Législatives 2022 : on vous explique tout sur la Nouvelle Union populaire écologique et sociale, conclue entre les principaux partis de gauche

Les différents partis de gauche, d'Europe Ecologie-Les Verts au Parti socialiste, se sont alliés en vue des élections législatives, les 12 et 19 juin. Ils cherchent à remporter la majorité pour imposer une cohabitation à Emmanuel Macron.

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Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France insoumise, et Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, à Paris, le 1er mai 2022. (ALEXANDRE BRE / HANS LUCAS / AFP)

C'est un sigle nouveau dans la vie politique française : la Nupes, pour Nouvelle Union populaire écologique et sociale, a vu le jour début mai, pour incarner l'union de la gauche désirée par plusieurs partis après l'élection présidentielle. Cette alliance, composée de quatre principales formations, a un but clair : remporter un maximum de circonscriptions aux élections législatives des 12 et 19 juin, et ainsi imposer la nomination de Jean-Luc Mélenchon au poste de Premier ministre.

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Durant cette campagne, la Nupes devra cependant composer avec la fronde de certains membres du Parti socialiste, qui y voient une alliance inféodée à Jean-Luc Mélenchon et son mouvement. Franceinfo fait le point sur cette union inédite.

La Nupes, qu'est-ce que c'est ?

La Nouvelle Union populaire écologique et sociale prend la suite de l'Union populaire, structure chargée de défendre la candidature de Jean-Luc Mélenchon à l'élection présidentielle. Cette bannière est le fruit d'un accord politique passé entre plusieurs partis en vue des élections législatives.

Elle a vu le jour lundi 2 mai, lorsque La France insoumise (LFI) a conclu un accord bilatéral avec Europe Ecologie-Les Verts (EELV). Dans les jours qui ont suivi, des accords du même type ont été signés avec les autres formations de gauche. La Nupes a prévu d'investir, samedi 8 mai, 577 candidats, un dans chaque circonscription électorale.

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Qui sont les partis qui la composent ?

La Nupes est composée, en premier lieu, de La France insoumise, qui en est à l'origine. Fort des 22% des suffrages qui se sont portés sur son leader Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle, LFI s'est réservé 330 des 577 investitures pour les élections législatives. Les "insoumis", qui disposent actuellement d'un groupe de 17 députés, cherchent à décupler leur présence au Palais-Bourbon.

Aux termes de cet accord, le pôle écologiste, principalement composé d'EELV, pourra présenter des candidats dans 100 circonscriptions, alors qu'il n'avait eu aucun élu en 2017. Le Parti socialiste, dont le groupe parlementaire était composé de 28 députés, obtient 70 circonscriptions. Enfin, le Parti communiste français, qui avait 15 députés, pourra concourir sous la bannière Nupes dans 50 circonscriptions.

C'est un nouveau parti qui remplace les anciens ?

Non, ce n'est pas un nouveau parti qui est né de cet accord politique. D'ailleurs, les candidats qui seraient élus sous cette bannière rejoindraient le groupe de leur choix à l'Assemblée nationale, en juin. "Tout le monde aura sa propre association de financement", a également assuré Jean-Luc Mélenchon, qui a supervisé les négociations marathon.

Pour faire simple, chaque parti garde son indépendance, mais peut intégrer s'il le souhaite une coalition parlementaire à l'Assemblée nationale. 

Pourquoi l'union de la gauche intervient-elle maintenant et pas avant ?

Parce que la présidentielle et les législatives ne sont pas le même type d'élections. Lors d'un scrutin présidentiel, les principaux partis, notamment à gauche, s'efforcent traditionnellement de présenter un candidat pour éviter de voir leur courant politique évincé du débat démocratique.

C'est le choix qui a été fait par les écologistes, les socialistes ou encore les communistes lors de la dernière présidentielle, malgré le risque d'une dispersion des voix et d'une élimination avant le second tour. Et les craintes se sont avérées : le 10 avril, malgré les très faibles scores réalisés par Yannick Jadot (4,6%), Fabien Roussel (2,3%) et Anne Hidalgo (1,7%), les 22% de Jean-Luc Mélenchon ne lui ont pas permis de se hisser en finale.

Le mode de scrutin des élections législatives, qui consistent en 577 scrutins dans autant de circonscriptions sur le territoire, est plus favorable à la conclusion d'alliances. Pour tenter de sauver leurs sièges à l'Assemblée nationale, voire en conquérir de nouveaux, les directions des trois partis en difficulté ont donc décidé de s'unir avec La France Insoumise, devenue la force motrice à gauche. Dans un premier temps, l'objectif sera de passer la barre des 12,5% des inscrits dans un maximum de circonscriptions, synonyme de qualification pour le second tour.

Que défendent les partis de gauche dans leur programme commun ?

Dans chacun des accords bilatéraux, il y a des variations mineures sur les éléments essentiels que défendent les différents partis de la Nupes. S'il y a des compromis dans les formulations et dans certaines propositions, ces accords sont très majoritairement inspirés de L'Avenir en commun, le programme de Jean-Luc Mélenchon pour l'élection présidentielle de 2017, qui a été réactualisé en 2022. Il comprend, parmi ses points les plus importants, la retraite à 60 ans, le blocage des prix, la VIe République ou la planification écologique, autant d'éléments auxquels les autres partis ont donc accepté de souscrire.

La France insoumise et le PS, antagonistes lors de l'élection présidentielle, ont par ailleurs trouvé un compromis sur l'Europe. Au sujet de la "désobéissance" à certaines règles communautaires, pomme de discorde entre les deux formations, l'accord est rédigé ainsi : "Du fait de nos histoires, nous parlons de désobéir pour les uns, de déroger de manière transitoire pour les autres, mais nous visons le même objectif", à savoir "mettre fin au cours libéral et productiviste de l'Union européenne".

L'ensemble du PS approuve-t-il cette alliance ?

Non, loin de là. Mercredi 4 mai, dès l'annonce du choix du Parti socialiste de rejoindre la Nupes, plusieurs cadres historiques du parti ont fait part publiquement de leur désaccord. C'est le cas de l'ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve, qui a aussitôt décidé de quitter le PS, soulignant dans un message au vitriol posté sur les réseaux sociaux que "le parti de Jean-Luc Mélenchon a combattu sans répit le Parti socialiste, lorsqu'il gouvernait comme lorsqu'il ne gouvernait plus".

D'autres ténors du parti n'ont pas encore annoncé officiellement leur départ, mais ils sont également très critiques. C'est le cas de l'ancien président François Hollande. "Je récuse l'accord sur le fond et même sur les circonscriptions", a-t-il déclaré à La Montagne, la veille de la validation de l'accord par 62% des votants réunis en Conseil national.

Ses ex-ministres Stéphane Le Foll et Hélène Geoffroy, qui incarnent le mouvement minoritaire du parti face à la direction d'Olivier Faure, sont eux aussi vent debout. Tout comme l'ancien premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis et certains présidents de départements et de régions, comme Carole Delga. La maire de Paris, Anne Hidalgo, a fustigé un accord irrespectueux "des personnes" et qui ne porte pas les garanties "sur des sujets aussi essentiels que l'Otan, l'Europe de la défense et la laïcité", tout en affirmant qu'elle "ne souhaite pas empêcher" cet accord.

Peut-il y avoir des candidatures dissidentes ?

Une ligne dissidente a commencé à se mettre en place au sein du Parti socialiste. Elle est notamment portée par Carole Delga, la présidente PS de la région Occitanie, qui souhaite soutenir six candidats socialistes sur son territoire, même face à des candidatures LFI, écologistes ou communistes. Un mouvement de contestation soutenu également par Michaël Delafosse, le maire PS de Montpellier, qui accuse LFI de "manie[r] l'outrance et l'invective en permanence".

La 15e circonscription de Paris risque aussi d'être le symbole de la fronde anti-Nupes. La députée PS sortante Lamia El Aaraje, qui a perdu son mandat début 2022 après l'annulation de l'élection par le Conseil constitutionnel, n'a pas dit son dernier mot. Alors que dans l'accord avec La France insoumise, cette circonscription a été réservée à Danielle Simonnet, oratrice nationale du parti de Jean-Luc Mélenchon, l'ex-parlementaire socialiste n'a pas encore fait savoir si elle comptait maintenir ou non une candidature dissidente.

Les proches de François Hollande pourraient eux aussi faire entendre leur voix. Si la création d'un mouvement politique en opposition à la Nupes n'est pour le moment pas à l'ordre du jour, le maire du Mans et ancien ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll s'est dit prêt, mercredi sur France 2, à "conduire la campagne" pour les législatives des dissidents du PS.

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