"Gilets jaunes" : les trois raisons pour lesquelles l'exécutif ne crie pas victoire, malgré l'essoufflement de "l'acte 5"

L'exécutif et la majorité se montrent très prudents et redoutent un retour de boomerang, si les promesses faites ne sont pas tenues. 

Le président de la République, Emmanuel Macron, et le Premeir ministre, Edouard Philippe, lors d\'une réunion sur les \"gilets jaunes\" le 10 décembre 2018.
Le président de la République, Emmanuel Macron, et le Premeir ministre, Edouard Philippe, lors d'une réunion sur les "gilets jaunes" le 10 décembre 2018. (JEAN-BAPTISTE QUENTIN / MAXPPP)

La mobilisation des "gilets jaunes" a fortement faibli samedi 15 décembre, pour la cinquième manifestation nationale. L’exécutif respire, mais officiellement, il n’y a ni victoire à fêter, ni bonne nouvelle à saluer : la prudence est de mise dans la perspective d'une sortie de crise, devant les enjeux à venir. franceinfo vous explique pourquoi.

C'est la fin d'un épisode, pas du film

Pour l’exécutif, le pire est évité et la sortie de crise est enclenchée. Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, appelle sur Twitter à "libérer les ronds-points". "L’heure n’est plus au combat, mais au débat", renchérit le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, sur CNews. "C’est la fin d’une séquence", conclut, soulagé, le ministre des Relations avec le Parlement, Marc Fesneau, dans un entretien au Parisien. Et c’est grâce aux annonces du président, "déterminantes", martèle Matignon, plus qu’à la fatigue, l’approche des fêtes de Noël, les violences et surtout la menace terroriste. "Ça a bougé parce que nous avons bougé", assure un conseiller, comme pour convaincre les "gilets jaunes" qu’ils ne seront pas floués. Officiellement, il n’y a d’ailleurs "pas de victoire" à fêter, ni même de "bonne nouvelle" à saluer, car "on est au début d’un processus". La prudence est donc de mise chez des dirigeants qui ont senti passer le vent du boulet de très près.

Le calendrier est très serré

Il s’agit de concrétiser les annonces présidentielles du 10 décembre et de le faire dans les temps. Elles concernent les heures supplémentaires, la prime de fin d’année défiscalisée, l’annulation de la hausse de la CSG pour les retraités percevant moins de 2 000 euros de pension mensuelle. Il y a surtout ces 100 euros d’augmentation pour tous les smicards, promis dès début 2019. C’est "techniquement compliqué. Le Premier ministre a passé sa journée d’hier dessus", confie son entourage et ce n’est pas terminé. Tout doit être bouclé d’ici le Conseil des ministres mercredi prochain, pour adoption au Parlement avant Noël. L’engagement doit être tenu, sauf à réactiver la colère.

Et s’ajoute à ce calendrier serré l’organisation du "grand débat" public, autre promesse présidentielle. Sa présentation prévue le 15 décembre a été repoussée. Ses modalités restent très floues, sachant que l’exécutif en fait un enjeu majeur. "L’échec de ce débat serait un échec pour nous", fait-il savoir.  

L'exécutif est politiquement affaibli

Au-delà des rumeurs de mésentente entre l’Elysée et Matignon, au-delà des états d’âmes de la majorité, au-delà de l’isolement croissant du président, c’est sa capacité à réformer qui est altérée. L’exécutif a beau nier tout rapport de force, il n’empêche qu'une taxe a été abandonnée et que l’étau budgétaire a été desserré. Qu’en sera-t-il demain de la réforme des retraites ou de l’assurance-chômage au cœur du projet d’Emmanuel Macron ? Le président s’est amendé sur la forme, mais sur le fond, il se dit déterminé à réformer, sous l’œil exigeant de Bruxelles. Les dix milliards à débourser pour son plan de sortie de crise vont alourdir le déficit public, au-delà des 3% du PIB. Sa crédibilité à l’échelle européenne semble donc entamée, à moins de six mois des élections européennes pour lesquelles, en France, le parti de Marine Le Pen creuse l’écart avec La République en marche.

Et la cote de popularité du président est au diapason des intentions de vote. Le chef de l’Etat continue de dévisser, et atteint presque le même niveau que François Hollande après 18 mois de mandat. Le président socialiste qui n’a jamais réussi à inverser la tendance ensuite et qu’Emmanuel Macron a toujours présenté comme un contre-exemple à ne pas suivre…