"Nous devons faire comme les Chinois, un arrêt complet du pays" : un médecin français expatrié à Wuhan juge insuffisantes les mesures prises en France

"Nous devons faire comme les Chinois, c'est-à-dire un arrêt complet du pays sur une période de quinze jours", estime ce dimanche sur franceinfo le docteur Philippe Klein, qui dirige une clinique à Wuhan.

Des personnels de santé quittent Wuhan le 22 mars 2020, l\'épidémie de coronavirus étant stoppée
Des personnels de santé quittent Wuhan le 22 mars 2020, l'épidémie de coronavirus étant stoppée (CAI YANG / XINHUA)

 La Chine n'a enregistré aucun nouveau cas local ces trois derniers jours. C'est le résultat du confinement absolu et de l'arrêt total des activités, estime le Dr Klein. "C'est la seule manière d'arrêter l'épidémie" ajoute-t-il.

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franceinfo : Le Covid-19 a officiellement fait plus de morts en dehors de Chine qu'en Chine, était-ce prévisible ?

Dr Philippe Klein : L'épidémie a commencé il y a trois mois et il semble que l'Europe n'a pas pris en compte des événements qui se sont produits ici en Chine et n'a pas a priori anticipé et tenu compte des mesures prises chez nous pour arriver maintenant à maîtriser cette épidémie. Ici, en Chine, l'épidémie est terminée. Il n'y a plus depuis trois jours de nouveaux cas autochtones. Nous avions à Wuhan 50 hôpitaux mobilisés contre le coronavirus, nous n'en avons maintenant plus que 10, il y a donc 40 hôpitaux qui sont en cours de décontamination et qui vont pouvoir reprendre une activité sanitaire normale.

Comment vous observez la situation en France et en Europe depuis Wuhan ?

Aujourd'hui, on a quatre exemples qui ont fonctionné. La Corée du Sud et l'Allemagne, qui ont utilisé énormément de tests, qui ont dépisté pour isoler les personnes présentant le virus. Le Japon qui, avec sa rigueur, a fait des enquêtes très approfondies au niveau des clusters pour limiter l'épidémie. Et puis on a la Chine. Elle a encaissé l'épidémie, donc il y a eu une période d'adaptation. Nous avons vécu aussi une quarantaine plus souple, un peu comme à la française actuellement, et puis on s'est rendu compte au bout de trois semaines que ça ne fonctionnait pas. Donc à la mi-février, les Chinois ont pris le taureau par les cornes, ils ont pris des décisions drastiques mais indispensables et qui ont permis sur une période de quatre semaines d'arrêter l'épidémie.

Diriez-vous qu'en France, il faudrait passer à un confinement "à la chinoise", ne sortir vraiment qu'en cas d'urgence, fermer les transports en commun à Paris et ailleurs ?

Nous devons faire comme les Chinois, c'est-à-dire que sur une période de quinze jours, il faut un arrêt complet du pays. Plus de transports en commun, un contrôle des frontières, un confinement strict des personnes et pendant cette période, identifier toutes les personnes présentant le virus et toutes les personnes en contact. Prendre en charge les formes sévères à l'hôpital, confiner dans des endroits comme des hôtels par exemple les formes mineures et contrôler à leur domicile les personnes contact. Et c'est à ce prix-là seulement qu'on va pouvoir, comme les Chinois, arrêter cette épidémie.

Le Dr Philippe Klein interrogé par Matteu Maestracci
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