"Gilets jaunes" : sous contrôle judiciaire, que risque le journaliste Gaspard Glanz s'il se rend aux manifestations ?

Sur Twitter, son avocat Me Raphaël Kempf a annoncé qu'il allait "contester" cette décision qui "porte atteinte à la liberté de la presse et à celle de travailler".

Le journaliste Gaspard Glanz, samedi 20 avril 2019 lors de son interpellation par les forces de l\'ordre pendant une manifestation de \"gilets jaunes\" organisée place de la République à Paris.
Le journaliste Gaspard Glanz, samedi 20 avril 2019 lors de son interpellation par les forces de l'ordre pendant une manifestation de "gilets jaunes" organisée place de la République à Paris. (ERIC DESSONS / JDD / SIPA)

"Je me rendrai dans la manifestation ce samedi et le 1er-Mai malgré l'interdiction qui m'est faite". Interrogé lundi 22 avril à sa sortie du tribunal, Gaspard Glanz n'a, dans un premier temps, pas fait mystère de sa volonté de ne pas respecter son contrôle judiciaire, qui lui impose de ne pas paraître à Paris tous les samedis et le 1er-Mai en attendant d'être jugé le 18 octobre pour "outrage sur personne dépositaire de l'autorité publique". Le journaliste indépendant semble être un peu revenu sur sa décision, mardi, en déclarant sur Europe 1 qu'il allait finalement respecter son contrôle judiciaire "afin que (ses) avocats aient toutes les armes en leurs mains".

Le reporter avait été placé en garde à vue, samedi, après avoir été interpellé place de la République, en pleine mobilisation des "gilets jaunes". Sur une vidéo diffusée sur YouTube, on le voit apostropher les forces de l'ordre et affirmer avoir été visé par une grenade de désencerclement. Le journaliste leur fait ensuite un doigt d'honneur après avoir été poussé par un policier. "Je suis journaliste depuis dix ans et je continuerai à l'être avec ou sans interdiction, et je n'ai pas peur", s'est justifié Gaspard Glanz auprès de la presse après s'est fait notifier son contrôle judiciaire par le juge des libertés et de la détention. 

Une audience d'ici le 3 mai

Sur Twitter, son avocat, Me Raphaël Kempf, a annoncé qu'il allait "contester" cette décision qui "porte atteinte à la liberté de la presse et à celle de travailler", Gaspard Glanz s'étant spécialisé dans la couverture de mouvements sociaux, notamment celui des "gilets jaunes".

Eric Morain, avocat au barreau de Paris, indique au Parisien que contester ce contrôle judiciaire ne permettra pas de suspendre son application car "ce n’est pas un appel". "Mais [ses avocats] peuvent saisir le tribunal correctionnel d’une modification du contrôle judiciaire de leur client, et le tribunal peut prendre le temps qu’il veut pour y répondre", ajoute-t-il.

Cette démarche est d'ores et déjà entreprise. Contactée, Me Aïnoha Pascual, qui assure la défense de Gaspard Glanz, confirme à franceinfo avoir déposé mardi une demande de mainlevée du contrôle judiciaire de son client. "Une audience doit désormais avoir lieu sous dix jours, et nous comptons y critiquer le bien-fondé de ce contrôle judiciaire et en demander la levée", explique-t-elle.

Un risque de placement en détention provisoire

Que va-t-il se passer d'ici là si, samedi prochain, Gaspard Glanz se rend comme il l'a annoncé au sein du cortège parisien des "gilets jaunes" et qu'il se fait de nouveau interpeller par la police ? "Il risque d'être placé en rétention judiciaire, qui est un régime proche de la garde à vue", explique une source judiciaire à franceinfo. Dès lors, le procureur de la République a deux possibilités : délivrer un avertissement à Gaspard Glanz et le remettre en liberté, ou le présenter au juge des libertés et de la détention en demandant son placement en détention provisoire dans l'attente de son procès, fixé donc au 18 octobre.

Gaspard Glanz étant poursuivi pour un simple délit d'outrage, ce placement en détention provisoire ne peut théoriquement excéder quatre mois. "En la matière, le procureur garde en tête un principe de proportionnalité : il peut parfaitement estimer qu'en l'espèce, une détention provisoire est possible mais pas forcément proportionnée au délit", poursuit la source judiciaire interrogée par franceinfo. "Dans cette hypothèse, le procureur versera au dossier les preuves que l'individu n'a pas respecté son contrôle judiciaire, et le tribunal pourra en tenir compte lors du jugement".

Du côté de la défense de Gaspard Glanz, on se prépare à toutes les éventualités en cas d'interpellation du journaliste samedi. 

Demander un placement en détention provisoire serait relativement extraordinaire au vu des faits qui lui sont reprochés, mais au vu de l'acharnement contre notre client, on se dit que rien n'est impossible.Me Aïnoha Pascual, avocate de Gaspard Glanzà franceinfo

"Nous ne pouvons absolument pas conseiller à notre client d'enfreindre la loi. S'il devait effectivement ne pas respecter son contrôle judiciaire, il en assumerait les conséquences, et nous serons là pour le défendre, précise l'avocate de Gaspard Glanz à franceinfo. Nous allons discuter ensemble de la stratégie à adopter, et il prendra seul sa décision."