Infographies Covid-19 : pourquoi la vaccination a-t-elle pris autant de retard dans les outre-mer ?

Depuis le début de la campagne de vaccination, la France ultramarine est à la traîne. En cause, des retards de livraison, une moindre quantité de doses, la réticence de certains habitants face aux vaccins et des spécificités logistiques locales.

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Une livraison de vaccins Moderna à Saint-Pierre-et-Miquelon, le 20 mars 2021. (CHANTAL BRIAND / AFP)

A l'échelle de la France entière, une personne de plus de 20 ans sur quatre a reçu sa première dose de vaccin. Mais dans les collectivités d'outre-mer, c'est à peine une sur dix. Depuis le début de la campagne de vaccination contre le Covid-19, ces territoires accusent un retard qu'ils peinent toujours à combler. Un décalage que les autorités sanitaires expliquent par un retard à l'allumage des opérations de vaccination, une faible adhésion de la population aux vaccins, mais également certaines particularités locales.

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Le record est détenu par Mayotte : seulement 8,7% des plus de 20 ans y ont reçu une dose. D'après les chiffres de la Direction générale de la santé au 20 avril, les autres départements et régions d'outre-mer (Drom) ne sont pas beaucoup plus avancés : 9,2% pour La Réunion et la Guadeloupe, 9,3% pour la Guyane et 10,5% pour la Martinique. Alors que sur la France entière, ce chiffre frôle les 25%.

La France a enclenché sa campagne de vaccination le 27 décembre sur le territoire hexagonal, mais les premières injections n'ont eu lieu que la première semaine de janvier en Martinique et en Guadeloupe ; autour de mi-janvier en Guyane et à La Réunion ; et même le 23 janvier à Mayotte. "De décembre à janvier, la Martinique a eu une circulation du virus très faible, donc une partie de la population était moins sensible à cette démarche de vaccination", estime Jacques Rosine, directeur de la santé publique à l'Agence régionale de santé (ARS) de la Martinique. 

Plusieurs territoires ultramarins font néanmoins exception. A Saint-Pierre-et-Miquelon, 75% des 5 000 habitants de plus de 20 ans ont reçu leur première dose. Ce chiffre s'élève à 58% pour la population de Wallis-et-Futuna. Et même en Nouvelle-Calédonie, où le virus circule peu, ce chiffre est de 17%. 

Moins de doses livrées

Pour certains Drom comme La Réunion, les livraisons des toutes premières doses ont été réalisées plus tard que prévu. "Elles devaient bien commencer début janvier, mais on nous a expliqué qu'il y avait eu un retard logistique au dernier moment. Ce retard de 15 jours, on ne l'a jamais rattrapé", déplore Martine Ladoucette, directrice générale de l'ARS de l'île. Elle précise que son message a été entendu par les autorités nationales, qui ont promis un rattrapage des livraisons manquantes d'ici le mois de mai.

D'ailleurs, plusieurs collectivités d'outre-mer semblent moins bien dotées en vaccins que le reste de la France. Lorsque l'on rapporte le nombre de doses livrées à la population de plus de 75 ans, premier public cible de la vaccination, il apparaît que La Réunion, la Guadeloupe et la Martinique sont les parents pauvres, et ce, depuis le mois de février.

Sur ce point, la Guyane fait figure d'exception : ce Drom, où vivent seulement 4 000 personnes de plus de 75 ans, a beau avoir reçu les livraisons minimales de doses, celles-ci ont permis de couvrir largement les plus âgés. "La livraison minimale comprend 975 doses, soit près d'une dose pour quatre personnes de plus de 75 ans. Dès la première livraison, nous avons donc reçu davantage de doses que la moyenne française pour le public de plus de 75 ans", explique l'ARS de Guyane.

"Ces livraisons se sont poursuivies au même rythme et nous avons élargi rapidement les critères relatifs aux personnes vulnérables, en acceptant que les personnes ayant au moins deux comorbidités accèdent à la vaccination, sans critère d'âge. Puis, fin février, la cible a été élargie aux plus de 50 ans ainsi qu'à tous les professionnels de santé, et fin mars aux plus de 30 ans. Par ailleurs, eu égard à la situation sanitaire au Brésil, nous avons élargi la cible aux plus de 18 ans sur notre zone frontalière du Brésil", détaille l'ARS.

Des zones difficiles d'accès

En Guadeloupe et en Martinique, où la quantité de doses livrées est la plus faible de France au regard de leur population de plus de 75 ans, les autorités locales ne pointent cependant pas ce facteur pour expliquer le retard dans la vaccination. "Nous n'avons jamais eu de problème de quantité de doses livrées qui aurait pu impacter l'offre de vaccination en Martinique. Nous avons des dotations hebdomadaires calibrées en fonction de la demande et de notre capacité de vaccination", précise l'ARS, qui estime sa capacité de vaccination à 10 500 injections par semaine, grâce à ses sept centres de vaccination fixes.

En plus de l'éloignement par rapport à l'Hexagone, qui représente un défi pour acheminer les doses congelées, la logistique doit aussi composer avec les spécificités locales : à La Réunion, les cirques comme celui de Mafate sont des territoires plus isolés où organiser des opérations de vaccination n'est pas chose aisée. En Guyane, "l'accès aux populations est aussi plus long et difficile, souligne l'ARS. Nous avons de nombreuses communautés très étanches les unes par rapport aux autres, de langues et références culturelles et religieuses très variées, qui n'ont pas facilement accès aux informations adaptées, aux transports, aux systèmes de prise de rendez-vous. La densité de population est de loin la plus faible de France, ce sont donc de petits effectifs qui sont touchés lors de chaque opération."

Des habitants parfois réticents

C'est donc bien au niveau de l'écoulement des doses de vaccin que se situe le cœur du problème. Plusieurs ARS pointent une frilosité d'une partie de la population face à la vaccination. "Historiquement, il y a un peu plus de méfiance autour de la vaccination en général, pas spécifiquement sur le Covid", estime Valérie Denux, directrice de l'ARS Guadeloupe, qui évoque des campagnes vaccinosceptiques agressives sur les réseaux sociaux, et une forte culture de la médecine par les plantes. 

Et convaincre ces habitants n'est pas chose aisée. "Chez les personnes âgées, on a encore une réticence sur l'intérêt de ce vaccin. Il y a un travail de proximité avec l'Assurance maladie, les communes, pour mobiliser les gens et les inciter à se faire vacciner. Ce qu'on souhaite, c'est que les communes puissent aller identifier et récupérer les personnes qui souhaitent se faire vacciner pour les amener dans les centres de vaccination", explique Jacques Rosine, en Martinique. Un moindre recours aux réservations par internet a aussi poussé les autorités, comme celles de La Réunion, à renforcer les plateformes téléphoniques de prise de rendez-vous, plus accessibles pour une partie de la population.

Les autorités veulent accélérer le pas

Après un début de vaccination lent malgré les vastes campagnes de communication, "on sent qu'une dynamique s'installe", affirme Valérie Denux, en Guadeloupe. Tout comme en Martinique, la vaccination y a été ouverte aux personnes de plus de 18 ans avec comorbidité, dès février. Obésité ou diabète ont des taux de prévalence bien plus élevés dans ces territoires que dans la plupart des régions métropolitaines. 

Pour accélérer le rythme, le ministère de la Santé a annoncé le 25 mars livrer davantage de doses dans chaque territoire ultramarin, et renforcer les "démarches d''aller vers', permettant de rapprocher la vaccination des publics dont la situation ne permet pas de se déplacer de manière autonome vers un point de vaccination", précise le communiquéRésultat, la vaccination a effectivement connu une accélération depuis la fin mars dans la plupart des collectivités d'outre-mer. En Guyane, à La Réunion et en Martinique, le rythme des premières injections a bondi. L'augmentation a néanmoins été limitée en Guadeloupe et à Mayotte.

La Direction générale de la santé a par ailleurs déclaré, lors d'un point presse le 20 avril, prévoir une nouvelle phase d'accélération "pour les semaines à venir", en particulier dans les Drom et territoires d'outre-mer touchés par les variants. "On est vraiment sur une phase d'accélération, on propose la vaccination à la population totale à Saint-Barthélemy pour trois semaines", s'enthousiasme Valérie Denux, en Guadeloupe. 

Partout, les autorités locales relancent la communication autour de la vaccination, à grand renfort d'affiches et de spots radiophoniques. "On prévoit une campagne d'affichage en créolisant le message pour que ça parle davantage aux gens, y compris aux personnes âgées", détaille la directrice générale de l'ARS de La Réunion, qui se veut confiante. "Quand on a fait savoir qu'on ouvrait la vaccination aux plus de 55 ans sans pathologie, le standard téléphonique a explosé."

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