rassemblement national "a aspiré le vote d'une colère sanitaire, qu'avait su recueillir Jean-Luc Mélenchon au premier tour". Ces résultats s'inscrivent en effet dans la lignée du vaste mouvement de contestation contre l'obligation vaccinale pour les soignants et le pass sanitaire, en Guadeloupe ainsi qu'en Martinique. 

"La gestion de la crise a été perçue comme catastrophique par les Antillais cet hiver."

Martial Foucault, directeur du Cevipof

à franceinfo

Interrogé par franceinfo, le secrétaire d'Etat chargé des Affaires européennes, Clément Beaune, concède que "la question sanitaire a sans doute joué un rôle très fort" dans ces résultats. "Il y a eu des incompréhensions sans doute entre Paris et les territoires d'outre-mer", poursuit-t-il. 

"La réponse répressive, par l'envoi des forces de l'ordre, et les scandales sanitaires ont suscité beaucoup de rejet envers une politique obligatoire de vaccination", souligne Martial Foucault. En lien avec la colère sanitaire, Marine Le Pen a réussi à capter "une colère sociale" dans les territoires d'outre-mer, poursuit le directeur du Cevipof. "Cette question n'est pas nouvelle aux Antilles. Jean-Luc Mélenchon portait cette voix-là" jusqu'au premier tour, "avec un Etat très interventionniste". "Là, les électeurs ont trouvé une combinaison entre colère sociale et colère sanitaire autour de Marine Le Pen." 

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