"Se faire condamner ou se faire tuer" : des policiers se mobilisent en soutien à leur collègue mis en examen

Partout en France, les policiers se mobilisent en soutien à leur collègue mis en examen pour "homicide volontaire", après la mort de deux personnes sur le Pont-Neuf à Paris. Les syndicats de police plaident notamment pour une "présomption de légitime défense".

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Radio France
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La manifestation parisienne des policiers en soutien à leur collègue mis en examen pour "homicide volontaire", le 2 mai 2022. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Des policiers se mobilisent lundi 2 mai midi dans une quarantaine de villes en soutien au policier mis en examen notamment pour "homicide volontaire" après la mort de deux hommes lors d'une intervention le 24 avril sur le Pont-Neuf à Paris.

Dans la capitale, plus d'une centaine de policiers se sont rassemblés devant la fontaine Saint-Michel, à quelques mètres du lieu des faits et de l'ancien Palais de justice, sous une banderole "se faire condamner ou se faire tuer", ont constaté des journalistes de franceinfo sur place. Des enceintes diffusent de la musique rock et des fumigènes oranges et bleus, aux couleurs d'Alliance, ont été allumés.

La "présomption de légitime défense"

"Comment on peut penser qu'un policier se lève le matin et se dise 'je vais tuer quelqu'un' ?", s'interroge Fabien Vanhemelryck, le secrétaire général du syndicat de police Alliance, à une journaliste de franceinfo. Les manifestants brandissent des drapeaux du syndicat Alliance et Unsa Police. Le syndicat des personnels de police scientifique est également sur place. Sur des pancartes accrochées au camion du syndicat Alliance, les photos d'un cadavre, d'un cercueil et d'un monument aux morts sont imprimées sous la phrase "ça aurait pu finir ainsi" et, pour légende, "faut-il être mort pour reconnaître la légitime défense ?", "coupable d'avoir sauvé ses collègues" ou encore "légitime défense pour notre collègue".

Une des pancartes de la manifestation des policiers en soutien à leur collègue mis en examen pour "homicide volontaire", le 2 mai 2022.  (QUENTIN DE GROEVE / HANS LUCAS / AFP)

Comme l'indiquent ces pancartes, Alliance milite pour l'inscription dans la loi d'une "présomption de légitime défense" pour les policiers et les gendarmes - l'une des propositions des candidats des partis d'extrême droite à l'élection présidentielle de 2022. "Ce serait à la victime de prouver qu'il y a une erreur et non aux policiers de se justifier", expliquait Rudy Manna, le secrétaire départemental d'Alliance dans les Bouches-du-Rhône, à France 3 Provence-Alpes-Côtes-d'Azur. Le représentant marseillais, qui participe à un rassemblement devant le tribunal judiciaire de la ville, assure qu'il "ne remet pas du tout en question la mise en examen" du policier mais il trouve "insupportable qu'un policier soit mis en examen pour meurtre, alors qu'il a agi dans le cadre de son travail, pour se protéger lui-même ainsi que ses collègues".

Plus d'une centaine de policiers se sont rassemblés devant le tribunal judiciaire de Bordeaux, rapporte France Bleu Gironde. Une trentaine se sont aussi rassemblés lundi midi devant le palais de justice de Lille, selon France Bleu Nord. Ils étaient une vingtaine devant l'Hôtel de police de Cherbourg, selon France Bleu Cotentin et une cinquantaine à Toulouse devant le palais de justice, d'après France 3 Occitanie. D'autres rassemblements se sont tenus sur le parvis de l'Hôtel de police à Strasbourg ou encore à Privas, indiquent France Bleu Alsace et France Bleu Drôme Ardèche. 

A Nantes, où un rassemblement a lieu devant le tribunal judiciaire, le responsable régional du syndicat Alliance confiait, lundi 2 mai au matin sur France Bleu Loire Océan, que "quand on fait son travail, on ne s'attend pas, en étant obligé de se servir de son arme, à finir par être mis en examen pour meurtre". Il rappelait aussi le "risque énorme" que prennent les policiers pour leur propre vie en intervenant sur la voie publique.

Tous apportent leur soutien au gardien de la paix de 24 ans qui est mis en examen pour "homicide volontaire" après la mort du conducteur d'un véhicule lors d'un contrôle policier le 24 avril dernier, ainsi que pour "violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique ayant entraîné la mort sans intention de la donner" à l’égard du passager avant qui est aussi décédé et pour "violences volontaires aggravées par personne dépositaire de l’autorité publique" à l’égard du passager arrière qui a été blessé, selon une source judiciaire de franceinfo.

Une contre-manifestation à Paris pour dénoncer "l'impunité policière"

A Paris, à l'autre bout de la place Saint-Michel, où elles sont nassées par les gendarmes, une petite trentaine de personnes participent à une contre-manifestation à l'appel du collectif Urgence notre police assassine et plusieurs collectifs qui demandent la vérité pour des personnes mortes lors d'intervention policière, selon un journaliste de franceinfo sur place. Elles brandissent des pancartes rouges sur lesquelles est notamment écrit le slogan : "Alliance = syndicat de l'impunité policière".

La contre-manifestation parisienne au rassemblement des policiers, pour dénoncer l'impunité des forces de l'ordre, le 2 mai 2022. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

La fondatrice du collectif Amal Bentounsi, dont le frère est mort lors d'une intervention policière dénonce la "présomption de légitime défense" au micro de franceinfo. "On ne peut pas laisser passer ça", clame-t-elle, "ce sera la porte ouverte à des meurtres en toute impunité". Elle demande aussi l'abrogation ou la réécriture par le Conseil constitutionnel de la loi L435-1 qui permet aux policiers d'utiliser leurs armes comme les gendarmes pendant les contrôles routiers.


Deux personnes ont été interpellées et 51 verbalisées au cours de cette contre-manifestation, qui n'était pas déclarée, a indiqué la préfecture de police de Paris à franceinfo.

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