Covid-19 : la reprise économique est-elle assurée pour la France dès cette année ?

Selon les prévisions du gouvernement, l’économie française devrait connaître un rebond en affichant une croissance de 5% en 2021. Mais plusieurs indicateurs incitent à la prudence.

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France Télévisions
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Une terrasse de café à Bordeaux, le 8 septembre 2020. (VALENTINO BELLONI / HANS LUCAS / AFP)

Le printemps 2021 marquera-t-il le début de la reprise économique en France ? Alors que les rues ont renoué avec l'animation des terrasses, mercredi 19 mai, les restaurateurs espèrent sauver leur saison, déjà amputée de plusieurs mois de confinement, conséquence de l'épidémie de Covid-19. 

Certains indicateurs conjoncturels confortent leurs espoirs et laissent entrevoir un rapide rebond de l'économie, après la violente récession de l'année 2020 (le PIB a chuté de 8,3%, selon l'Insee). Toutefois, plusieurs indices incitent à la prudence, selon les économistes. Franceinfo fait le point sur la situation.

Oui, l'économie semble déjà rebondir

Le rebond est une première étape vers la sortie de crise. Il représente le retour au niveau d'activité que connaissait la France avant la pandémie. Tous les indicateurs conjoncturels indiquent qu'il est possible de retrouver ce niveau au cours de l'année 2022. "Il y aura forcément un rebond de l'activité, car nous allons passer d'une situation fortement dégradée à une situation normalisée, explique l'économiste Mathieu Plane à franceinfo. Le 'quoi qu'il en coûte' martelé par le président a permis de préserver les revenus. La situation ne serait pas la même sans cela."

Autre marqueur important, les investissements se sont maintenus à un niveau important et, en dépit de la pandémie, la trésorerie de beaucoup d'entreprises reste abondante grâce aux mesures d'accompagnement de l’État. Par ailleurs, la forte reprise économique en Asie et les différents plans de relance, notamment aux États-Unis, tirent la demande à l’échelle mondiale.

Dans une note, l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) prévoit pour 2021 une croissance du PIB de 5% en moyenne. "Le boom de croissance a déjà commencé, a soutenu Bruno Lemaire, le ministre de l'Economie, le 3 mai, lors d'une interview sur RTLLes entrepreneurs ont repris à bras-le-corps l’activité. Ma conviction profonde, c’est que dès que nous aurons levé les restrictions sanitaires, la France surprendra par la vigueur de sa croissance." Pour préserver cette trajectoire, le gouvernement s'est fixé pour objectif de continuer d'accompagner la dépense, au moins à court terme. 

Oui, mais à condition que les Français dépensent leur "épargne-Covid"

Pour surmonter la crise, le rebond ne suffit pas, il est nécessaire que se produise ce que les économistes appellent "un effet de rattrapage". Car avant la crise sanitaire, la croissance était bien là. Les prévisions du Trésor indiquent qu'elle aurait été de 1,3% par an sans la pandémie. "Il faut retrouver le chemin sur lequel nous étions avant la crise, qui était ascendant, affirme Agnès Bénassy-Quéré, cheffe-économiste du Trésor, interrogée par franceinfo. C'est plus dur et c'est ce sur quoi se concentre le plan de relance. Cela prendra plusieurs mois."

Pour surmonter la crise économique, l’OFCE mise sur un trésor caché : "l'épargne-Covid" de la population, qui a mécaniquement moins dépensé depuis le début de la crise sanitaire. En France, ce bas de laine s'élève à 160 milliards d’euros, soit environ 7% du PIB. Si 20% de ce surplus d’épargne est consommé, la croissance française serait de 6% en 2022, le taux de chômage atteindrait 8,7 % et la dette s'établirait à 115% du PIB. Le pays pourrait alors rattraper "son retard de croissance". Par contre, si les Français ne dépensent pas leurs économies, le taux de croissance plafonnerait à 4,3%, le taux de chômage grimperait à 9,4% et la dette publique à 117% du PIB en 2022. 

Les Français-ils vont dépenser cet argent ? "Rien n'est sûr. Nous ne sommes pas encore dans une situation normalisée, il est possible que les Français soient 'surprudents' et préfèrent se prémunir contre un risque de chômage, face aux faillites et aux plans sociaux consécutifs au Covid", analyse Mathieu Plane.

Dans ce cas, la crise serait prolongée et s’accompagnerait d’un niveau de chômage durablement plus élevé. Cependant, l'économiste fait remarquer que ce sont les ménages les plus aisés – avec des revenus supérieurs à  2 500 euros par mois –, qui ont accumulé le plus d'épargne. "Ils vont au restaurant, au théâtre, prennent les transports ... En somme, ils sont les premiers consommateurs des secteurs sinistrés pendant la crise, ce qui laisse espérer qu'ils renouent avec leur comportement lors de l'assouplissement des mesures sanitaires."

Rien n'est sûr, la situation reste fragile

Toutes les prévisions sur la sortie de crise reposent sur l'essor de la campagne de vaccination, qui permet la levée progressive des restrictions. "Dans une situation contrainte, on ne sait pas où on va. Le vaccin permet de maîtriser les effets de la pandémie et lève donc les incertitudes", explique Mathieu Plane. L'hypothèse du rattrapage économique reste fragile face aux possibles imprévus de la campagne de vaccination. L'apparition de nouveaux variants contre lesquels les vaccins se révéleraient inefficaces pourrait également renverser la situation.

Même si la vaccination progresse, d'autres obstacles peuvent surgir sur le chemin de la reprise. Depuis le début de la pandémie, les habitudes de consommation des Français ont changé. "Une inadéquation entre l’offre et la demande peut ralentir l’activité d’un côté, tout en se heurtant à une insuffisance de production de l’autre", précise Agnès Bénassy-Quéré, cheffe économiste de la direction générale du Trésor. 

Par ailleurs, le secteur touristique risque de rester en difficulté dans les mois qui viennent. "Les touristes asiatiques ne seront pas de retour dans l’immédiat, du fait des contraintes sanitaires et des différents passeports sanitaires qui seront mis en place. Par exemple, le vaccin chinois n'est pas homologué en France"explique Agnès Bénassy-Quéré. Les Français eux-mêmes ne voyageront peut-être plus comme avant, avec un budget plus modeste et des aspirations différentes. Les entreprises du secteur vont parfois devoir s’adapter aux nouvelles attentes de leurs clients avant de pouvoir bénéficier de la reprise.

Autres inquiétudes, les secteurs où la France était bien présente sur la scène internationale – comme l'automobile, le tourisme et l'aéronautique –, ont été fortement touchés. "La France est entrée dans cette crise avec des faiblesses : des problème de compétitivité, une désindustrialisation et des difficultés de recrutement, commente Agnès Bénassy-Quéré. Le plan de relance a été conçu pour pallier ces faiblesses et les effets commencent à apparaître."

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