Reconfinement, couvre-feu : pourquoi les restrictions sont renforcées dans les outre-mer et pas dans l'Hexagone

La situation hospitalière et la dynamique de l'épidémie ont poussé les autorités locales à recourir au confinement.

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Une soignante s'occupe d'un patient admis en soins intensifs pour Covid-19, à l'hôpital de Saint-Denis de La Réunion, le 30 juillet 2021. (RICHARD BOUHET / AFP)

Reconfinés. En Martinique et à La Réunion, les restrictions sanitaires ont fait leur retour après une flambée des cas de Covid-19, tout comme en Guadeloupe, placée sous couvre-feu, vendredi 30 juillet. Le Premier ministre Jean Castex n'a pas hésité, jeudi 29 juillet, à qualifier de "dramatique" la situation dans ces départements ultra-marins, placés en état d'urgence sanitaire.

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Pour autant, le taux d'incidence affiché en Martinique (1 035 pour 100 000 habitants) et à La Réunion (345) y est parfois bien inférieur à ceux de certains départements hexagonaux. On dénombre ainsi 630 cas dans les Pyrénées-Orientales, sans que des mesures similaires soient adoptées. 

Les autorités locales ont bien rétabli le port du masque en extérieur et ordonné la fermeture des bars et restaurants dès 23 heures, mais ni couvre-feu, ni restrictions de circulation en vue pour le département d'Occitanie. Alors pourquoi ces départements ultra-marins sont confinés, à la différence de ceux de l'Hexagone ? Franceinfo vous livre quelques éléments d'explication.

Parce que les hôpitaux ultra-marins sont saturés

Mille trente-cinq cas pour 100 000 habitants. C'est le taux d'incidence en Martinique au 26 juillet. Le plus haut recensé en France sur cette période. Le centre hospitalier de Fort-de-France "a atteint un niveau de saturation", assure la préfecture, après la forte hausse des admissions en réanimation. Le taux d'occupation y est actuellement de 115,4% et une équipe d'une cinquantaine de militaires du service de santé des Armées et du régiment médical de l'Armée de terre sera déployée sur place, a annoncé vendredi le ministère des Armées.

"Le public admis en réanimation est jeune et cela nous inquiète. La conséquence est que dans une quinzaine de jours, nous allons voir arriver une forte contamination familiale avec des personnes plus âgées qui ne sont pas vaccinées", déplore le professeur François Roques, au CHU de Fort-de-France, interrogé par franceinfo.

L'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) s'est dit "prête" à recevoir "très rapidement" des patients antillais, face à ce lourd afflux. Trois patients doivent être transférés samedi vers Paris, a annoncé jeudi soir le directeur du CHU de Fort-de-France. Du côté de la Guadeloupe, le plan blanc a été déclenché lundi pour faire face à l'accroissement des admissions. 

Même problème dans l'océan Indien, où le député de La Réunion Jean-Hugues Ratenon s'alarme sur franceinfo de la situation des hôpitaux de l'île "Ils sont presque au niveau de rupture. Ils n'ont presque plus de places en réanimation. Nous avons besoin de plus de lits de réanimation. Nous avons besoin de personnel en réanimation. Nous avons besoin de matériel." Au 28 juillet, 75% des patients Covid-19 en réanimation sur l'île étaient âgés de moins de 60 ans, rapporte notamment Réunion La 1ère, et un tiers des blocs opératoires ont été fermés pour libérer des lits de réanimation.

Parce que le taux de vaccination est largement inférieur en outre-mer

La vaccination avance très lentement dans les départements ultra-marins et c'est aussi ce qui pousse les autorités à agir. Selon les données de Santé publique France, 11 des 13 régions de l'Hexagone ont un taux de primo-vaccinés supérieur à 60% de leur population. Les deux autres, Provence-Alpes-Côte d'Azur et Corse, affichent un taux de 59%.

A 9 300 kilomètres de là, La Réunion n'affiche un taux que de 40% de vaccinés actuellement. Quand à peine 21% des Guadeloupéens et des Martiniquais ont reçu leur première dose. Avec une vaccination deux à trois fois inférieure à celle dans l'Hexagone, le virus circule activement sur ces îles. "La population martiniquaise est moins immunisée, globalement plus âgée, et donc plus fragile, que celle des régions où le Covid-19 a davantage circulé et où le taux de vaccination est plus important", souligne la préfecture de Martinique dans un communiqué publié mercredi.

Les raisons de ce retard de vaccination semblent plurielles. Première d'entre elles : un retard dans la livraison des doses, qui a repoussé le lancement de la campagne vaccinale chez les plus âgés. L'isolement géographique de certaines zones, difficiles d'accès, comme le cirque de Mafate à La Réunion, complique aussi la tâche des équipes médicales. Il devient plus compliqué d'aller à la rencontre des habitants concernés par la vaccination, même lorsque l'acheminement des doses y est rendu possible. 

La barrière du manque de confiance de la population est aussi évoquée. "De manière générale, nous sommes sur un territoire de vaccino-sceptiques. Pour tout ce qui concerne les vaccins non obligatoires, nous avons l'un des taux de vaccination les plus faibles de France", constate avec regret Olivier Coudin, directeur général adjoint de l'Agence régionale de santé de Martinique, auprès de franceinfo.

Parce que dans l'Hexagone, l'occupation hospitalière reste moindre

La situation des départements d'outre-mer permet en partie de constater l'efficacité de la vaccination dans l'Hexagone. Si plusieurs départements du littoral méditerranéen voient leur taux d'incidence exploser avec les mouvements de population estivaux, les hôpitaux locaux ne voient pas cette hausse se répercuter dans leurs services : le taux d'occupation en réanimation par des patients atteints du Covid-19 reste sous la barre des 30% dans les 13 régions. Preuve que le vaccin agit bien contre les formes graves de la maladie qui nécessitent des hospitalisations, voire des passages dans les services de réanimation. 

Et la corrélation avec la vaccination semble évidente pour le Premier ministre. "Il y a vraiment une différence, nette, visible, c'est la preuve par l'exemple, entre les populations qui se vaccinent et celles qui ne se vaccinent pas", a déclaré Jean Castex, jeudi. 

Les personnes non vaccinées contre le Covid-19 représentent environ 85% des malades hospitalisés en France, y compris en réanimation, et 78% des décès dus au virus, selon une étude menée du 31 mai au 11 juillet (PDF) et publiée vendredi par la Drees, le service statistique des ministères sociaux. A Lille, "97% des malades hospitalisés, peu importe l'âge et les comorbidités, sont non vaccinés", assure Emmanuel Faure, chef de clinique du service des maladies infectieuses du CHU de Lille, à France 3 Hauts-de-France. 

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