L'article à lire pour tout savoir de la grève à la SNCF

Le mouvement de grève contre la réforme du géant ferroviaire français, qui débute mardi 3 avril, s'annonce très suivi. Les usagers devraient être fortement pénalisés.

Des employés de la SNCF dans une gare parisienne, le 31 mars 2018. L\'entreprise a annoncé que 3 000 \"gilets rouges\" viendront renseigner les usagers mardi 3 avril, jour de grève des cheminots.
Des employés de la SNCF dans une gare parisienne, le 31 mars 2018. L'entreprise a annoncé que 3 000 "gilets rouges" viendront renseigner les usagers mardi 3 avril, jour de grève des cheminots. (DAVID SEYER / CROWDSPARK)

La "bataille du rail" est lancée. A partir du mardi 3 avril, les cheminots sont appelés à faire grève pour protester contre la réforme de la SNCF voulue par le gouvernement. Un mouvement qui s'annonce très suivi, à raison de deux jours de grève tous les cinq jours, et qui risque de pénaliser fortement les usagers. Ainsi, au premier jour de la grève, près de huit conducteurs de train sur dix ne travailleront pas, et de nombreuses lignes seront donc au ralenti, voire à l'arrêt. 

Franceinfo répond aux principales questions que vous vous posez sur cette grève, prévue pour durer jusqu'à fin juin. 

D'abord, pourquoi les cheminots font-ils grève ?

Le projet de réforme de la SNCF "vise à détruire le service public ferroviaire" et "ne réglera pas le sujet de la dette, ni celui des dysfonctionnements", affirment les syndicalistes dans leur préavis. Cette grève survient après l'annonce du projet de réforme porté par le gouvernement qui vise, selon les syndicats, à préparer l'entreprise à l'ouverture des chemins de fer à la concurrence. Un objectif que rejette le gouvernement.

- La réforme du statut de cheminot. Parmi les principales mesures qui ne passent pas : la suppression du statut de cheminot pour les futures personnes embauchées. Un statut qui octroie plusieurs avantages et qui symbolise les acquis sociaux historiques des cheminots.

- La crainte d'une privatisation. La transformation de la SNCF en société anonyme prévue dans le projet de loi mènerait l'entreprise à une future privatisation selon les syndicats et est aussi au centre des préoccupations. Une telle évolution est pourtant réfutée en bloc par le gouvernement.

- Des fermetures de petites lignes. Les cheminots s'inquiètent aussi d'éventuelles fermetures de petites lignes régionales. La rentabilité de 9 000 kilomètres de ces lignes est remise en cause par le rapport Spinetta, remis au gouvernement à la mi-février. Ce document, commandé par le Premier ministre, devait servir de base de réflexion au projet de réforme de la SNCF. Edouard Philippe, a indiqué qu'il ne suivrait pas le rapport sur ces suppressions, mais les syndicats estiment qu'il déléguera la responsabilité aux régions. Déjà fragilisées par un manque de moyens, elles seraient obligées de fermer ces lignes régionales, estime la CGT.

- L'épineuse gestion de la dette de la SNCF. Les syndicalistes estiment également que la dette de la SNCF, qui représente 45 milliards d'euros, pèse trop sur les épaules de l'entreprise, alors que c'est l'Etat qui en serait responsable. Selon eux, elle doit être reprise intégralement par l'Etat. Mais cette question est absente du projet de loi du gouvernement.

Combien de temps va durer la grève ?

L'intersyndicale a opté pour un mouvement dur. A l'initiative de la CGT, l'Unsa, et la CFDT, la mobilisation débute officiellement mardi 3 avril, et pourrait durer jusqu'au 28 juin. La mobilisation n'aura pas lieu tous les jours, mais à un rythme de deux journées sur cinq. Si aucun compromis n'est trouvé d'ici là, cette grève "perlée" s'étalera donc au total sur 36 jours, pendant trois mois.

Voici le détail des dates

En avril : les 3, 4, 8, 9, 13, 14, 18, 19, 23, 24, 28 et 29.

En mai : les 3, 4, 8, 9, 13, 14, 18, 19, 23, 24, 28 et 29.

• En juin : les 2, 3, 7, 8, 12, 13, 17, 18, 22, 23, 27 et le 28.

De son côté, le troisième syndicat de la SNCF, Sud Rail, a déposé un préavis de grève illimitée, reconductible par 24 heures, qui débutera le lundi 2 avril à 20 heures.

Comment réagit le gouvernement ?

Dimanche, la ministre des Transports, Elisabeth Borne, a fustigé dans Le Parisien l'attitude "incompréhensible" des syndicats. "Il nous reste un mois pour discuter sur l’organisation de la SNCF et [...] l’arrêt du recrutement au statut des cheminots à une date à définir, a déclaré la ministre. Personne ne peut comprendre que les syndicats de cheminots engagent une grève longue et pénalisante alors que le gouvernement est dans le dialogue."

Elle assure que "toutes les garanties sont données" aux cheminots sur la sauvegarde de leur statut actuel. "Le principe de l’ouverture à la concurrence par exemple n’est pas négociable mais ses modalités oui", tente-t-elle de rassurer.

Quelles conséquences pour les usagers ?

"Cette grève sera très pénalisante pour nos clients", a d'ores et déjà prévenu le président de la SNCF, Guillaume Pepy. Dimanche, la direction a annoncé ses premières prévisions pour les journées de mardi 3 et mercredi 4 avril. Et elles laissent entrevoir une grève très dure. Au premier jour de la mobilisation, ne devraient circuler que 12% des TGV, 13% des Intercités, 6% des TER, et le fonctionnement des trains de banlieue en Ile-de-France sera très fortement perturbée. 

>> Découvrez les prévisions de trafic, réseau par réseau, pour la journée du mardi 4 avril

Sur les grandes lignes, les trains annoncés la veille à 17 heures seront garantis. "Nous enverrons un mail ou un SMS à toutes les personnes qui ont une réservation pour confirmer ou infirmer la circulation de leur train la veille à partir de 17 heures. [...] Il ne sera donc pas raisonnable de venir dans une gare si votre train n'est pas confirmé", met en garde Guillaume Pepy. La liste des trains circulant le lendemain est disponible sur l'application SNCF ou sur le site SNCF.com, précise l'entreprise sur son site. Les réservations pour les jours de grève, elles, ont été purement et simplement fermées.

Le PDG de la SNCF anticipe également des difficultés dues à la succession des séquences de grève. "Trois jours après la reprise du trafic, une nouvelle séquence de grève démarrera, a-t-il déclaré au JDD. Cela va désorganiser complètement la production." Selon lui, "si l'entretien technique d'un train ne peut être fait à cause de la grève, il ne pourra plus rouler. Et nous finirons par manquer de matériel", laissant la possibilité d'annulations supplémentaires en dehors des jours de grève.

A-t-on le droit de ne pas aller au travail les jours de grève ?

La grève des transports est considérée comme un cas de force majeure. Votre employeur ne peut pas vous punir ou vous licencier pour cette raison. Attention cependant de bien avoir un justificatif, comme un bulletin de retard de la SNCF ou une photo du panneau d'affichage. En revanche, vous perdrez bel et bien une journée de salaire.

Par ailleurs, sachez que vous pouvez tout à fait demander à poser une journée de RTT jusqu'au dernier moment. Votre employeur peut toutefois vous la refuser mais également, à la place, vous proposer de travailler de chez vous.

Comment voyager malgré la grève ?

De nombreuses alternatives existent si vous devez vous déplacer pendant la grève. Les lignes de bus et le covoiturage sont des alternatives au train pour les trajets en France, même si le trajet peut être parfois beaucoup plus long. Les pouvoirs publics et les sociétés de covoiturage ont par ailleurs mis en place des dispositifs exceptionnels pour les trajets domicile-travail.

En Ile-de-France. Le covoiturage sera gratuit en Ile-de-France, a annoncé la région et Ile-de-France Mobilités. La région invite les voyageurs à se rendre sur le site Vianavigo pour trouver la liste des trajets gratuits. Les conducteurs peuvent s'inscrire auprès d'une des huit plateformes partenaires de la région pour cette opération. "Et vous serez remboursé", indique le site de la région. Voici la liste des sociétés partenaires : Karos, Klaxit, iDVROOM, Blablalines, OuiHop, RoulezMalin, Covoit'ici, et Clem'.

Plus de 50 lignes de bus, de tramways, et de Noctilien seront par ailleurs renforcées.

La région a également mis en place une carte interactive des sites de télétravail. Elle regroupe 464 espaces de télétravail accessibles avec "un court préavis, voire à l'improviste". Pour cela, votre employeur doit accepter ce mode de travail.

Dans toute la France. "Le covoiturage [...] sera gratuit dans toute la France avec notre service IDvroom", a promis Guillaume Pepy. L'entreprise s'est engagée à rembourser les passagers "le mois suivant".

La plateforme Blablacar enregistre "deux fois plus d'inscrits ces derniers jours que dans une semaine normale", affirme à franceinfo Frédéric Mazzela, son président. Les trajets de moins de 80 km seront gratuits pendant les jours de grève. "Cette gratuité est valable dans une limite de deux trajets par jour, par conducteur, et quatre trajets avec un même conducteur, et s'appliquera aux 60 000 premiers trajets réservés via l'application", a-t-il indiqué.

Comment se faire rembourser ou échanger les billets de train en cas d'annulation ?

Pour les clients occasionnels. Tous les billets de train sur les périodes de grève sont utilisables jusqu'à dix jours après la date de validité du billet. Un échange sera possible, sans frais, sur le site Oui.sncf, même ceux portant la mention "non échangeable et non remboursable", précise la SNCF. Les clients ont jusqu'à 61 jours à partir de la date de validité du billet pour le faire.

Les billets de train Ouigo sont échangeables, mais un autre billet ne pourra pas être échangé avec un billet Ouigo. Pour échanger un billet Ouigo avec un autre, la SNCF propose aux clients de se rendre sur Ouigo.sncf.

Pour les abonnés. Les abonnés avec TGVmax ne paieront pas leur abonnement pour le mois d'avril 2018, précise la SNCF. Les billets TGVmax ne seront utilisables que sur le train suivant, pour le même parcours, sans faire d'échange, et sans garantie de place assise. En cas d'annulation du billet et de rachat d'un autre, la différence ne sera pas remboursable.

Pour les voyageurs internationaux. En cas d'annulation d'un train Eurostar, les clients pourront se faire rembourser ou échanger leur billet sans frais dans un délais de 60 jours. Rendez-vous sur Eurostar.com. Même chose pour les trains Lyria, dans la limite cependant des périodes de grève. Les voyageurs des Thalys pendant la grève pourront échanger sans frais ou se faire rembourser intégralement leurs billets en cas de retard supérieur à une heure.

J'ai eu la flemme de tout lire, vous me faites un résumé ?

Une grève qui s'annonce très suivie débute à la SNCF lundi 2 avril à 19 heures. Elle s'arrêtera mercredi soir, mais reprendra dès samedi soir à 19 heures. Car les principaux syndicats de l'entreprise ont choisi de faire grève deux jours tous les cinq jours, et ce jusqu'à la fin juin. Ils comptent ainsi faire plier le gouvernement, qui veut réformer l'entreprise publique, notamment pour la préparer à l'ouverture à la concurrence, imposé par les instances européennes. Les cheminots refusent également la réforme de leur statut pour les nouveaux entrants dans l'entreprise, réforme qui devrait intervenir dans un second temps.

Ce bras de fer entre les syndicats de cheminots et le gouvernement risque de pénaliser fortement les usagers. Mardi, au premier jour de la mobilisation, près de huit conducteurs du dix seront en grève, et le trafic sera extrêmement perturbé. Pour savoir si un train circule ou non, la SNCF invite les usagers à se connecter la veille du départ à partir de 17 heures sur le site SNCF.com et l'application mobile SNCF.