"On a des limites physiques" : Alexandre, danseur, va prendre sa retraite à 42  ans et ne se voit pas au régime général

Alors qu'une manifestation interprofessionnelle se profile le 5 décembre contre la réforme des retraites, franceinfo vous propose une série de portraits de Français face à leur retraite. Mercredi, Alexandre Carniato, danseur à l'Opéra de Paris, sera à la retraite l'an prochain, à tout juste 42 ans. Il s'inquiète pour l'avenir des régimes spéciaux.

Représentation de \"La Grande fugue\" à l\'Opéra Garnier, à Paris, en avril 2018. Parmi les danseurs, Alexandre Carnieto.
Représentation de "La Grande fugue" à l'Opéra Garnier, à Paris, en avril 2018. Parmi les danseurs, Alexandre Carnieto. (LAURENT PAILLIER / LE PICTORIUM / MAXPPP)

"Le matin, quand je me lève, pour pouvoir dérouiller tout mon corps et marcher normalement, il me faut au moins une demi-heure" : son corps, Alexandre Carniato le fait travailler depuis l'âge de six ans. Il est danseur, quadrille à l'Opéra de Paris. À 41 ans, aujourd'hui il l'avoue, "une personne de 80 ans marche plus vite que moi". Après 20 ans passés à l'Opéra de Paris, le danseur prendra sa retraite l'année prochaine... à 42 ans, avec une pension de 1 067 euros par mois.

Avec la réforme des retraites voulue par le gouvernement, 42 régimes spéciaux de retraites sont amenés à disparaître, dont celui de l’Opéra de Paris, assez méconnu. Il ne concerne que 1 500 personnes, retraités et futurs retraités de la maison, dont Alexandre Carniato qui aura le droit de cumuler sa pension avec une future activité. Dans sa seconde carrière, Alexandre Carniato compte s'orienter dans l'enseignement. 

Un danseur qui entre au sein de l’Opéra de Paris n’a pas un salaire très haut, et cette pension permet de rebondir dans son métier futur parce que malheureusement, un danseur a ses limites physiques.Alexandre Carniatoà franceinfo

Un danseur "ne peut pas continuer au-delà" s'il veut "rester dans l’excellence de son art". Alexandre Carniato veut laisser entrer les nouvelles générations au sein du ballet de l'Opéra. Bien sûr, il préfèrerait rester, mais"si on fait ça, c’est qu’on ferme l’école de danse, et dans ce cas-là ce serait ruiner l’Opéra à lui tout seul parce que je ne pense pas que les gens seraient capables de pouvoir voir des personnes d’une soixantaine d’années sur scène".

Un régime de retraite unique : irréaliste selon lui

Le danseur professionnel n'est pas contre la réforme voulue par le gouvernement, mais d'après lui, un régime de retraite unique n'est pas réaliste. "C’est un beau discours de dire qu’il y a l’équité, mais encore faudrait-il qu’on soit tous dans ce cas-là de même emploi, aux mêmes critères physiques, les mêmes charges de travail", explique-t-il. Il y a selon lui "des spécificités, et ça, on ne peut rien y faire".

Un militaire a ses contraintes, un danseur a ses contraintes... C’est bien beau de dire ça, mais il n’y a rien à faire : un carré ne rentre pas dans un triangle. On peut le forcer autant qu’on veut, ça ne rentrera pas.Alexandre Carniatoà franceinfo

Pourtant, le gouvernement reste décidé à supprimer le régime spécial de l'Opéra de Paris. Les représentants des salariés ont été reçus en concertation à deux reprises, mais pour l'instant aucune piste précise ne leur a été proposée.

"Je ne suis pas un polytechnicien, je ne suis pas un spécialiste des retraites, avoue le danseur. J’attends les propositions qu’ils peuvent faire, et à partir de là, on négociera de savoir ce qui est bien ou pas bien." Les personnels de l'Opéra de Paris sont appelés à faire grève le 5 décembre.

La réforme des retraites vue par un danseur de l'Opéra de Paris - Reportage de Camille Laurent
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Tous les jours jusqu'à la journée de grève du 5 décembre, franceinfo va à la rencontre de Français pour les entendre et comprendre à travers leurs témoignages les enjeux de la réforme des retraites et ses implications futures. 
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