Six choses à savoir sur Gaspard Glanz, le journaliste arrêté à Paris lors de la manifestation des "gilets jaunes"

Ce reporter indépendant a interdiction de paraître dans la capitale lors des prochaines journées de mobilisation jusqu’à son procès le 18 octobre. 

Le journaliste indépendant Gaspard Glanz lors de son arrestation, le 20 avril 2019, à Paris. 
Le journaliste indépendant Gaspard Glanz lors de son arrestation, le 20 avril 2019, à Paris.  (SAMUEL BOIVIN / NURPHOTO / AFP)

Gaspard Glanz ou l'enfant terrible du journalisme. Sorti de garde à vue lundi 22 avril après son interpellation pendant la 23e journée de mobilisation des "gilets jaunes" à Paris, le reporter indépendant a interdiction de paraître dans la capitale les samedis et le 1er mai jusqu'à son procès le 18 octobre. Après avoir assuré qu'il couvrirait malgré tout les prochaines manifestations, Gaspard Glanz a finalement annoncé qu'il respecterait son contrôle judiciaire. 

Le jeune reporter incarne la nouvelle génération des journalistes indépendants et s'empare de toutes les luttes sociales. "Gilets jaunes", loi Travail, Notre-Dame-des-Landes... Autant de dossiers qu'il a suivis de très près sur le terrain. Franceinfo a rassemblé six choses à savoir sur Gaspard Glanz.

1Il est le fondateur du site Taranis News

En 2012, Gaspard Glanz, alors âgé de 25 ans, lance Rennes TV, devenue ensuite la société de production Taranis News. Avec quatre autres collaborateurs photojournalistes, il publie régulièrement ses reportages sur le site. Sans publicité, Taranis News traite essentiellement l'actualité des mouvements sociaux en France. Avec des relais à Rennes, Toulouse, Strasbourg ou encore Lille, ses journalistes couvrent les manifestations des "gilets jaunes" dans la plupart des grandes villes de l'Hexagone. 

Dépeint comme un militant d'extrême gauche par ses détracteurs, Gaspard Glanz est aussi reconnu pour son travail au plus près des affrontements entre la police et les manifestants. Casque vissé sur la tête, surmonté d'une GoPro, le journaliste zigzague dans la foule pour se rendre au cœur de l'action. Dans ses vidéos, à l'image instable, il filme à 360°, avec parfois des interviews, mais sans commentaires de sa part. Son but ? Donner à voir au plus près les interactions entre les policiers et les manifestants. Il compile ensuite ses images dans une seule vidéo publiée sur Taranis News. 

Dans une interview à nos confrères de L'Obs, Gaspard Glanz précise la ligne éditoriale du site internet : c'est un "média qui s’intéresse à la foule en général : les festivals, les manifestations, les rassemblements. On fait ce que j’appelle du 'street journalism', un journalisme urbain, pour les jeunes, car 90% des visiteurs de notre site ont entre 17 et 35 ans."

2Il n'a pas de carte de presse

Après son arrestation le samedi 20 avril, de nombreux commentateurs ont souligné que Gaspard Glanz n'était pas journaliste car il n'avait pas de carte de presse. Pourtant, ce document, délivré par la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels (CCIJP), n'est pas obligatoire pour exercer le métier. 

A la sortie du commissariat lundi, après 48 heures de garde à vue, Gaspard Glanz s'exprime à ce sujet. "Un journaliste n'a pas besoin d'une carte de presse", affirme-t-il devant les micros de nombreux confrères. Interrogés, trois journalistes présents confirment qu'ils ne possèdent pas non plus le fameux document, tout en tenant les micros de radios nationales. 

Si Gaspard Glanz peut exercer le métier de journaliste et indique en "tirer 100% de ses revenus", il n'est pas salarié d'une entreprise de presse et se rémunère en droits d'auteur. Or la CCIJP refuse d'attribuer la carte de presse à un journaliste rémunéré essentiellement par ce biais. Une situation complexe que nous vous résumons ici

3Il couvre essentiellement les mouvements sociaux

Gaspard Glanz est réputé pour être spécialiste des mouvements sociaux parfois très violents. Ancien leader de l’Union nationale lycéenne (UNL, syndicat classé à gauche), il était en première ligne lors des manifestations contre le CPE (Contrat première embauche) en 2006. Il a commencé sa carrière en 2009 lors des manifestations contre le sommet de l’Otan en 2009, pendant laquelle les black blocs étaient présents en masse. Dans un portrait dressé par nos confrères de StreetPress, le journaliste assume avoir versé dans le militantisme lors de ce sommet. "D’un côté, il y avait 22 000 flics mobilisés, de l’autre, le plus gros rassemblement de black blocs des vingt dernières années : entre 3 000 et 5 000. J’ai tout filmé."

Depuis une dizaine d'années, Gaspard Glanz est un habitué des pavés des manifestations parisiennes avec Nuit debout, la loi Travail… Mais c'est à Notre-Dame-des-Landes que le journaliste a fait parler de lui. D'octobre 2012 à mai 2018, il a réalisé des vidéos sur le terrain et les a compilées sur Taranis News. A travers champs, sur les sentiers, on l'entend courir pour capturer des scènes de confrontation entre manifestants et policiers. 

Son autre cheval de bataille : la "jungle" de Calais (Pas-de-Calais). Depuis 2014, il publie des reportages tournés sur place. Dans une série Calais : inside the jungle, le journaliste relate l'actualité des lieux en sept "actes". Les vidéos durent 15 à 30 minutes et sont tournées de nuit ou de jour, qu'il y ait de l'action ou non. 

4Il est fiché S et J 

Au cours de sa carrière, Gaspard Glanz a déjà eu affaire à la justice. En juin 2016, pendant une manifestation contre la loi Travail, il est arrêté pour avoir "participé à un attroupement en vue de commettre un délit". En octobre de la même année, c’est à la "jungle" de Calais qu’il est interpellé. Pendant sa garde à vue, on l’informe qu’il est poursuivi pour deux infractions : vol d’un talkie-walkie appartenant à un CRS et injure sur une personne dépositaire de la force publique, en raison d'un post Facebook. Il y a publié une photo sur laquelle on voit des policiers attroupés, accompagnée d'un commentaire issu d'un slogan utilisé par le régime nazi. 

Dans l'attente de son procès en 2017, il fait l’objet d’un contrôle judiciaire et doit venir pointer une fois par semaine au commissariat de Strasbourg. Le tribunal a finalement jugé que les faits étaient prescrits et a relaxé le journaliste. 

A chaque fois qu'il est inquiété par la justice, Gaspard Glanz réagit sur les réseaux sociaux ou sur Taranis News. Après sa sortie de garde à vue, il publie le récit de son arrestation sur son site sous la forme d'un pamphlet contre les autorités.

En décembre 2016, il apprend qu’il est "fiché S" et fait part de sa réaction dans une vidéo publiée par StreetPress mais aussi sur son site. Il explique avoir eu accès à la fiche en question car les policiers l'ont glissée dans le dossier d'instruction auquel ses avocats ont accès. On peut y lire qu'il est qualifié de "membre de la mouvance anarcho-autonome et susceptible d'action violente". Le Conseil d’Etat a refusé d’effacer cette étiquette. 

Récemment, Gaspard Glanz a appris qu’il était aussi fiché J (pour "judiciaire"), une sous-catégorie du Fichier des personnes recherchées (FPR), en raison de son contrôle judiciaire dans l'affaire de Calais. Cette fiche donne aux forces de l'ordre la marche à suivre en cas de contrôle d'une personne fichée. Elle permet notamment à la police de procéder à une interpellation.

5Il a contribué à l’affaire Benalla

Gaspard Glanz n'est pas à l'origine de l'affaire, mais a contribué à alimenter le feuilleton Benalla. Après l’article du Monde publié le 18 juillet 2018, qui révélait que ce proche du président de la République était présent lors de la manifestation du 1er-Mai à Paris, Gaspard Glanz, également présent lors de cette manifestation, a passé la nuit à dérusher ses vidéos, comme il l'a raconté à Arrêt sur images. Objectif : retrouver des images et peut-être identifier Alexandre Benalla. Dans un tweet publié dans la soirée, il pense avoir retrouvé l'individu, sans casque, captures d'écran à l'appui. 

Le 19 juillet, il publie une compilation des vidéos qu’il a réalisées ce jour-là. Ces images viennent appuyer celles de Taha Bouhafs, le journaliste militant qui avait filmé l'ancien collaborateur d'Emmanuel Macron en train de malmener des manifestants place de la Contrescarpe.

6Il a un tempérament éruptif 

Le 22 juin 2017, Gaspard Glanz est hors de contrôle. Cette fois, pas de violences policières ou d'affrontements. Dans un autre registre, on le voit s'indigner dans un magasin Carrefour. Dans une vidéo vue près de 7 millions de fois sur YouTube, le journaliste est scandalisé que le supermarché soit encore ouvert alors que ses réfrigérateurs ne fonctionnent plus. On le voit entrer, furieux, dans le magasin, et ouvrir une barquette de glace au chocolat complètement fondue. 

"Vous êtes un criminel !" lance-t-il au gérant du magasin, visiblement en train d'essayer de régler le problème au téléphone. Gaspard Glanz essaie ensuite de chercher un thermomètre pour évaluer la température à laquelle sont conservés les produits. Il analyse les différents réfrigérateurs, caméra toujours en main. Finalement, il réussit à faire fermer temporairement le magasin. Une vidéo qui a fait un énorme buzz sur les réseaux sociaux.