Réforme des retraites : les partenaires sociaux, déçus par la réunion avec le ministre du Travail, mettent en garde contre un passage en force

Le ministre du Travail a réuni ce lundi les organisations syndicales et patronales sur le dossier des retraites. Au cœur des discussions, les conclusions du dernier rapport du Conseil d'orientation des retraites qui prévoit une nouvelle dégradation du système.

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édité par Phéline Leloir-Duault - Sarah Lemoine
Radio France
Publié Mis à jour
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Olivier Dussopt, le ministre du Travail, sur le perron de l'Elysée, le 24 août 2022. (BERTRAND GUAY / AFP)

"C'était une réunion pour rien" : voilà ce qu'affirme le représentant de Force ouvrière, à l'issue d'une rencontre de deux heures avec les partenaires sociaux, sur le dossier brûlant des retraites, organisée par le ministre du Travail Olivier Dussopt, lundi 19 septembre. D'après plusieurs syndicats présents, le ministre a réaffirmé l'ambition du gouvernement de mener la réforme des retraites à l'horizon de l'été 2023. Le dernier rapport du Conseil d'orientation des retraites (COR) prévoit une nouvelle dégradation du système avec des déficits récurrents dès 2023, et jusqu'au milieu des années 2030 dans le meilleur des cas.

>> Réforme des retraites : la majorité divisée, les syndicats prêts à dégainer

Deux scénarios sont à l'étude, a rappelé Olivier Dussopt. Soit le gouvernement fait passer une mesure d'âge via un amendement, lors du débat cet automne sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), avec un possible recours au 49.3 en cas de blocage. Soit il engage une concertation plus globale de trois ou quatre mois avec les organisations syndicales et patronales avant de légiférer un peu plus tard.

Néanmoins, le ministre a précisé qu'aucune décision ne serait prise avant jeudi : le Comité de suivi des retraites (CSR) doit rendre ce jour-là son avis à la Première ministre sur l'état du système des retraites, avec d'éventuelles mesures correctrices, si nécessaire. Elisabeth Borne recevra par ailleurs les chefs de groupe parlementaires à Matignon mercredi sur le dossier des retraite.

Une mobilisation en cas de passage en force

Les syndicats gardent un sentiment mitigé de leur rencontre avec Olivier Dussopt au ministère du Travail. "Le gouvernement a fait cette réunion pour occuper le terrain", estime le représentant de Force ouvrière, Michel Beaugas. Il explique avoir l'impression que le ministre est venu expliquer comment bien lire le rapport du Conseil d'orientation des retraites. Il a surtout le sentiment que le ministre a insisté sur les déficits annoncés, et pas sur le fait que la part des dépenses de retraite dans la richesse nationale reste maîtrisée. Une démonstration résumée par Yvan Ricordeau, de la CFDT : "Noircir la perspective financière pour légitimer une mesure qui interviendrait rapidement", alors que selon lui, cela ne se justifie pas. "Il n'y pas le feu dans le système de retraite, donc ne mettons pas le feu dans le pays sur cette question." 

Les organisations syndicales ont finalement renouvelé leurs mises en garde. La CFDT a notamment affirmé qu'elle ne participerait à aucune réunion au ministère du travail d'ici le 26 septembre, date à laquelle le projet de loi de financement de la sécurité sociale sera présenté en Conseil des ministres. Ils ne veulent pas "être instrumentalisés", indique leur représentant. Et si le gouvernement passait en force, toutes les organisations ont confirmé qu'elles appelleraient à la mobilisation : la CFTC a même affirmé qu'en cas de passage en force, elle se retirerait du Conseil national de la refondation. Catherine Perret au nom de la CGT, menace par avance de "couper immédiatement toute discussion avec le gouvernement" et de "rentrer dans la confrontation sociale" si une réforme des retraites était intégrée au prochain budget de la Sécurité sociale.

Selon Cyril Chabanier, président confédéral de la CFTC, invité de franceinfo, si le gouvernement veut aborder la question des retraites, "il faut le faire dans l'ordre, c'est-à-dire traiter les sujets capitaux" en citant  entre autres, l'emploi des seniors, la pénibilité, les carrières longues. Des sujets que le gouvernement n'aborde pas dans un premier temps : "Ils nous disent : on fixe d'abord un âge et ensuite on parlera de tous ces sujets et on créera des exceptions", estime Cyril Chabanier, qui rappelle que "le système actuel des retraites est tout sauf juste" et a affirmé vouloir prendre part aux négociations "pour avoir un système plus juste" : "on ne peut pas avoir de Français qui acceptent une réforme des retraites s'ils n'ont pas le sentiment qu'elle est juste et plus égalitaire"

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