Instructions en cours, recherches d'ADN, cold cases... Trois questions qui se posent après la mort du tueur en série Michel Fourniret

Le détenu âgé de 79 ans est mort lundi. Son ex-femme, Monique Olivier, 72 ans, est désormais seule face à la justice, alors que le nom du tueur revient dans plusieurs affaires non élucidées.

Article rédigé par
avec AFP - Catherine Fournier
France Télévisions
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Temps de lecture : 7 min.
Michel Fourniret et Monique Olivier lors de leur procès pour l'assassinat de Farida Hammiche, le 13 novembre 2018 devant la cour d'assises des Yvelines, à Versailles. (BENOIT PEYRUCQ / AFP)

Il laisse derrière lui de nombreuses interrogations. Michel Fourniret est mort, lundi 10 mai, à l'âge de 79 ans, à l'Unité hospitalière sécurisée interrégionale de la Pitié-Salpêtrière, à Paris. Le tueur en série, qui souffrait de problèmes respiratoires et de la maladie d'Alzheimer, était mis en examen dans quatre affaires, dont la disparition d'Estelle Mouzin, et soupçonné dans d'autres cold cases. Il ne sera jamais jugé mais son ex-épouse, Monique Olivier, reste poursuivie dans certains de ces dossiers. Continuera-t-elle à parler après la disparition de son ex-mari, alors qu'elle devrait se retrouver seule dans le box si des procès ont lieu ? Quelles suites pour les vérifications d'empreintes génétiques effectuées dans d'autres crimes non résolus ? Eléments de réponse.

Quelles suites pour les affaires dans lesquelles il était mis en examen ? 

La mort de Michel Fourniret, condamné à perpétuité pour huit meurtres en 2008, survient avant la fin des investigations dans quatre affaires pour lesquelles il était mis en examen pour "enlèvement et séquestration suivis de mort" : l'enlèvement en 2003 d'Estelle Mouzin, 9 ans, à Guermantes (Seine-et-Marne), la disparition en 1988 de Marie-Angèle Domece, 18 ans, à Auxerre (Yonne), le viol et le meurtre de Joanna Parrish, 20 ans, en 1990 également près d'Auxerre et la disparition de Lydie Logé, 29 ans, en 1993 dans l'Orne. La juge d'instruction parisienne Sabine Khéris reste chargée de l'information judiciaire qui regroupe ces quatre dossiers. De cette fillette et de ces trois jeunes femmes, seul le corps de Joanna Parrish a été retrouvé à ce jour.

"Les instructions concernant Marie-Angèle Domece et Joanna Parrish sont très avancées, donc proches d'être closes. Celles d'Estelle Mouzin et de Lydie Logé le sont moins", explique à franceinfo l'avocate Corinne Herrmann, qui représente avec son confrère Didier Seban les familles de ces quatre victimes.

Dans le dossier Lydie Logé, c'est un recoupement ADN qui a permis de faire le lien récemment, fin 2020. Le duo de pénalistes, spécialisés dans les cold cases, regrette que la justice n'ait pas pu aller au bout des interrogatoires avec Michel Fourniret dans cette affaire. 

"Pour cette famille, c'est juste terrible qu'elle ne puisse avoir les réponses de Michel Fourniret. C'est un mélange de colère, d'abattement et de souffrance."

L'avocate Corinne Herrmann

à franceinfo

"Je comprends la frustration des familles qui avaient un certain nombre de questions à poser à Michel Fourniret. Et ça ne pourra pas se faire", a commenté le garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti, mardi sur France Inter

Dans l'affaire Estelle Mouzin, la piste du tueur en série a été trop longtemps négligée. La dernière campagne de fouilles menée dans les Ardennes n'a pas permis de retrouver le corps de l'enfant. Le tueur en série a avoué, en mars 2020, sa responsabilité dans la mort de la fillette et son ex-épouse a guidé les enquêteurs dans un bois d'Issancourt-et-Rumel, où la fillette était prétendument inhumée. Mais les recherches n'ont rien donné et beaucoup redoutent que le décès de Michel Fourniret scelle les derniers espoirs de retrouver le corps. Des éléments matériels, dont une trace ADN retrouvée sur un matelas chez la sœur de Michel Fourniret à Ville-sur-Lumes, et les nombreux interrogatoires de Monique Olivier permettent néanmoins "d'affiner le scénario de l'enlèvement et de la mort d'Estelle", relève Corinne Herrmann.

"Je pense que madame Khéris va organiser une réunion pour faire un point d'étape, sans doute des dernières investigations et de ce qu'elle entend faire, indiquait à franceinfo Eric Mouzin, le père d'Estelle. Je sais qu'il y a encore des analyses techniques qui courent. On va peut-être nous donner les résultats de ces investigations. Et puis, peut-être qu'elle va reprendre les fouilles sur le terrain, sur la base de nouveaux indices, Elle va déposer son dossier d'instruction bientôt. Il y aura peut-être un procès avec Monique Olivier toute seule", espère-t-il.

Au terme de son instruction, la juge devra, selon la formule consacrée, "constater l'extinction de l'action publique" envers Michel Fourniret, la justice pénale ne pouvant pas faire le procès des morts. Mais elle pourra en effet renvoyer devant la justice Monique Olivier, poursuivie pour "complicité" dans ces quatre affaires, à l'occasion d'un seul ou de plusieurs procès. 

 Son ex-femme Monique Olivier va-t-elle continuer à parler ?  

Cette femme de 72 ans purge actuellement sa peine à la prison pour femmes de Rennes (Ile-et-Vilaine). Elle a été condamnée en 2008 à la perpétuité pour complicité de quatre meurtres et d'un viol en réunion commis par Michel Fourniret, puis à vingt ans de réclusion, en 2018, pour un cinquième assassinat.

Avec la mort de celui dont elle a partagé la vie pendant seize ans – et dont elle a divorcé en 2010 –, Monique Olivier devient la dernière clé des énigmes laissées par le tueur en série. "C'est une entité criminelle, ils ont commis ces faits ensemble. Mais c'est une chance d'avoir toujours Monique Olivier puisque c'est elle qui a ouvert la porte aux enquêteurs", souligne Corinne Herrmann. En 2004, c'est en effet elle qui livre aux policiers une première liste de victimes, fissurant leur pacte diabolique.

Les aveux de "l'ogre des Ardennes" sont le plus souvent arrivés après qu'elle se soit enfin décidée à parler. "Il avait toujours réagi à ses dépositions, pour confirmer ou infirmer", observe l'avocat de Monique Olivier, Richard Delgenes, auprès de l'AFP. Il se demande si le fait qu'elle reste la seule protagoniste à répondre de ces crimes ne risque pas de la "bloquer" pour parler à l'avenir. "Il y avait un jeu de pouvoir entre eux, qui permettait de faire parler l’un ou l’autre", abonde Didier Seban auprès de franceinfo. Son client, Eric Mouzin, n'en attend pas plus de Monique Olivier que de Michel Fourniret.

"Peut-être qu’elle va parler, peut-être qu'elle ne va pas parler, qu'elle va donner des informations. C’est extrêmement frustrant d'être tributaire de la parole de ce genre de personnes."

Eric Mouzin, le père d'Estelle

à franceinfo

La perspective de se retrouver seule dans un box peut-elle aussi la freiner ? "Elle va focaliser toutes les attentions" désormais, prédit son avocat, Richard Delgenes. "Monique Olivier a plutôt intérêt à parler, estime sa consœur Corinne Herrmann. Elle sait tout, car même si elle n'était pas là pour certains crimes, il lui racontait tout. Elle en sait suffisamment pour continuer à nous aider."

Les recherches ADN pour élucider d'autres affaires vont-elles se poursuivre?

Plusieurs services d'enquête en France planchent actuellement sur une série d'autres affaires non résolues dans lesquelles Michel Fourniret pourrait être impliqué. Car le parcours de celui qui s'est vanté d'avoir tué deux personnes par an entre 1987 et son arrestation de 2003 comprend un trou étrange de dix ans, entre 1990 et 2000.

La justice française dispose depuis longtemps de nombreuses traces ADN inconnues, prélevées dans la fourgonnette blanche du tueur, sur des objets lui appartenant et sur le matelas saisi chez sa sœur. "Ce n'est pas faute d'avoir demandé ces vérifications", pointe Corinne Herrmann, qui regrette qu'elles n'aient pas été faites plus tôt. Avec Didier Seban, elle a demandé des recoupements dans une dizaine d'affaires de jeunes filles disparues ou retrouvées mortes, dont trois en Saône-et-Loire. Parmi elles, Virginie Bluzet, 21 ans, retrouvée ligotée en 1997 dans la Saône. Fin 2020, la Cour d'appel de Dijon a demandé de "nouvelles investigations" dans ce dossier qui fait partie des "disparues de l'A6".

"Il s'agit avant tout de fermer des portes", précise Corinne Herrmann, veillant à ne pas susciter de faux espoirs chez les familles. Ce n'est pas parce qu'on demande une vérification que c'est nécessairement Michel Fourniret." Mais s'il y a un "match" (c'est-à-dire si l'ADN correspond à une identité), l'enquête peut être relancée. "Michel Fourniret gardait tout, comme des petits cailloux. Des factures téléphoniques, des tickets d'achat, des comptes bancaires..." liste l'avocate. Même si lui n'est plus là pour en parler, ces traces seraient autant d'éléments de preuves pour localiser le parcours du couple et confronter Monique Olivier dans un nouveau dossier. 

"Etant donné qu'il n'est plus là, on aura moins de détails, d'éléments et des dossiers plus compliqués. Mais ça vaut le coup de chercher."

Corinne Herrmann, avocate

à franceinfo

Selon Le Parisien, des vérifications sont en cours dans 21 affaires de disparitions ou de meurtres irrésolues, telles que celles de la petite Marion Wagon, enlevée à Agen le 14 novembre 1996 à l'âge de 10 ans, ou de Cécile Vallin, disparue en Savoie en 1997 à l'âge de 17 ans. La gendarmerie nationale a également lancé un vaste appel à témoins dans l'espoir d'obtenir de nouvelles informations sur des "enquêtes judiciaires en cours" pouvant impliquer Michel Fourniret et Monique Olivier.

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