Slogans féministes, témoignages de victimes, Adèle Haenel saluée... Huit choses vues lors de la marche #NousToutes à Paris

Le cortège parisien, inédit par son ampleur selon le collectif féministe #NousToutes, a rallié samedi après-midi la place de l'Opéra et celle de la Nation. Près de 50 000 personnes ont marché dans la capitale, d'après le cabinet indépendant Occurrence. 

Des manifestantes lors de la marche #NousToutes contre les violences sexistes et sexuelles, le 23 novembre 2019 à Paris.
Des manifestantes lors de la marche #NousToutes contre les violences sexistes et sexuelles, le 23 novembre 2019 à Paris. (MARIE MAGNIN / AFP)

Elle est "la plus grande marche de l'histoire de France contre les violences" faites aux femmes, selon le collectif féministe #NousToutes, à l'origine de son organisation. La marche contre les violences sexistes et sexuelles a rassemblé, samedi 23 novembre, 49 000 personnes à Paris, selon un décompte du cabinet indépendant Occurrence. "C'est impressionnant, sans commune mesure" avec les précédentes marches, a réagi auprès de franceinfo Caroline De Haas, du collectif #NousToutes. "C'est le ras-le-bol de tout un pays face à ces violences. Le gouvernement ne va pas pouvoir faire comme si de rien n'était", a-t-elle déclaré. 

Ampleur inédite, familles des victimes de féminicides en tête de cortège, présence de nombreux jeunes... Voici ce qu'il faut retenir de cette marche à Paris.

1Des hymnes et pancartes féministes

L'hymne des femmes, une chanson créée par des militantes féministes en mars 1971, a été chanté à plusieurs reprises au fil de la marche de samedi. "A bas, à bas, le patriarcat""Solidarité, avec les femmes du monde entier", entendait-on régulièrement dans le cortège. 

La marche comptait un très grand nombre de pancartes violettes – la couleur de cette marche et un symbole du féminisme –, distribuées par le collectif #NousToutes. Parmi les messages affichés : "Un milliard contre les violences sexistes et sexuelles", "Ras le Viol" ou encore "Féminicides, pas une de plus"

D'autres manifestants ont créé eux-mêmes leurs pancartes, avec des slogans tels que "These boobs are made for walking", "Revulvition" ou "Revulvons Nous"

2Les proches des victimes de féminicides en tête

Les familles de victimes de féminicides, réunies au sein de l'Union nationale des familles de féminicide et de l'Association des familles de victimes de féminicides, ont défilé dans le silence, en tête de cortège samedi à Paris. Elles tenaient plusieurs pancartes présentant des photos de certaines victimes, telles que Patricia M., 51 ans. Cette mère de trois enfants est la 14e victime de féminicide cette année, selon ces associations. 

Peu après 18 heures, une fois le cortège arrivé place de la Nation, ces familles de victimes ont pris la parole sur scène, face à une foule de manifestants encore nombreuse. Elles y ont rappelé leurs revendications afin de prévenir de nouveaux féminicides en France. Ces proches ont été salués et applaudis par la foule, qui n'a cessé de répéter "On est avec vous, on est avec vous"

3Des manifestants venus de loin

Le collectif #NousToutes avait, pour cette marche, organisé des départs groupés depuis plus de 25 villes à travers la France. Sur la place de l'Opéra, des manifestants venus de Lorient (Morbihan) était présents peu avant le début de la marche. "Ne prenez pas les bretonnes pour des crêpes !", lisait-on sur leur banderole. "Demi-mesure de promesses, les assos marchent sur des œufs, on nous enfarine !"

4Des femmes qui témoignent des violences subies

Nombre de femmes prenant part au cortège ont témoigné, auprès de franceinfo, des propres violences qu'elles-mêmes avaient subies. Rose, 62 ans, est venue des Hauts-de-France pour défiler auprès de sa fille Robyne, âgée de 27 ans. La sexagénaire et sa fille ont chacune été, alors qu'elles étaient plus jeunes, victimes de violences conjugales. "J'étais adolescente, c'était mon premier petit ami", confie Robyne. "C'est à l'époque de #MeToo que je me suis rendu compte que j'avais vécu l'inacceptable. Il est très important que ça s'arrête, que l'on arrive à éradiquer toute forme de violences" faites aux femmes, insiste-t-elle. 

Travailleuse sociale à Montreuil (Seine-Saint-Denis), Catherine témoigne aussi de l'ampleur de ces violences. Régulièrement, elle tente d'accompagner des femmes victimes de violences conjugales, mais "on a peu de solutions à leur apporter", regrette-t-elle. "Des fois, il n'y a pas d'hébergement d'urgence à leur proposer, on les voit repartir chez elle." 

5De nombreuses collégiennes et lycéennes

Contre les violences sexistes et sexuelles, nombre d'adolescentes ont répondu présents à l'appel de #NousToutes. Certaines jeunes filles, comme Sandra et Marie, 17 ans, sont venues marcher après avoir milité cette année dans leurs lycées respectifs de Paris et de région parisienne. Elles participent à la section locale de #NousToutes dans leurs établissements, sensibilisant les élèves en cours ou sur les réseaux sociaux aux violences faites aux femmes. "Nous sommes la génération du futur", lance Marie. "Si les jeunes s'impliquent, il faudra que le gouvernement fasse quelque chose." 

Gabrielle, Camille et Roma, collégiennes de 14 ans au sein d'un même établissement parisien, sont elles aussi engagées depuis peu. Elles ont manifesté pour la première fois samedi. "Je suis venue revendiquer mes droits et me battre contre les violences", relate Gabrielle. "J'ai déjà subi des remarques régulières, des gestes inappropriés. On ne se laisse pas faire." 

6Plusieurs personnalités présentes

Défilant derrière les proches de victimes de féminicides, plusieurs personnalités sont venues marcher pour dire "Stop" aux violences sexistes et sexuelles. En tête de ce cortège se trouvaient notamment la comédienne et humoriste Muriel Robin, ainsi que les actrices Julie Gayet, Alexandra Lamy et Laetitia Casta. L'ancienne ministre de l'Education Najat Vallaud-Belkacem était également présente. 

7La prise de parole d'Adèle Haenel saluée

Au fil du cortège, des pancartes ont rendu hommage à l'actrice Adèle Haenel, dont le récent témoignage, deux ans après les débuts de #MeToo, a été largement salué. La comédienne accuse le réalisateur Christophe Ruggia d'"attouchements" et de "harcèlement sexuel", alors qu'elle était âgée de 12 à 15 ans. "Adèle Haenel, merci pour le feu", pouvait-on ainsi lire sur la pancarte d'une manifestante. "Sa prise de parole est importante, très politique. C'est un appel à l'action, et c'est un discours qui peut-être, pour une fois, a été entendu", explique-t-elle. 

8Des titres féministes entonnés dans le cortège

A l'approche de la place de la République à Paris, une partie du cortège a dansé au son de titres féministes tels que Balance ton quoi, de l'artiste belge Angèle, ou Run the world (Girls) de Beyoncé. L'ambiance était particulièrement festive dans les rangs des manifestants. 

La marche #NousToutes contre les violences sexistes et sexuelles s'est achevée par une série de prises de parole, suivies d'un concert place de la Nation, en présence de Yaël Naïm et d'Amel Bent. Les manifestants ont fait "137 secondes de bruit" alors que la nuit tombait, pour rendre hommage aux 137 victimes de féminicides recensées par le collectif "Féminicides par (ex) compagnons".