Covid-19 : quels sont les principaux effets indésirables des vaccins ?

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Une soignante prépare une dose de vaccin contre le Covid-19 à Dinan (Côtes-d'Armor), le 14 septembre 2021. (MARTIN BERTRAND / HANS LUCAS)

Les effets les plus fréquents ou les plus graves survenus en France après vaccination ont été mis en évidence dans les enquêtes de pharmacovigilance. L'Agence nationale de sécurité du médicament publie des rapports détaillés rendant compte de ces enquêtes, vaccin par vaccin.

Les vaccins contre le Covid-19 ? "Ils ont un profil de sécurité excellent ! On s'attendait à beaucoup plus d'effets graves", s'exclame le pharmacologue  Francesco Salvo, maître de conférences, praticien hospitalier au CHU de Bordeaux (Gironde) et en charge du suivi national de la sécurité du vaccin de Pfizer. Alors que le cap des 100 millions de doses injectées a été franchi début novembre, ces effets restent attentivement surveillés. Une plateforme dédiée permet aux soignants ou aux patients de signaler tous les effets indésirables survenant après une injection. Il appartient ensuite aux centres régionaux chargés de la pharmacovigilance de mener l'enquête pour voir si un lien potentiel avec le vaccin peut être établi.

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Quels sont les effets indésirables les plus fréquents relevés par l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), qui publie régulièrement des rapports détaillés et une synthèse des enquêtes de pharmacovigilance ? Quels sont les plus graves ? Au moment où les personnes les plus vulnérables sont invitées à effectuer une dose de rappel, passage en revue des quatre vaccins autorisés en France (sachant que deux d'entre eux, AstraZeneca et Janssen, de Johnson & Johnson, ne sont quasiment plus utilisés).

Les effets indésirables du vaccin Pfizer

Le nombre de doses injectées. Plus de 77 millions de doses du vaccin Pfizer/BioNTech ont été injectées en France. Basé sur la technologie de l'ARN messager, ce produit est de très loin le plus administré dans l'Hexagone et en outre-mer : il représentait, au 15 novembre, 80,2% des injections réalisées depuis le début de la campagne de vaccination. Cette part de marché va s'accroître encore puisque ce vaccin est le seul à être autorisé pour toutes les classes d'âge à partir de 12 ans, et qu'il est le seul recommandé, avec celui de Moderna, pour la dose de rappel.

Il s'agit donc d'un vaccin sur lequel on dispose d'énormément de données. "Avec une vaccination massive et aussi surveillée en France, en Europe et dans le monde, ce serait étonnant qu'on découvre un effet indésirable grave qui non seulement nous aurait échappé, mais aurait échappé dans le même temps à la totalité de nos collègues hors de France", remarque le professeur Antoine Pariente, spécialiste en pharmacologie et en santé publique à Bordeaux (Gironde), qui suit, lui aussi, les effets du vaccin Pfizer. En France, un peu plus de 107 000 cas d'effets indésirables avaient été signalés fin octobre depuis le début de la vaccination, dont 65 569 après une injection de vaccin Pfizer, selon l'ANSM. Au total, 74% de ces signalements, dont les liens n'ont, à ce stade, pas été établis avec le vaccin, correspondent à des événements non graves, et 26% à des événements graves. Aucun signal de sécurité concernant la mortalité liée au vaccin n'est identifié à ce jour à partir des données françaises, relève l'Agence nationale de sécurité du médicament. 

• Les effets indésirables les plus fréquents. Ils sont généralement "attendus et non graves", souligne l'ANSM, et disparaissent rapidement. Plus d'une personne sur dix, selon l'Agence européenne des médicaments (en anglais), fait ainsi état d'un des symptômes suivants : douleur ou gonflement à l'endroit de l'injection, fatigue, maux de tête, douleurs musculaires, douleurs articulaires, frissons, fièvre, diarrhée. Pour faire passer la fièvre ou la douleur, il est conseillé de "privilégier l'utilisation du paracétamol à la dose la plus faible et le moins longtemps possible". Sont également signalés, de façon moins fréquente, des démangeaisons, rougeurs, gonflements de ganglions, allergies, sueurs nocturnes ou vomissements. Si l'un de ces effets indésirables entraîne des arrêts de travail pendant plusieurs jours, il est alors classé dans la catégorie des effets indésirables graves.

• Chez les femmes. Enfin, "261 cas de troubles du cycle menstruel et de saignements utérins ont été notifiés et validés dans la base nationale de pharmacovigilance jusqu’au 30 juillet 2021", relève l'agence, dans son rapport de suivi des effets indésirables du vaccin Pfizer portant sur la période du 2 juillet au 26 août 2021. Il s'agit le plus souvent d'absence, de retard ou d'arrivée en avance des règles. "Le vaccin secoue l'organisme, provoquant une réaction immunitaire et inflammatoire, donc de la fatigue. Qu'il y ait des troubles menstruels, c'est plausible, mais c'est temporaire. On ne constate pas d'évolution grave", observe le professeur Antoine Pariente. Il n'y a pas non plus "de crainte particulière à avoir sur la vaccination pour les femmes enceintes", souligne Francesco Salvo. 

• Les effets indésirables graves. Ils sont qualifiés ainsi quand survient, après l'injection du vaccin, une "hospitalisation ou prolongation d'hospitalisation, incapacité grave ou permanente, anomalies congénitales, événement médicalement grave (entraînant un arrêt de travail), si le pronostic vital est en jeu, ou s'il y a décès", résume Francesco Salvo. Dans son rapport détaillé sur "les événements indésirables graves ayant fait l'objet d'une analyse qualitative depuis le début du suivi jusqu'à fin août 2021", l'ANSM relève les "signaux suivants confirmés" liés à l'injection du vaccin de Pfizer :

Les myocardites et péricardites. "On a vite été convaincus d'un lien avec le vaccin", remarque Antoine Pariente. Ce risque est en effet recensé sur le résumé des caractéristiques du produit (PDF) établi par l'Agence européenne des médicaments. "Depuis juillet 2021, les myocardites et les péricardites sont considérées comme un effet indésirable pouvant survenir rarement suite à une vaccination par Comirnaty (Pfizer) ou Spikevax (Moderna)", écrit l'ANSM. "Un total de 375 cas de myocardite ont été rapportés", note-t-elle aussi dans un focus sur le vaccin Pfizer analysant les effets indésirables jusqu'au 31 septembre 2021. 

Ce risque de myocardite, une inflammation au niveau du muscle cardiaque, "est un risque très rare : environ un cas pour 100 000 vaccinés", estime Francesco Salvo. "Elle est plus fréquente chez les hommes jeunes et survient plutôt après la deuxième injection (principalement dans les 14 jours suivant la vaccination, selon l'ANSM). Mais de façon générale, hors vaccination, elle est plus fréquente chez les jeunes", précise-t-il. Le médecin est plus circonspect sur le risque de péricardite (inflammation de la membrane qui entoure le cœur) : "C'est moins typique", estime-t-il. Dans la majorité des cas, l'état de santé des patients s'améliore de lui-même ou à l'aide d'un traitement, note l'ANSM.

La paralysie faciale. C'est également un effet indésirable confirmé, avec "344 cas notifiés fin août, sur 40 millions d'injections", selon Francesco Salvo. "C'est un symptôme grave du point de vue de l'impact sur le patient. Mais il est ultra-compliqué d'établir son incidence précise". "La paralysie faciale est rare et disparaît généralement en quelques semaines", selon l'ANSM. Dans sa fiche d'information pour les personnes vaccinées, elle ajoute par ailleurs qu'un "gonflement du visage" peut survenir "chez les patients qui ont reçu des injections cosmétiques du visage".

Les allergies sévères (hypersensibilité, choc anaphylactique...) : 566 cas avaient été analysés fin août dans le cadre des enquêtes de pharmacovigilance. "Un cas fatal a été rapporté ; le rôle vaccinal est douteux, voire exclu", rapporte l'ANSM. Sur 10 cas graves rapportés depuis le début du suivi, neuf ont connu "une évolution favorable dans les 24 heures. Le dixième cas, ayant entraîné un décès du patient, a été traité dans la section décès. Il concernait une réaction allergique sévère survenue chez un homme de moins de 25 ans, quelques heures après la première injection. Le sujet avait des antécédents connus d'allergie aux arachides et avait probablement ingéré une sauce à base d'arachide quelques minutes avant le début de la symptomatologie. Aucun des éléments transmis ne met en cause le vaccin dans la survenue de cet événement", explique-t-elle.

L'hypertension artérielle : 863 cas avaient été analysés fin août dans le rapport de l'ANSM. "Elle a été très notifiée, surtout pendant la première phase de la campagne vaccinale. Un des facteurs est peut-être qu'elle est habituellement sous-diagnostiquée", remarque Francesco Salvo. "Ces cas d'hypertension artérielle continuent de faire l'objet d'une surveillance spécifique et sont partagés au niveau européen", spécifie l'Agence française du médicament dans une fiche de synthèse publiée fin octobre.

• Dose de rappel : rien de nouveau par rapport aux effets signalés lors des première et deuxième injections. "Aucun signal spécifique n'a été identifié chez les personnes ayant eu une dose de rappel", écrit l'ANSM.

Pour tout symptôme inquiétant, les patients doivent prendre contact avec un médecin ou appeler le 15, selon la sévérité de leur situation.

Les effets indésirables du vaccin Moderna

• Le nombre de doses injectées. Près de 11 millions de doses du vaccin conçu par le laboratoire américain Moderna ont été injectées en France, hors doses de rappel. Au 15 novembre, ce vaccin à ARN messager représentait 11,1% des injections réalisées sur le territoire français. Au total, quelque 14 522 cas d'effets indésirables avaient été signalés fin octobre, selon l'ANSM.

• Les effets indésirables les plus fréquents. Ils sont généralement légers, relève l'Agence européenne du médicament. Elle cite notamment, comme dans le cas de Pfizer, "douleur et gonflement au site d'injection, fatigue, frissons, fièvre, gonflement ou sensibilité des ganglions lymphatiques sous les bras, maux de tête, douleurs musculaires et articulaires, nausées, vomissements", mais aussi des rougeurs, de l'urticaire ou une éruption cutanée au site d'injection. "Un grand nombre de cas concernent des réactions retardées locales non graves", expose l'ANSM. Il s'agit de "réactions locales douloureuses, érythémateuses", ou "prurigineuses" (avec démangeaisons) à l'endroit où a été faite l'injection de vaccin.

• Les effets indésirables graves. Ce sont les mêmes qu'avec le vaccin Pfizer (il s'agit de la technologie de l'ARN messager dans les deux cas), mais le risque de myocardites semble accru pour les jeunes dans le cas de Moderna.

• Le cas particulier des restrictions liées au risque de myocardites. Dans un avis publié le 8 novembre, la Haute Autorité de santé (HAS) déconseille en effet le recours au vaccin de Moderna pour les moins de 30 ans. En cause : le risque accru de myocardites pour cette frange de la population. "Dans la population de moins de 30 ans, ce risque apparaît environ cinq fois moindre pour le vaccin (...) de Pfizer comparativement au vaccin de Moderna chez les 12-29 ans (...). Ces résultats sont concordants avec ceux issus des données américaines", détaille encore l'institution.

"Ces cas sont survenus principalement dans les sept jours suivant la vaccination, plus souvent après la seconde dose, et plus souvent chez des hommes de moins de 30 ans", complète la HAS, en ajoutant que l'évolution de ces myocardites était "favorable". Dans son rapport détaillé sur le suivi du vaccin Moderna portant sur la période du 2 juillet au 9 septembre, l'ANSM faisait état de 79 myocardites "ayant fait l'objet d'une analyse qualitative" dans les enquêtes de pharmacovigilance. 

Les effets indésirables du vaccin AstraZenaca

• Le nombre de doses injectées. Près de 8 millions de doses ont été injectées, mais le produit mis au point par l'université d'Oxford et l'entreprise AstraZeneca n'est désormais quasiment plus utilisé en France, où il est réservé aux plus de 55 ans. Ce vaccin à adénovirus représente 7,7% des injections qui ont été faites sur le territoire français. Il ne sera pas utilisé pour le rappel, qui doit être effectué uniquement avec des vaccins à ARN messager. 

• Les effets indésirables les plus fréquents. Comme pour les autres vaccins, il s'agit surtout (jusqu'à une personne sur dix) de fatigue, maux de tête, réaction au point d'injection... Des syndromes pseudo-grippaux (fièvres, frisson ...) ont été majoritairement rapportés, signale l'ANSM, qui conseille d'utiliser du paracétamol pour les combattre.

• Les effets indésirables graves

Les thromboses inhabituelles, associées à une thrombocytopénie (baisse du nombre de plaquettes dans le sang), sont signalées comme un risque dans le résumé des caractéristiques du produit de l'Agence européenne des médicaments (PDF). Il s'agit de caillots sanguins, dans des localisations différentes ou inhabituelles (par exemple le cerveau, l'intestin, le foie, la rate), associés à un faible taux de plaquettes sanguines, dans quelques cas accompagnés de saignements. "De très rares cas (pouvant toucher jusqu'à une personne sur 10 000) ont été observés", selon l'ANSM. 

"Trente cas, dont neuf décès au total" de thromboses atypiques associés au vaccin d'AstraZeneca étaient survenus en France sur plus de 3,8 millions d'injections, selon un communiqué de l'ANSM publié vendredi 7 mai. Ils concernaient en majorité des femmes de moins de 60 ans. Dans un avis du 19 mars 2021, la Haute Autorité de santé avait recommandé de ne l'utiliser que chez les personnes âgées de 55 ans et plus.

Les cas de fuite capillaire. Rien à voir avec les cheveux. Cette maladie "est une affection grave, qui entraîne des fuites de liquide à partir des vaisseaux sanguins de petite taille (capillaires), provoquant un gonflement rapide des bras et des jambes, une prise de poids soudaine et une sensation de faiblesse (faible tension artérielle)", selon l'ANSM. "Aucun cas" n'a été "signalé en France à ce jour", précise-t-elle dans une note de synthèse analysant les données jusqu'à fin octobre.

Un syndrome de Guillain-Barré. C'est une atteinte des nerfs périphériques caractérisée par une faiblesse musculaire, voire une paralysie progressive, débutant le plus souvent au niveau des jambes et remontant parfois jusqu'à atteindre les muscles de la respiration puis les nerfs de la tête et du cou. Il est répertorié comme risque potentiel par l'Agence européenne des médicaments.

Les effets indésirables du vaccin Janssen

• Le nombre de doses injectées. Avec un peu plus d'un million de doses injectées à la mi-novembre, le produit de l'entreprise américaine Johnson & Johnson représente à peine 1% du total des injections. Administré en une seule dose, ce vaccin à adénovirus (comme celui d'AstraZenaca) n'est quasiment plus utilisé. Non seulement il est déconseillé aux moins de 55 ans, mais la Haute Autorité de santé a mis en cause son efficacité face au variant Delta, ce qui est d'ailleurs confirmé par des données américaines. Par ailleurs, selon un avis publié vendredi 19 novembre par la HAS, la dose supplémentaire de vaccin à ARN messager qu'elle recommande d'administrer aux personnes vaccinées avec une dose unique du vaccin Janssen ne doit pas être considérée comme une dose de rappel mais comme une dose additionnelle visant à compléter le schéma vaccinal initial.

• Les effets indésirables les plus fréquents : Fatigue, maux de tête, fièvre... La liste est la même que celle des autres vaccins, avec prise de paracétamol conseillée en cas de faibles symptômes.

• Les effets indésirables graves liés à la vaccination Janssen sont les mêmes que pour le vaccin AstraZenaca :

Les thromboses associées à une thrombocytopénie : "Quatre cas ont été rapportés chez des patients cinquantenaires et un quarantenaire, dont deux de moins de 55 ans ont été observés depuis le début du suivi. Trois patients ne sont pas rétablis au moment de la déclaration et l'évolution est favorable pour le quatrième cas", signale l'ANSM dans sa fiche de synthèse analysant des données jusqu'à fin octobre.

Syndrome de Guillain-Barré : il a été répertorié, jeudi 22 juillet, par l'Agence européenne des médicaments comme effet secondaire "très rare" du vaccin  de Johnson & Johnson.

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