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"Ils sont dans le TGV de la communication politique" : face à la grève à la SNCF, l'exécutif ne veut pas rester à quai

Les ministres, mais aussi Matignon et l'Elysée, montent au créneau pour fustiger le mouvement de grève à la SNCF lors des fêtes de fin d'année. Une communication de crise bien rodée qui permet à l'exécutif de se mettre au diapason de l'opinion publique.
Article rédigé par Margaux Duguet, Clément Parrot
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
Olivier Véran, porte-parole du gouvernement, lors du compte rendu du Conseil des ministres, le 22 décembre 2022 à l'Elysée, à Paris. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

"Le président est excédé par la situation." Selon nos informations, Emmanuel Macron ne décolère pas face au mouvement social à la SNCF. Près de la moitié des contrôleurs seront en grève ce week-end, provoquant l'annulation d'un train sur trois vendredi 23 décembre et de deux trains sur cinq samedi et dimanche, surtout des TGV. Résultat  : selon les estimations, environ 200 000 personnes se retrouvent privées de trains, avec des chances de réveillonner en famille compromises.

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La situation agace profondément le sommet de l'Etat, qui le fait savoir. Emmanuel Macron a ainsi demandé "à ses ministres de faire le maximum pour débloquer la situation". "Le président endosse la colère populaire, il prend en charge l'émotion collective, c'est une méthode de com, décrypte le communicant Philippe Moreau-Chevrolet. "Personne ne l'avait fait avant lui, de communiquer sur la colère, c'est quelque chose de fort mais le procédé peut s'user aussi", ajoute-t-il.

Un "scénario idéal" ?

Faire le maximum et montrer que l'on fait le maximum. Depuis plusieurs jours, les ministres défilent sur les plateaux des chaînes de télé pour témoigner de leur empathie envers les vacanciers privés de train mais aussi exprimer leur indignation face aux grévistes. "Ils sont dans le TGV de la communication politique", s'amuse Florian Silnicki, spécialiste en communication de crise. En première ligne naturellement : le porte-parole du gouvernement.

"A Noël, on fait la trêve, pas la grève. Avec les blocages, des centaines de milliers de Français ne pourront peut-être pas retrouver leur famille."

Olivier Véran, porte-parole du gouvernement

sur France Inter, mercredi 21 décembre

Faire grève à la SNCF à Noël est "incompréhensible et injustifiable", a pour sa part regretté le ministre des Transports, Clément Beaune, jeudi, sur franceinfo. La grève en cette période, "ce n'est pas digne" et "cela abîme le droit de grève", s'est également insurgé jeudi le ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, Christophe Béchu, sur France 2.

Des prises de parole qui ont un objectif, selon Florian Silnicki : "Instaurer un récit qui s'adresse au corps social dans sa globalité, les Français, pour isoler la partie de la société qui a des revendications". Pour le spécialiste, "les ministres ont occupé quotidiennement la scène médiatique pour ne pas installer le message des grévistes". Surtout, la position du gouvernement relèverait ici du "scénario idéal".

"Il n'y a rien de plus confortable pour le politique que d'être parfaitement aligné avec le sentiment des Français. D'habitude, on doit les convaincre de faire des efforts. Là, nos gouvernants n'ont qu'à dire qu'ils sont alignés avec l'angoisse des Français."

Florian Silnicki, spécialiste de la communication de crise

à franceinfo

Bref, que ce mouvement se durcisse ou trouve une issue favorable prochainement, "le politique aura endossé le bon rôle" quoi qu'il arrive, selon Florian Silnicki. Mais est-ce efficace ? "C'est de la gesticulation pour montrer aux Français qu'on fait des choses avant Noël", juge Yves Crozet, spécialiste des transports. D'après ce dernier, la forte mobilisation du gouvernement sur le sujet n'aurait que peu de prise sur les grévistes. "Les contrôleurs sont ravis puisque plus ça monte en pression, plus ils risquent d'obtenir satisfaction, assure cet économiste. Dans la tête des cheminots, la durée de vie de la SNCF est plus importante que celle du système solaire. Donc ils peuvent faire grève."

"On ne va pas s'asseoir sur Noël"

Outre la communication, les ministres s'activent en coulisses pour trouver une sortie de crise, même si les marges de manœuvre sont restreintes pour un conflit interne à une entreprise. "On ne va pas s'asseoir sur Noël, mais on n'a pas de baguette magique…", résume une source gouvernementale. Le ministre des Transports, Clément Beaune, a d'ores et déjà écarté la solution des réquisitions de personnel, utilisée lors des pénuries de carburant au moment des grèves dans les raffineries.

En revanche, le gouvernement assure "mettre la pression pour que ça se débloque". "On veut que les Français puissent partir pour les vacances, donc la Première ministre suit de près le dossier avec les ministres concernés, assure Matignon. C'est un secteur qu'elle connaît bien. Elle a des échanges avec la SNCF, avec l'objectif que le dialogue social se tienne. (...) La balle est dans le camp de la direction avec l'appui des syndicats." Le président de la SNCF, Jean-Pierre Farandou, a d'ailleurs annoncé sur RTL qu'il verrait les syndicats "car on ne lâche pas l'affaire pour sortir de cette crise". La réunion doit se tenir jeudi soir.

"On continue avec le dialogue social pour sauver le week-end prochain."

entourage du ministre des transports, Clément Beaune

à franceinfo

Pour comprendre pourquoi le dialogue est devenu difficile ces dernières semaines à la SNCF, il faut se rappeler qu'il ne s'agit pas d'une négociation classique entre syndicats et patronat, mais de revendications portées par un collectif de contrôleurs créé sur les réseaux sociaux. "Il s'agit d'une grève catégorielle. Il y a une surenchère, parce que d'autres catégories, comme les conducteurs de TGV l'an passé, ont obtenu des choses, donc les contrôleurs usent de la même stratégie", détaille Yves Crozet. 

Négocier et trouver des solutions "efficaces"

En parallèle de la négociation avec les grévistes, le ministère des Transports assure travailler à la mise en place de solutions alternatives pour remplacer les trains supprimés à Noël. "Nous sommes également mobilisés pour identifier toutes les solutions efficaces pour que les voyageurs qui sont privés de leur train puissent quand même rejoindre leur famille", a assuré le porte-parole du gouvernement Olivier Véran à la sortie du Conseil des ministres. Il s'agit notamment pour le gouvernement de se rapprocher des entreprises de bus et de covoiturage pour voir comment ils peuvent offrir des pistes de repli aux voyageurs. 

Le nouveau conflit social qui touche la SNCF pourrait avoir des conséquences politiques de plus long terme. Olivier Véran assure respecter le droit de grève, mais à la sortie du Conseil des ministres, jeudi, il a quand même demandé aux grévistes de renoncer à cette grève pour les fêtes. Il a aussi annoncé que le président de la République souhaitait mener une réflexion à l'avenir sur "un cadre de continuité de service public". "On n'est jamais allé aussi loin dans la remise en cause du droit de grève, qui est constitutionnel", commente Florian Silnicki.

Le gouvernement a désormais les yeux tournés vers le Nouvel An. "Sauver le week-end prochain, c'est évidemment le combat qu'on doit mener", a assuré Clément Beaune, sur franceinfo, avec l'objectif "qu'il n'y ait pas de perturbations, que les Français puissent rentrer de vacances".

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