Présidentielle 2022 : retraites, point d'indice, allocation adulte handicapé... Comment Emmanuel Macron promet de "bouger"

Dans la campagne d'entre-deux-tours, le président sortant multiplie les propos suggérant des inflexions de sa politique, allant parfois à l'encontre de positions tenues par l'exécutif pendant le quinquennat.

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Emmanuel Macron lors d'un déplacement à Denain (Pas-de-Calais), le 11 avril 2022. (LEWIS JOLY / AFP)

"Je suis prêt à bouger", "on doit bouger"… Avant le second tour de la présidentielle, Emmanuel Macron multiplie les promesses d'inflexion de sa ligne politique. Pour le chef de l'Etat sortant, l'objectif est clair : se montrer à l'écoute des préoccupations des Français et séduire ainsi l'électorat populaire et de gauche. Franceinfo revient sur la manière dont le locataire de l'Elysée fait "bouger" sa ligne, à la marge.

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Sur la réforme des retraites : "je suis prêt à bouger"

Dès le lendemain du premier tour, à l'occasion d'un déplacement à Denain (Pas-de-Calais), où Marine Le Pen est arrivée nettement en tête, Emmanuel Macron s'est dit prêt à "bouger" sur la réforme des retraites. "S'il y a trop de tensions" et que "cela peut bâtir un consensus", le président-candidat pourrait "ouvrir la porte" à un report de l'âge de départ à 64 ans plutôt qu'à 65 ans. "Je suis prêt à bouger le rapport au temps et dire qu'on ne fait pas forcément une réforme jusqu'en 2030 si je ressens trop d'angoisse chez les gens. Parce qu'on ne peut pas dire le dimanche soir 'je veux rassembler' et quand on va écouter les gens dire 'je ne bouge pas'", a-t-il justifié

Le projet de réforme des retraites avait déclenché, à l'automne 2019, de longues grèves des transports. Au début de la pandémie de Covid-19, la majorité présentait la réforme des retraites comme la "mère des réformes". Mise en sourdine pendant presque deux ans, le projet a été remis sur la table lors de la présentation du programme du président sortant, début mars, générant de nouvelles crispations.

Face à l'impopularité de sa réforme, Emmanuel Macron affiche à présent une position d'ouverture. Ce que la candidate du RN appelle à prendre avec précaution. "Voilà un homme qui vient nous dire, 'je vais peut-être utiliser le referendum' alors qu'il ne l'a jamais utilisé en cinq ans", a réagi Marine Le Pen sur France Inter, dénonçant "une réforme profondément injuste". Selon elle, "il n'y a rien à attendre d'Emmanuel Macron dans ce domaine, il ira au bout de cette obsession".

"On parlait souvent du président caméléon, là ça devient une girouette", a critiqué sur franceinfo la communicante Emilie Zapalski. Pour Vincent Martigny, professeur des sciences politiques à l'université de Nice et à l'Ecole polytechnique, cette évolution sur un sujet aussi clivant pour l'électorat de gauche "peut être efficace". Interrogé sur franceinfo, il estime qu'Emmanuel Macron n'a toutefois "pas l'habitude de la négociation, du compromis". D'après lui, "très souvent", le candidat LREM dit :"J'écoute, j'entends tous les avis et à la fin je déciderai." Cette fois, "il est un peu obligé de faire différemment, ce qui n'est pas banal pour lui".

Sur l'allocation adulte handicapé : "on doit bouger"

Vendredi, sur franceinfo, Emmanuel Macron a été interrogé sur la déconjugalisation de l'allocation adulte handicapé (AAH). L'AAH est destinée à compenser l'incapacité de travailler. Elle compte plus de 1,2 million de bénéficiaires, dont 270 000 vivent en couple. Depuis le 1er avril, son montant a été revalorisé, à 919,86 euros, contre 903,60 euros auparavant.

Lucie Carrasco, en situation de handicap, a raconté au micro de franceinfo qu'elle allait perdre cette allocation en se mariant prochainement. Or cette aide lui permet d'être autonome financièrement. "Que me conseillez-vous ? a-t-elle demandé à Emmanuel Macron. Est-ce que j'écoute mon cœur et je me marie, mais je deviens un boulet, qui en plus d'être dépendante physiquement de mon mari, deviens dépendante financièrement, ou est-ce que je conserve ma dignité de femme et mon indépendance ?"

"Choisissez l'amour (...) on doit bouger sur ce point", a répondu le président-candidat, pointant "une situation aberrante pour les personnes en situation de handicap". "Il y a plusieurs réponses, soit faire ça [déconjugaliser l'AAH], soit avoir un revenu qui permette d'accompagner, mais qui ne soit pas conditionné, qu'il n'y ait pas ce couperet qui est aujourd'hui absurde", a-t-il avancé.

Cette prise de position d'Emmanuel Macron est une surprise. Non seulement la mesure ne figure pas dans son programme, mais la déconjugalisation de l'AAH a déjà été retoquée à deux reprises par le Parlement (notamment par les élus de la majorité), et toujours rejetée par le gouvernement sous son quinquennat.

La secrétaire d'Etat chargée des Personnes handicapées, Sophie Cluzel, soutenait en juin que déconjugaliser l'AAH poserait des difficultés informatiques, un argument qui lui avait valu des critiques. Face aux oppositions, Sophie Cluzel avait aussi dénoncé "une vision misérabiliste du handicap", alors même que des militants et des associations comme APF France Handicap la réclament depuis de nombreuses années (PDF). La déconjugalisation de l'AAH (ou son individualisation) a de nouveau été rejetée par l'Assemblée nationale, en décembre 2021. Le gouvernement jugeait la mesure inéquitable, la voyant comme une "impasse".

Sur le point d'indice des fonctionnaires : "il bougera, il va monter"

Emmanuel Macron a également été interrogé, vendredi sur franceinfo, par une femme récemment titularisée dans la fonction publique. Elle espère une augmentation du point d'indice des fonctionnaires, qui sert de base de calcul aux salaires des 5,5 millions d'agents publics.

"Pour le point [d'indice], il bougera, il va monter pour l'ensemble des fonctionnaires, mais ce sera le fruit de la concertation et du travail qui sera mené par le gouvernement", a déclaré Emmanuel Macron. "A l'été, on veut faire une réforme complète des grilles et de l'organisation de la fonction publique, concertée et négociée, parce que le système en catégorie C, B et A a beaucoup de rigidité et est à bout de souffle. Et ensuite, il y aura une revalorisation du point de telle sorte qu'il permette d'accompagner les éléments de pouvoir d'achat", a détaillé le président sortant.

Mi-mars, le gouvernement avait annoncé un dégel du point d'indice, sur lequel il refusait de "bouger" depuis 2017. Amélie de Montchalin, ministre de la Transformation de la fonction publique, avait promis une revalorisation d'ici l'été prochain pour tenir compte de l'inflation galopante (+4,5% sur un an en mars). Cette mesure dévoilée à moins d'un mois du premier tour de la présidentielle n'est "pas électoraliste, mais économique" s'est défendu l'exécutif.

>> Pouvoir d'achat : sept questions sur le dégel annoncé du point d'indice des fonctionnaires

Emmanuel Macron s'est refusé à chiffrer cette revalorisation. Mais Luc Farré, secrétaire général de l'Unsa-Fonction publique a aussitôt réagi sur Twitter, signalant qu'il réclamait une hausse de 10%. Même demande du côté du syndicat CGT des agents territoriaux (FDSP-CGT), qui réclamait, fin mars, une "revalorisation immédiate du point d'indice de 10%". Le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, s'est prononcé, début avril, pour une hausse d'"au moins trois points".

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