VIDEO. "On n'est pas prêts, c'est super risqué" : l'histoire secrète du grand débat national

Parmi les thématiques retenues pour le grand débat national figure la fiscalité, mais également la réforme de l'État, la démocratie ou encore la transition écologique. Mais l'initiative ne fait pas l'unanimité au sein du gouvernement.

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Emmanuel Macron a tenté un coup de poker au plus fort de la crise des "gilets jaunes". Pour apaiser la colère, le président de la République a annoncé le lancement d'un grand débat national, "une réflexion profonde et partagée", "sans précédent". L'initiative est inédite : partout en France, les citoyens devraient avoir la parole pendant trois mois. Mais à quelques jours du coup d'envoi, un vent de panique s'est emparé des organisateurs : Chantal Jouanno, qui devait piloter les discussions, s'est même retirée du projet, mardi 8 janvier, après une polémique sur son salaire.

En théorie, il faut six mois pour organiser ce genre de débat. On n'est pas prêts, c'est super risqué !

Un ministre

à France 2

Autour du président, deux camps s'opposent sur la méthode. D'un côté, ceux qui s'inquiètent des débordements, et qui ferment des portes avant même que le débat n'ait commencé, à l'instar de Bruno Le Maire, Edouard Philippe ou Gérald Darmanin. Un ténor de la majorité compare ainsi le débat à "une boîte de Pandore" : "Si ce n'est pas un cadré, ça va être un défouloir." "Les ministres de droite ne sont pas chauds, car ce n'est pas leur culture", estime un membre du gouvernement.

D'autres ministres veulent un débat ouvert et s'insurgent. "Si on commence le débat en disant qu'il y a des sujets interdits, les gens vont penser que ça ne sert à rien", proteste l'un d'eux. Le gouvernement a fixé quatre thèmes : "Mieux accompagner les Français pour se loger, se déplacer, se chauffer", "rendre notre fiscalité plus juste, plus efficace, plus compétitive", "faire évoluer la pratique de la démocratie" et "rendre l'Etat et les services publics plus proches des Français et plus efficaces". La peine de mort, le droit à l'IVG et le mariage pour tous "ne seront pas sur la table", a finalement annoncé le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, mardi soir.

Une initiative périlleuse pour l'exécutif

Les risques sont nombreux pour l'exécutif. A commencer par l'attitude que vont adopter les 36 000 maires sur lesquels repose l'organisation de ce grand débat. Certains veulent bien jouer le jeu, d'autres ricanent, comme un édile socialiste : "Ils sont bien gentils, mais ça fait des années qu'on fait ça dans nos permanences", commente-t-il, quand on l'interroge sur cette grande consultation. François Baroin, qui dirige la puissante Association des maires de France (AMF), est même accusé par certains de saboter discrètement l'opération. "Il a donné des consignes aux maires de ne pas encourager les débats", assurent des orgnaisateurs

Enfin, Emmanuel Macron, qui refuse aujourd'hui de rétablir l'impôt sur la fortune, prend le risque d'un nouveau recul. "Si l'ISF arrive en tête des débats, il va bien falloir y passer !", souligne un pilier de la majorité.

Soit c'est pas cadré et c'est le cirque, soit on l'organise et tout le monde va croire que c'est bidonné.

Un ancien ministre

à France 2

La méthode doit être clarifiée dans les jours à venir, avec la publication d'une lettre du président de la République la semaine prochaine. Un grand débat, et de nombreux pièges.

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Bruno Le Maire, Jean-Baptiste Lemoyne, Edouard Philippe et Gérald Darmanin (de gauche à droite).
Bruno Le Maire, Jean-Baptiste Lemoyne, Edouard Philippe et Gérald Darmanin (de gauche à droite). (FRANCE 2)