#OnVousRépond : pourquoi les transports en commun parisiens sont-ils surchargés cet été en pleine épidémie de coronavirus ?

Alors que le nombre de nouveaux cas de Covid-19 inquiète, des internautes de franceinfo ont dénoncé une baisse du trafic des métros, des bus et des tramways en Ile-de-France, ce qui entraîne une forte concentration de personnes dans des espaces clos.

Deux personnes respectent les distances de sécurité en attendant un métro à la station Madeleine, à Paris, le 7 juillet 2020. 
Deux personnes respectent les distances de sécurité en attendant un métro à la station Madeleine, à Paris, le 7 juillet 2020.  (NICOLAS GUYONNET / HANS LUCAS / AFP)

Touristes absents, travailleurs en vacances ou à la maison : les Franciliens espéraient profiter de transports en commun quasi désertés cet été. C'est raté, et même finalement tout le contraire.

Franceinfo a reçu ces derniers jours de nombreux commentaires d'internautes inquiets d'une surfréquentation alors que l'épidémie de coronavirus regagne du terrain. "Je prends le tram T6 au départ de Châtillon pour aller travailler. Depuis quelques jours, il n'y a plus qu'un tram sur deux en heure de pointe (un toutes les 8 minutes au lieu de 4 minutes). Le tram est évidemment bondé. En ces temps de pandémie, la forte diminution de la fréquence des trams semble une aberration", écrit une internaute.

Même constat sur la ligne 9 du métro, selon un commentaire publié dans le live de franceinfo : "Hier soir, il n'y avait qu'un train toutes les huit minutes et du coup nous étions serrés à près de 22h. Cette réduction des fréquences de la part de la RATP paraît irresponsable. Le métro, premier cluster d'Ile-de-France ?"

Ces témoignages rejoignent ceux, quotidiens, écrits sur Twitter par des voyageurs mécontents.

En pleine épidémie de coronavirus, le plan estival de la RATP provoque-t-il des rames bondées ? Contactée par franceinfo, le réseau francilien reconnaît une baisse du trafic de l'ordre de 30% selon un plan estival élaboré avec Ile-de-France Mobilités (IDFM), l'autorité régulatrice des transports dans la région. Selon cette dernière, "là où, par exemple, il y a un métro toutes les deux minutes aux heures de pointe, il faut patienter 3 à 4 minutes".

Ce plan, voté en 2019 en se basant sur les données d'affluence récoltées par le réseau de transports, facilite les travaux de rénovation et d'entretien du réseau. Cette année, entre le mois de juin et le mois d'août, 5 lignes de RER, 4 lignes de métro et 5 lignes de tramway connaissent des opérations de modernisation qui nécessitent des interruptions de circulation, indique un document (PDF) publié par l'IDFM et la RATP.

Une baisse d'affluence globale de 40%

Le motif économique est également évoqué : "Ce plan permet aussi aux employés de prendre des vacances et de respecter l'argent du contribuable francilien en ne faisant pas tourner des rames à vide", explique Sébastien Mabille, chargé de la communication à Ile-de-France Mobilités. Début juillet, la région Ile-de-France a annoncé cesser de payer la SNCF et la RATP, appelant l'Etat à compenser les pertes liées à l'épidémie. "Il nous manque 2,6 milliards d'euros pour l'année 2020, précise Sébastien Mabille. On a beaucoup investi pour le nettoyage des métros, des bus et des trams. On essaie de tout gérer, mais c'est compliqué."

Ces réductions ne devraient en principe pas affecter les conditions de voyage, puisque, selon IDFM, le réseau compte 40% de voyageurs en moins par rapport à l'an dernier, à la même période. "Si des fréquentations plus denses adviennent, les gestes barrières sont la règle, avec notamment le port du masque obligatoire. Occasionnellement, la distanciation sociale peut ne pas être possible", rappelle IDFM. L'entité se veut pourtant rassurante : "Les rames sont désinfectées quotidiennement. Les protocoles de nettoyage sont impressionnants : on atteint des standards d'hygiène jamais atteints en Ile-de-France !" 

Il n'y a jamais eu aussi peu de microbes dans les transports en commun parisiens !Sébastien Mabille, responsable de communication à Ile-de-France Mobilitésà franceinfo

La question des transports en commun surchargés en heure de pointe se pose chaque été, principalement à cause d'un problème d'effectifs, d'après la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (FNAUT). "Tous les ans, il reste des rames bondées sur certaines lignes. On a souvent réclamé des métros supplémentaires, mais les conducteurs de train sont en congés", constate Michel Babut, vice-président de la section Ile-de-France de l'organisme. "Avec l'épidémie de coronavirus, l'inquiétude s'ajoute à l'inconfort, même si je doute que la RATP puisse répondre au problème d'effectifs dans l'immédiat."

Dès lors, pour limiter la fréquentation aux heures de pointe, il s'agira avant tout d'utiliser un dispositif d'auto-régulation. La RATP propose sur son application un service collaboratif d'information, le "crowdsourcing affluence voyageurs", qui permet aux usagers d'indiquer ou de consulter le niveau d'affluence sur leur trajet de métro, de RER ou de tramway.