Vaccination obligatoire des soignants : "Je veux garder mon travail, je n'ai pas le choix"

Les soignants non vaccinés contre le Covid-19 d'ici le 15 septembre risquent d'être suspendus, voire licenciés. Une mesure mal reçue parmi les réticents à la vaccination.

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Une soignante reçoit une dose de vaccin contre le Covid-19 à l'hôpital de Melun (Seine-et-Marne), le 8 février 2021. (MAXPP)

"Je ne suis pas vacciné et je ne compte pas l'être." Quoi qu'il arrive, Alexandre* ne changera pas d'avis. "Le Covid-19 est un virus qui n'est pas si dangereux, estime cet ostéopathe de 42 ans. La majorité des cas sont asymptomatiques et il y a plus de risques que de bénéfices à se faire vacciner." Pourtant, comme des milliers de soignants et de personnes travaillant dans les établissements de santé, ce professionnel du Var devra être vacciné d'ici le 15 septembre s'il veut pouvoir continuer à exercer son métier.

Dans la foulée de l'allocution d'Emmanuel Macron, lundi 12 juillet, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a précisé que les soignants réfractaires risquaient de ne plus être payés ou d'être contraints d'arrêter de travailler. "J'ai très mal reçu ces annonces, c'est une atteinte aux libertés", dénonce AlexandreParmi ses craintes, "la composition des vaccins" ou "le fait qu'on ne connaisse pas les effets à long terme". 

Avec son épouse, orthophoniste, le soignant se prépare à prendre une décision radicale : déménager et travailler à l'étranger.

"On n'a pas encore choisi la destination. On attend de voir les décisions des pays européens. Ce n'est pas un souci pour nous, puisqu'on travaille en libéral."

Alexandre, ostéopathe dans le Var

à franceinfo

Informaticienne au CHU de Fort-de-France, en Martinique, Béatrice partage cette méfiance. Elle ne se définit pas comme antivaccin mais estime que les doses contre le Covid-19 ont été administrées trop rapidement. "Je veux attendre", réclame-t-elle.

"J'ai des collègues qui ont été vaccinés et qui ont quand même été contaminés, donc je doute de l'efficacité", avance Béatrice. Des études de plus en plus nombreuses suggèrent pourtant que les vaccins protègent contre la quasi-totalité des formes graves et contre la majorité des formes symptomatiques.

Face à la hausse des contaminations et des hospitalisations, la déclaration de l'état d'urgence en Martinique ne l'a pas fait fléchir. "Ça m'encourage juste à rester chez moi et à respecter davantage les gestes barrières, dit-elle. Je suis en télétravail, donc moins à risque. Je vais demander à le rester, peut-être que ça me permettra d'éviter le vaccin." 

"Je me dis que les gestes barrières suffisent"

Pour d'autres soignants, comme Sylvie, la vaccination se fera avec colère. "Je suis contre, confie cette infirmière libérale dans les Bouches-du-Rhône. On n'a pas assez de recul. On ne connaît pas les effets à long terme." Cette mère célibataire de 53 ans, atteinte d'hypertension et de diabète, met en avant le fait qu'elle n'a "jamais été contaminée". "Je me dis donc que les gestes barrières suffisent."

Face au vaccin, Sylvie estime qu'il est "compliqué d'y voir clair", d'autant que son médecin "est aussi contre". Elle n'a jamais exclu d'être vaccinée mais aurait préféré avoir plus d'informations et du temps pour y réfléchir. Immédiatement après les annonces d'Emmanuel Macron, elle a pris rendez-vous pour une première injection, mais trouve "inadmissible" qu'on le lui impose "dans un pays libre".

"J'aurais eu la possibilité d'arrêter de travailler, je l'aurais fait. Mais comme je veux garder mon travail, je n'ai pas le choix."

Sylvie, infirmière libérale dans les Bouches-du-Rhône

à franceinfo

Gilles, lui, avait anticipé cette obligation. Réfractaire à la vaccination, cet aide-soignant de 59 ans dans le Rhône s'est résolu à s'y soumettre, il y a trois mois, pour pouvoir partir en vacances. "En janvier, j'avais vraiment peur de l'ARN messager et je rejetais tout ce que disait le gouvernement", analyse-t-il, a posteriori. "On nous avait promis des masques et des blouses supplémentaires et, au final, on devait les laver nous-mêmes pour les économiser... Il y avait vraiment un ras-le-bol sur tout ce qu'annonçait le gouvernement." 

Au fil des mois, avec l'apparition des variants du coronavirus, cet aide-soignant a changé de discours. "J'ai vu tellement de décès que je me suis rendu compte que la vaccination des soignants était nécessaire, surtout qu'il n'y a aucun autre traitement disponible." 

La crainte de manquer de personnel

A l'Institut mutualiste Montsouris, à Paris, une majorité des soignants se sont déjà fait vacciner. Une petite partie refuse toujours. "Je crains qu'en les obligeant, cela produise l'effet inverse" et que des personnes se braquent, explique David Colmont, le directeur des soins. Malgré tout favorable à cette obligation, qu'il juge tardive, il appelle à "faire attention à la communication"

Tout au long de l'année, David Colmont a misé sur l'information de ses 1 500 salariés pour les sensibiliser à la vaccination : diffusion de bulletins internes, organisation de conférences, vaccinations dans les locaux... "Cela nous a permis, je pense, de convaincre des personnels réticents à se faire vacciner." 

Il craint désormais que l'obligation de vaccination en deux mois, en plein été, produise avant tout "un stress en termes logistique et de réaction du personnel".

"Je ne sais pas si je vais avoir des gens réticents, comment je vais faire pour vérifier qu'ils sont vaccinés... J'angoisse beaucoup à l'idée de dire à quelqu'un de ne pas venir travailler."

David Colmont, directeur des soins à l'Institut mutualiste Montsouris

à franceinfo

Autre problème : l'Institut fait face à un manque de personnel. "Je ne me vois pas dire à dix infirmières que je me passe d'elles parce qu'elles ne sont pas vaccinées", poursuit le directeur. "Au final, c'est la société qui va en pâtir", redoute-t-il.

Au tour de tous les Français ?

Pour d'autres professionnels, l'obligation de vaccination pour les soignants n'est logique que si tous les Français finissent par être vaccinés. "Les Français ont besoin de restrictions et de fermeté, ça s'est bien vu avec le nombre de réservations de créneaux faites après le discours [du président]", estime Cédric, médecin à Toulouse. 

"Certains parlent de 'dictature sanitaire' en mal. Moi, ça ne me choque pas d'utiliser cette expression s'il s'agit du bien de tout le monde. Il faut penser aux autres."

Cédric, médecin à Toulouse

à franceinfo

Sabrina, infirmière libérale dans les Bouches-du-Rhône, pense également que la vaccination obligatoire devrait être étendue à tout le monde, notamment si l'épidémie perdure avec les variants. "Les soignants ont déjà donné pendant des mois. S'il y a une quatrième vague, ce décalage avec la population serait mal vécu dans nos rangs."

* Le prénom suivi d'un astérisque a été modifié à la demande de l'intéressé.

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