Législatives 2022 : ces investitures qui provoquent des tensions au sein de la Nupes

Plusieurs candidats ont fait les frais de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale, et ne seront donc pas investis dans la circonscription qu'ils visaient. D'autres noms peinent à convaincre au sein même de cette coalition.

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Les leaders et cadres des partis réunis au sein de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), le 7 mai 2022. (JULIEN DE ROSA / AFP)

Prière de laisser sa place. C'est le message adressé à certains candidats de gauche aux élections législatives, qui ne seront pas investis dans le cadre de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes). Malgré l'appel à l'unité, des voix commencent à s'élever pour réclamer le retrait de certaines candidatures. Franceinfo fait le point sur ces désaccords qui fragilisent la coalition de gauche, à un mois du premier tour du scrutin.

Danielle Simonnet remise en cause par le PS dans la 15e circonscription de Paris

La candidate de La France insoumise rencontre des résistances après sa nomination par la Nupes dans cette circonscription, qui englobe le 20e arrondissement de Paris. Face à elle se dresse en effet la socialiste Lamia El Aaraje, qui se décrit comme la "candidate légitime" de la gauche dans ce territoire tenu par le PS depuis 2012. Lamia El Aaraje, qui est par ailleurs conseillère de la ville de Paris, fait valoir que cette circonscription l'avait élue députée en 2021, face à Danielle Simonnet justement, avant que le Conseil constitutionnel n'invalide l'élection en janvier à cause d'une irrégularité constatée chez un concurrent.

Sur Twitter, Lamia El Aaraje a fraîchement accueilli l'investiture de Danielle Simonnet, qualifiant l'accord électoral d'"injustice". "Une résolution demandant réparation a été votée à la quasi-unanimité", a-t-elle ajouté. Dans sa quête d'investiture officielle, Lamia El Aaraje est soutenue par plusieurs cadres et figures socialistes. "Je me bats pour (sa candidature)", a notamment déclaré le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure, invité dimanche matin sur RTL. La candidate écartée par la Nupes a aussi reçu le soutien de l'ancien Premier ministre Lionel Jospin, à ses côtés dimanche lors de sa conférence de presse. 

Des communistes contre Taha Bouhafs dans la 14e circonscription du Rhône

La candidature du journaliste et militant de 25 ans a provoqué l'incompréhension du communiste Fabien Roussel, qui retient contre le candidat LFI sa condamnation en première instance pour "injure à raison de l'origine" (une affaire dans laquelle Taha Bouhafs a fait appel). Fabien Roussel a expliqué lundi 9 mai dans l'émission "Les 4 Vérités" sur France 2 qu'il avait demandé à La France insoumise de "revoir" sa candidature afin de "créer les conditions de gagner" dans cette circonscription. Taha Bouhafs a finalement annoncé dans la nuit de lundi à mardi qu'il se retirait de la course à l'Assemblée, se disant victime "d'attaques sans précédent" mais aussi de "calomnies" et de "menaces de mort", sans préciser d'où ces menaces provenaient.

Imperturbable, Michèle Picard avait de toute façon prévenu qu'elle se présenterait contre l'avis de la Nupes, et assumait son statut de candidate dissidente. "Ici dans la 14e circonscription, il y a un parachutage discutable face à quelqu'un qui connaît très bien le territoire", avait-elle déclaré à France 3 Rhône-Alpes, après avoir précisé qu'elle avait voté contre l'accord électoral entre le PCF et La France insoumise.

Fabien Roussel face à un "insoumis" dissident dans la 20e circonscription du Nord

Pour le candidat communiste, cette nouvelle campagne électorale se fera sans le soutien des "insoumis" du Valenciennois. Bien avant l'annonce officielle des candidats investis par la Nupes, les militants locaux LFI avaient en effet prévenu qu'ils soutiendraient l'un des leurs, Eric Renaud, dans la 20e circonscription du Nord, rapportait la Voix du Nord fin avril. Le conseiller départemental a depuis lancé officiellement sa campagne, entouré de nombreux soutiens LFI qui "ne digèrent pas le non-ralliement de Fabien Roussel (à Jean-Luc Mélenchon) avant le 1er tour de la présidentielle" expliquait l'un d'entre eux à L'Observateur.

Jérôme Lambert vertement critiqué dans la 3e circonscription de Charente

Le candidat socialiste, député sortant de cette circonscription, est actuellement sous le feu des critiques pour des déclarations hostiles à la procréation médicalement assistée (PMA) ainsi que pour son opposition à la loi sur le mariage homosexuel en 2013. Des idées aux antipodes des valeurs portées par la Nupes, selon les antennes régionales d'Europe Ecologie-Les Verts et de La France insoumise, qui ont demandé le week-end du 7 mai à leurs partis respectifs d'investir "avant mardi 10 mai" une candidate dans cette circonscription, "dans un souci de pluralité départementale".

"Je ne suis pas homophobe, sinon j'aurais été viré du Parti socialiste depuis longtemps", a-t-il déclaré à France 3 Nouvelle-Aquitaine, réagissant aux accusations d'une pétition en ligne ainsi qu'aux propos de l'écologiste Sandrine Rousseau sur Twitter. Malgré cette fronde grandissante, Jérôme Lambert, qui est député de cette circonscription depuis 1997, n'a pas l'intention de laisser la place à qui que ce soit d'autre. "Je serai candidat sous l'étiquette qui m'a été donnée dans le cadre des accords conclus par l'union de tous les partis de gauche", a-t-il assuré, évoquant "une tempête dans un verre d'eau".

La première réaction d'un parti membre de la Nupes est venue du Parti socialiste : "Nous sommes nombreuses et nombreux, y compris au PS, à avoir un problème avec l’investiture de Jérôme Lambert", a réagi lundi soir la porte-parole du parti, Gabrielle Siry-Houari.

David Habib défie son propre parti dans la 3e circonscription des Pyrénées-Atlantiques

C'est une candidature risquée, mais assumée par le socialiste. David Habib n'a en effet pas reçu d'investiture dans le cadre de la Nupes, car son parti n'est pas parvenu à réserver cette circonscription, dont il est député depuis 2002. Figure de l'aile droite du PS, celui qui est aussi vice-président de l'Assemblée nationale entend donc faire campagne malgré tout, et dit ne pas craindre d'être exclu de son parti, qu'il a décrit comme "déjà mort" dans un entretien accordé à La République des Pyrénées. Sur son aile gauche, il devrait en toute logique faire face à un candidat issu de La France insoumise, dont le nom n'a pas encore été annoncé.

D'autres candidats pourraient venir s'ajouter à la liste des dissidents

La répartition des circonscriptions dans le cadre de la Nupes est loin de plaire à tout le monde, notamment au PS. Dans l'Hérault, la présidente socialiste de la Région Occitanie, Carole Delga, s'est opposée à cet accord en affichant son soutien à plusieurs candidats socialistes non investis par la Nupes. Tous affronteront des candidats LFI, relève le Journal du dimanche (article réservé aux abonnés), qui précise que des cas similaires se présentent ou risquent de se présenter en Dordogne, dans le Rhône, dans les Pays-de-la-Loire ou encore en Ardèche. Qu'ils soient investis par la Nupes ou non, qu'ils décident de se retirer ou d'entrer en dissidence, les candidates et candidats aux législatives ont en tout cas jusqu'au vendredi 20 mai à 18 heures pour déposer leurs candidatures pour le premier tour. 

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