"Gilets jaunes", anarchistes, militants d'extrême droite... Qui sont les casseurs à l'origine des violences samedi à Paris ?

Selon "Libération", un tiers des manifestants étaient violents. Franceinfo revient sur les profils très diversifiés des casseurs qui ont mis le feu à la capitale.

Des casseurs renversent un véhicule lors de la troisième journée de mobilisation nationale des \"gilets jaunes\", le 1er décembre 2018, à Paris.
Des casseurs renversent un véhicule lors de la troisième journée de mobilisation nationale des "gilets jaunes", le 1er décembre 2018, à Paris. (SIMON GUILLEMIN / HANS LUCAS / AFP)

Le bilan est hors-norme : 249 feux, visant "112 véhicules, 130 mobiliers urbains" et "six bâtiments", selon le préfet de police de Paris, Michel Delpuech. Sans oublier 133 blessés, dont 23 parmi les forces de l'ordre. Les violences ayant éclaté en marge de la troisième journée de mobilisation nationale des "gilets jaunes", dans la capitale, samedi 1er décembre, ont été "d'une gravité sans précédent", a estimé le préfet de police.

Evoquant "des jets de marteaux", de "billes en acier" ou de "gros boulons", Michel Delpuech a annoncé que 412 personnes avaient été interpellées lors de cette manifestation. Quelque 378 – dont 33 mineurs – ont été placées en garde à vue. "Jamais le parquet de Paris n'a eu à gérer un nombre aussi important de gardes à vue", a réagi le procureur de Paris, Rémy Heitz, cité par Libération.

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Parmi les quelque 10 000 "gilets jaunes" présents samedi à Paris, "environ 3 500 étaient des manifestants violents", poursuit le quotidien, citant une source au ministère de l'Intérieur. "Certains étaient venus pour en découdre, d'autres pour casser, d'autres enfin pour piller", commente Alexandra Onfray, première vice-procureure à l'unité de traitement en temps réel du parquet de Paris, auprès du Parisien. De "gilets jaunes" furieux à des militants d'extrême gauche et d'extrême droite, en passant par des petits délinquants, franceinfo revient sur les divers profils des auteurs de ces violences et dégradations.

Des "gilets jaunes" qui dérapent

Selon Le Parisien, même si de nombreux "gilets jaunes" ont condamné les violences en marge de la mobilisation, une majorité des personnes interpellées sont, elles-mêmes, des membres du mouvement. Le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, a ainsi évoqué "un très grand nombre de manifestants portant un gilet jaune", qui n'ont pas hésité, par "désinhibition" ou un effet d'"entraînement", à "se livrer eux aussi à des violences injustifiables".

Selon Rémy Heitz, le procureur de Paris, "beaucoup d'hommes majeurs", âgés "de 30 à 40 ans", "venant souvent de province", "insérés socialement" et "venus pour en découdre avec les forces de l'ordre" ont été recensés parmi les 378 personnes placées en garde à vue. "Lors de leur audition, beaucoup estiment avoir fait 'acte de résistance' contre un gouvernement qui ne les entend pas, rapporte Le Parisien. Dans leurs sacs, les policiers ont souvent retrouvé des masques de protection, des gants et même des pots de peinture."

Un profil confirmé par le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, lundi matin sur France Inter. "La violence a été le fait des casseurs", mais il y avait aussi des "gilets jaunes" qui se sont laissés "embarquer dans cette violence, peut-être parce qu'ils s'imaginent que c'est le seul moyen d'être entendus", a-t-il estimé.

Des militants aguerris d'extrême droite

Aux côtés des "gilets jaunes", la préfecture de police de Paris a également recensé des militants bien plus rompus à ce genre de manifestations, qui avaient bien l'intention d'en découdre avec les forces de l'ordre. Quand des grenades lacrymogènes étaient lancées par les policiers, ces militants donnaient des consignes aux manifestants, leur disant notamment de ne pas paniquer et "de ne pas courir", ont constaté des journalistes de l'AFP sur place.

Nombre de ces militants sont d'extrême droite. Plusieurs groupuscules, comme Action française et Bastion social, avaient en effet appelé leurs membres à participer à la manifestation. "Les premiers heurts, peu avant 9 heures du matin, sont imputables à des groupes d'ultradroite", abonde Le Parisien. Parmi ces militants, Libération a noté la présence d'Yvan Benedetti, l'ancien président du groupe antisémite L'Œuvre française. Le quotidien francilien relève également que le Groupe union défense (GUD) laissé "de nombreux graffitis" lors de la manifestation – notamment une inscription "Justice pour Esteban", en référence à Esteban Morillo, le skinhead condamné pour la mort de Clément Méric. 

Les quelque 100 premières personnes qui ont été interpellées, samedi matin en haut des Champs-Elysées, "étaient des militants d'extrême droite, fichés déjà par les services de renseignement", affirme également Gérald Grizbec, journaliste à France 2.

Des anarchistes et des anticapitalistes

L'extrême gauche était également présente lors de cette nouvelle mobilisation des "gilets jaunes". "Avec leurs blousons noirs-cagoules-lunettes, les militants d'ultragauche sont passés à l'action un peu plus tard dans la journée", remarque Libération

Des manifestants ont ainsi scandé de nombreux slogans anticapitalistes tout au long de la manifestation samedi, et inscrits sur plusieurs murs et magasins le fameux "A" anarchiste, ainsi que le slogan ACAB pour "All Cops Are Bastards" ("Tous les flics sont des bâtards").

D'après Libération, qui cite une source policière, "ce sont des militants d'ultragauche qui seraient mêlés aux dégradations commises sur l'Arc de triomphe". Selon le quotidien, des heurts ont même éclaté en marge de la manifestation, "entre radicaux des deux bords". Une vidéo montre ainsi Yvan Benedetti, de L'Œuvre française, frappé à plusieurs reprises par d'autres militants. 

Des délinquants "venus profiter des pillages"

Plus tard dans la journée, des petits délinquants ont fait leur apparition, notamment place de la Bastille ou aux abords des Champs-Elysées, comme l'ont constaté des journalistes de l'AFP, qui ont ainsi vu un petit groupe dévaliser une supérette et incendier un scooter. Il y avait "des profils plus jeunes, des Franciliens" qui étaient "plus motivés par une délinquance d'appropriation" et sont "venus profiter des pillages", a confirmé Rémy Heitz. "Il ne peut y avoir d'impunité", a insisté le procureur de Paris. Environ deux tiers des gardés à vue seront déférés lundi et mardi en comparution immédiate. Ils risquent jusqu'à sept ans d'emprisonnement.