Législatives 2022 : comment le Parti socialiste se déchire autour de l'accord conclu avec La France insoumise

Depuis que le PS a voté l'ouverture des discussions en vue d'un accord à gauche, une fronde s'organise en interne autour d'un courant minoritaire et de figures du parti.

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France Télévisions
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Des sympathisants socialistes assistent à un meeting d'Anne Hidalgo, candidate du PS à la présidentielle, le 22 janvier 2022, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). (ISA HARSIN / SIPA)

Une claque lors de la présidentielle, suivie d'une fracture sur les législatives ? Après que sa candidate Anne Hidalgo a réuni 1,74% des suffrages exprimés dans la course à l'Elysée, le Parti socialiste se divise désormais sur la stratégie à adopter pour les législatives et la survie de son groupe parlementaire à l'Assemblée nationale. Mercredi 4 mai, malgré une fronde interne, le PS a annoncé être enfin parvenu à un accord avec La France insoumise, sur le programme et les circonscriptions. Le texte doit encore être soumis à l'approbation interne des socialistes jeudi 5 mai.

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Le parti finira-t-il par rejoindre la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) ? Au prix de combien de divisions ? Récit de deux semaines piquantes chez les roses.

1Le PS vote l'ouverture de tractations avec LFI

Tout commence par un tournant majeur, dès l'entre-deux-tours de la présidentielle : le conseil national du Parti socialiste adopte, le 19 avril, une résolution proposant de discuter avec l'ensemble des forces de gauche, dont La France insoumise, pour trouver un accord aux législatives. Une position approuvée à une faible majorité par 160 membres du parlement interne, face à 75 votes contre, 10 abstentions et 58 absents. "Nous n'avons jamais cru aux gauches irréconciliables, pour autant nous ne devons pas masquer nos divergences qui sont parfois profondes", souligne ce texte, dans une logique d'équilibre.

2Un courant minoritaire dénonce une "soumission"

Le 26 avril, à la veille de l'ouverture des discussions avec les "insoumis", le courant Debout les socialistes remet en cause le mandat de négociation accordé au Premier secrétaire, Olivier Faure. Favorable à des accords au seul niveau local et à un "contrat de gouvernement avec EELV, le PCF et le PRG", ce groupe alerte la direction du parti sur une "soumission" au programme de LFI et un risque de "reddition". "Il te faut soumettre ta stratégie électorale au vote de tous nos adhérents", réclame à Olivier Faure la cheffe de file de ce courant minoritaire, Hélène Geoffroy, qui avait été largement battue en 2021 lors du congrès du parti.

3Les opposants à un accord invités à "partir"

Dans la soirée du 26 avril, Olivier Faure est chahuté en bureau national par des membres du courant minoritaire. "Si vous pensez que le PS est mort, qu'il n'y a plus rien à faire, que vous n'appartenez plus à la gauche, alors partez, rejoignez La République en marche, leur rétorque le Premier secrétaire du PS, selon des propos rapportés. Sinon restez et battez-vous avec nous. Ça nous changera." "Une coalition n'est pas une soumission et chacun conservera son identité", tente-t-il de rassurer le lendemain, dans une interview au Figaro.

4François Hollande appelle à faire machine arrière

A l'unisson avec d'autres "dinosaures" du parti, l'ex-président met en garde, jeudi 28 avril, contre le risque d'"une disparition" du PS en cas d'accord avec LFI. Redoutant l'absence inédite de candidats socialistes "dans les deux tiers ou les trois quarts des départements", il juge une telle perspective "inacceptable". Pour lui, "cet accord ne sera pas accepté car il est précisément inacceptable". Il s'oppose aussi aux conditions programmatiques des "insoumis" sur l'UE, l'Otan ou la retraite à 60 ans, réforme qu'il juge "impossible financièrement". Il en profite pour tacler Olivier Faure "Le premier devoir d'un responsable politique qui dirige une formation, c'est de rassembler d'abord les siens avant de penser se rassembler avec les autres."

Six jours plus tard, le 4 mai, le prédécesseur d'Emmanuel Macron dénonce l'accord entre LFI et le PS, dans un entretien au quotidien régional La Montagne : "Je récuse l'accord sur le fond et même sur les circonscriptions. Mais c'est une question qui doit être tranchée par le conseil national du PS."

5Le PS acte des "convergences" avec LFI et temporise

Malgré les critiques, la délégation socialiste participe à des pourparlers au QG des "insoumis". Le 29 avril, la direction du parti fait état de premières "convergences" avec ses interlocuteurs, notamment sur l'augmentation du Smic à 1 400 euros nets, le blocage des prix des produits de première nécessité, la retraite à 60 ans ou l'abrogation de la réforme de l'assurance chômage portée par l'ancienne ministre socialiste du Travail, Myriam El Khomri. Le PS se dit également prêt à "ne pas respecter certaines règles" de l'UE, à condition de ne pas faire de la désobéissance un principe et de ne pas "mettre en danger la construction européenne".

Dans la foulée, le parti annonce la suspension des négociations et presse LFI d'accepter des compromis. "Il faut rompre avec toute logique hégémonique et accepter la pluralité, réclament les socialistes. A ce stade, nous n'en avons pas la garantie." Côté "insoumis", cette pause est plutôt perçue comme un "besoin de revenir vers leur base".

6Les "barons" initient une "résistance"

Durant le week-end du 1er-Mai, l'ancien dirigeant socialiste Julien Dray, proche de François Hollande, dénonce dans un tweet la "capitulation politique" d'Olivier Faure. "Militantes et militants socialistes, l'heure de la désobéissance est un impératif", affirme-t-il. 

Jean-Christophe Cambadélis, ancien Premier secrétaire et tenant de la ligne sociale-démocrate du parti, enfonce le clou. Dans une lettre ouverte, il appelle au lancement d'une "coordination du non à l'intégration dans l'Union populaire" de Jean-Luc Mélenchon. Deux mots d'ordre : "résister et se refondre""Parlons-nous, les ami.e.s", lance-t-il en nommant François Hollande, Bernard Cazeneuve, Jean-Marc Ayrault, Martine Aubry, Anne Hidalgo, Carole Delga ou encore Hélène Geoffroy.

7Le PS s'engage à "soumettre l'accord au débat"

Mardi 3 mai, au lendemain de la reprise des discussions avec LFI, le chef des négociateurs socialistes affirme se trouver "à quelques pas d'un accord historique". Dans le texte final, "les socialistes seront respectés", assure Pierre Jouvet. "Bien sûr que nous soumettrons l'accord au débat" en bureau national, ajoute le maire de Saint-Vallier (Drôme), alors que le courant minoritaire continue de réclamer "une consultation des adhérents [et non du seul bureau national] avant toute ratification d'un éventuel accord". Sur franceinfo, la représentante de Debout les socialistes, Hélène Geoffroy, revendique la signature de "près de 1 500" militants dans une pétition en ce sens.

8Bernard Cazeneuve menace de quitter le parti

Toujours le 3 mai, l'ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve rejoint la fronde des ténors du parti. Il annonce qu'il quittera le PS en cas d'accord avec La France insoumise. "Parce que je suis fidèle au socialisme républicain et que je le resterai, je ne pourrai, en conscience et en responsabilité, demeurer dans le parti dont les dirigeants auront oublié ce qui le fonde et perdu leur boussole", écrit-il sur Facebook. Déplorant le lancement de négociations avec LFI "sans consultation des adhérents", il se dit favorable à l'éventuelle création d'une formation dissidente pour "reconstruire" un "pilier de l'alternance" politique à gauche.

9Stéphane Le Foll veut "faire campagne" avec les dissidents aux législatives

Mercredi matin, le PS et LFI annoncent un "accord de principe", sur lequel la délégation socialiste promet un vote en "conseil national". En parallèle, l'ancien ministre Stéphane Le Foll appelle à "faire campagne" pour tous les candidats PS, y compris les dissidents non adoubés par la Nupes qui se présenteront "quand même parce qu'ils n'accepteront pas l'accord". Le maire du Mans se dit prêt, lui aussi, à quitter le parti et à contribuer à "reconstruire" sa famille politique.

10Bernard Cazeneuve quitte le PS

Au lendemain des menaces, l'ancien Premier ministre de François Hollande annonce, le 4 mai, claquer la porte du PS. "J'ai quitté le Parti socialiste en désaccord avec l'alliance passée avec le parti de Jean-Luc Mélenchon", déclare-t-il au quotidien régional La Manche libre (article réservé aux abonnés). Il fustige "la violence, l'outrance des positions, les insultes aussi lorsqu['il] étai[t] au gouvernement" de la part de La France insoumise, "notamment lorsque s'est produite la tragédie de la mort de Rémi Fraisse".

Il souligne également ses divergences sur la laïcité et l'Union européenne : "J'ai aussi une conception nette et ferme de la laïcité, de la République, qui interdit toute convergence avec ceux dont la pensée sur ces questions est plus qu'ambiguë. Et puis il y a cette hostilité ancienne de LFI au projet européen auquel je ne saurais me résoudre."

De son côté, un autre Premier ministre de François Hollande, Jean-Marc Ayrault, évoque un "rafistolage""Je suis profondément déçu par le texte qui vient d'être rendu public. Je vous dis mon désaccord avec regret", déclare-t-il à l'AFP, dénonçant le "prix exorbitant" payé selon lui par le PS, qui serait "absent dans 500 circonscriptions sur 577""En même temps, j'ai bien conscience qu'avec 1,7% des voix à la présidentielle, ça ne met pas le Parti socialiste en situation confortable", reconnaît-il.

11Six maires socialistes appellent à voter en faveur de l'accord avec LFI

Mercredi soir, les maires socialistes de Rennes, Nantes, Clermont-Ferrand, Nancy, Cherbourg et Villeurbanne appellent à voter en faveur de l'accord avec LFI. "En responsabilité, nous appelons les socialistes à valider cet accord qui ouvre la perspective du rassemblement de gauche et des écologistes (...) Celui répond à une aspiration profonde des femmes et des homes de gauche de retrouver un chemin d'espoir", écrivent Nathalie Appéré, Johanna Rolland, Benoît Arrivé, Olivier Bianchi, Marthieu Klein et Cédric Van Styvendael dans un communiqué commun. "Nous prenons acte de la répartition des investitures dans nos territoires, qui reflète inégalement l'action de nos majorités locales de rassemblement", remarquent toutefois ces élus.

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