"Pour moi, quand on donne sa parole, on ne la retire pas" : Olivier, cheminot, rejette en bloc la réforme des retraites

Alors qu'une manifestation interprofessionnelle se profile le 5 décembre contre la réforme des retraites, franceinfo vous propose une série de portraits de Français face à leur retraite. Mardi, Olivier, conducteur de train à la SNCF, raconte son métier et ses inquiétudes.

Un cheminot, sur le quai de la Gare du Nord, le 12 juin 2014 à Paris.
Un cheminot, sur le quai de la Gare du Nord, le 12 juin 2014 à Paris. (JOEL SAGET / AFP)

Olivier Brosse, 47 ans, est conducteur de train sur la ligne C du RER, en région parisienne. Il est aussi militant syndical à l'UNSA Ferroviaire, l'un des syndicats appelant à une grève contre la réforme des retraites. Décidés à conserver leurs régimes spéciaux et à sauvegarder leurs points de pénibilité, les syndicats représentatifs de la SNCF et de la RATP ont tous appelé à une grève reconductible, et pour une durée illimitée, contre ce projet.

Des rythmes différents, sans cesse

Entré en 1993 à la SNCF, Olivier a d'abord commencé sa carrière "au matériel", avant de devenir conducteur à partir de 1998. Un métier qu'il aime parce qu'il se sent utile à la population, mais dont les inconvénients sont réels. "Il faut aimer travailler seul, car on est toujours tout seul, explique Olivier, et puis accepter des contraintes horaires. Sur une même semaine de travail, tous vos horaires sont différents".

Je n’arrive pas à m’endormir le soir, et pourtant à deux, trois heures du matin, il faut que je sois réveillé.Olivier, cheminotà franceinfo

Le rythme de travail change sans cesse. Parfois, Olivier travaille la nuit, les week-ends, les jours fériés aussi. Tout cela finit par lui peser, au fil des ans : "C’est extrêmement fatigant, au niveau physiologique, c’est hyper perturbant. Même votre estomac ne sait plus où il en est, il ne sait plus quand est-ce qu’il mange, quand on est-ce qu’on doit dormir… C’est très compliqué".

La vie de famille parfois entre parenthèses

Il ne compte plus les sacrifices sur sa vie de famille, les anniversaires manqués, les fêtes de Noël loin de ses proches. Alors, pouvoir prendre sa retraite de manière anticipée, ça lui semble légitime. Il sera peut-être contraint d'attendre plus longtemps qu'il ne le souhaiterait. "Aujourd’hui, on a un âge de départ possible à 52 ans, et ensuite on a une décote qui s’applique jusqu’à, pour moi, 57 ans", explique-t-il. Selon lui, il perdrait un quart de sa pension de retraite. "C’est énorme, c’est une incitation à aller jusqu’à 57 ans, donc je n’ai pas le choix", regrette-t-il.

Aujourd’hui, nous emmener jusqu’à 62 ans dans une cabine, c’est anormal.Olivier, cheminotà franceinfo

Autant dire qu'il rejette en bloc l'idée de devoir travailler plus longtemps. "Est-ce qu’à 62 ans, je pourrai encore assumer ces rythmes de travail ? Honnêtement je ne pense pas", avoue Olivier.

Le conducteur de train éprouve même un sentiment d'injustice. Le projet de réforme du gouvernement lui apparaît tout simplement comme la trahison d'un contrat moral. "Vous avez accepté des contraintes du métier, et puis du jour au lendemain, c’est comme si vous jouiez à un jeu de société et qu’on change les règles en cours de partie. Pour moi, quand on donne sa parole, on ne la retire pas", affirme le cheminot.

Emmanuel Macron lui-même avait semblé trouver cet argument légitime, en entrouvrant la porte fin octobre à l'application de la clause du grand-père, mais depuis, l'hypothèse a visiblement été écartée par le gouvernement.

Olivier, conducteur de train, rejette en bloc la réforme des retraites - Reportage de Raphaël Ebenstein
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Tous les jours jusqu'à la journée de grève du 5 décembre, franceinfo va à la rencontre de Français pour les entendre et comprendre à travers leurs témoignages les enjeux de la réforme des retraites et ses implications futures.
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