Municipales 2020 : coronavirus, abstention record, second tour en débat... Ce qu'il faut retenir du premier tour du scrutin

Résultats, ambiance inédite dans les bureau de vote mais aussi abstention jamais vue... Franceinfo vous résume sur tout ce qu'il faut savoir à l'issue de ce dimanche d'élections.

En pleine épidémie de coronavirus, une électrice dépose son bulletin dans une urne lors des élections municipales à Lyon
En pleine épidémie de coronavirus, une électrice dépose son bulletin dans une urne lors des élections municipales à Lyon (JEFF PACHOUD / AFP)

Un scrutin complètement chamboulé. Après des jours d'incertitude sur la tenue des élections municipales face à la propagation du coronavirus Covid-19, le premier tour s'est déroulé, dimanche 15 mars, dans un contexte inédit.

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L'abstention, que beaucoup redoutaient en cette période particulière, est très élevée : 54,5% d'électeurs ne se sont pas déplacés dans leur bureau de vote, selon une estimation Ipsos/Steria pour France Télévisions, Radio France et les chaînes parlementaires. Même si le contexte est difficilement comparable, c'est beaucoup plus qu'en 2014, où 36% des électeurs avaient boudé les urnes au premier tour. 

 Un scrutin marqué par l'épidémie de Covid-19

Pour limiter au maximum la propagation du coronavirus, des mesures de précaution ont été mises en place dans la plupart des bureaux de vote. Les électeurs comme les responsables des bureaux ont pu se laver les mains, grâce des flacons de gel hydroalcoolique mis à disposition à l'entrée et à la sortie. Les électeurs ont dû également respecter une distance raisonnable avec les autres personnes venues voter. Dans certains bureaux, un marquage au sol destiné à maintenir une distance d'environ un mètre entre électeurs, à chaque étape du vote, a été tracé. 

Certains votants sont venus avec leur propre stylo et ceux mis à disposition pour émarger ont été régulièrement nettoyés. Les électeurs qui sont venus avec un masque ont dû les retirer afin de pouvoir être identifiés au moment du vote. Malgré tout, certains internautes ont relevé l'absence de respect de ces consignes dans leurs bureaux de vote.

La moitié des électeurs ne sont pas déplacés

Conséquence du coronavirus : l'abstention a explosé. Parmi les quelque 47,7 millions d'électeurs appelés à voter, moins de la moitié a finalement glissé un bulletin dans l'urne, dans une ambiance générale surréaliste après que le gouvernement a décrété samedi soir la fermeture de tous les "lieux recevant du public non indispensables à la vie du pays". L'abstention atteint cette fois 54,5% des électeurs, selon une estimation Ipsos Sopra/Steria.

Selon une enquête* réalisée par Ipsos/Sopra Steria sur le profil des abstentionnistes, 59% des femmes n'ont pas voté contre 50% des hommes. Les électeurs les plus jeunes ont été les moins nombreux à se déplacer : 70% des 18-24 ne sont pas allés voter contre 37% des 70 ans et plus. Au total, 39% des personnes interrogées ayant renoncé à se rendre aux urnes avancent le coronavirus comme la raison principale de leur abstention. "Très clairement, c'est le scrutin de la peur", résume sur CNews Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop.

* Enquête réalisée les 13 et 14 mars auprès de 2 000 personnes inscrites sur les listes électorales, représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus.

La tenue du second tour est incertaine

Face à l'abstention record, la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen a appelé à reporter le second tour. "Maintenir ces élections municipales est un choix incompréhensible pour nos compatriotes", a-t-elle affirmé.

Le second tour n'aura manifestement pas lieu, compte tenu de l'aggravation prévisible de l'épidémie.Marine Le Penà l'issue du premier tour

Un appel à l'annulation du second tour, déjà lancé par plusieurs autres responsables de partis politiques, dont Yannick Jadot. "J'appelle solennellement le président de la République (...) à organiser avec les forces politiques le report du second tour", a affirmé le leader d'Europe Ecologie-Les Verts. Bruno Retailleau, le président du groupe Les Républicains au Sénat, a de son côté réclamé un report. "On est dans un temps où le sanitaire l'emporte. Je pense qu'il faudra repousser les élections pour le second tour", a-t-il déclaré sur TF1. "Je réunirai à nouveau le conseil scientifique en début de semaine et je consulterai les responsables des partis politiques", leur a répondu Edouard Philippe dans la soirée.

Les écologistes font de très bons résultats

"De ce que je perçois, il y a une poussée des écologistes par rapport à 2014, poussée par rapport à 2019, a commenté Julien Bayou, secrétaire national d'Europe Ecologie-Les Verts sur le plateau de France 2, sans se féliciter. Ce serait très compliqué de s'en réjouir vu le contexte. Mais d'ores et déjà, c'est un progrès en score, en voix, pour l'ancrage territorial."

Les candidats écologistes ont en effet enregistré de très bons résultats dans plusieurs villes. A Grenoble, le maire sortant Eric Piolle arrive nettement en tête du premier tour avec 44,67% des voix. Grosse percée des écologistes également à Lyon, avec la liste de Grégory Doucet qui obtient 28,46% des voix, selon une estimation Ipsos/Sopra Steria pour France Télévisions, Radio France et les chaînes parlementaires. Les écologistes arrivent en tête dans la totalité des neuf arrondissements de la ville. A Besançon, l'écologiste Anne Vignot (31,19%) devance aussi le Républicain Ludovic Fagaut (23,59%).

A Rennes (Ille-et-Vilaine), le candidat EELV Mathieu Theurier arrive également en deuxième position avec 25,37% des voix, derrière la maire socialiste sortante Nathalie Appéré (32,77%). A Lille (Nord), le candidat écologiste Stéphane Baly a récolté 24,53% des voix, derrière la maire sortante Martine Aubry (PS), qui obtient 29,8%. Seul revers pour les verts : à Paris, David Belliard n'a obtenu que 11,6%, loin des quelque 20% du parti aux européennes.

Les Républicains se maintiennent

A Paris, malgré une bonne dynamique de campagne, Rachida Dati est largement devancée par la maire sortante socialiste Anne Hidalgo. L'ancienne garde des Sceaux obtient 22% des voix au premier tour. A Lyon, parti de très loin dans les sondages, le candidat de droite Etienne Blanc obtient 17,01% des voix. A Marseille, ville où le parti Les Républicains avait le plus à perdre après les quatre mandats de Jean-Claude Gaudin, la liste emmenée par Martine Vassal est en danger. Selon une estimation Ipsos/Sopra Steria, celle-ci n'obtient que 22,32% des voix, juste derrière Michèle Rubirola (PS/PCF) avec 23,44% des suffrages.

Ailleurs, Les Républicains devraient se maintenir en bonne position dans la plupart de leurs fiefs. C'est notamment le cas à LimogesEmile Roger Lombertie obtient 46,2% des voix. Ou encore à Nice, où une triangulaire très favorable attend au second tour le maire sortant Christian Estrosi, largement en tête de ce scrutin avec 47,62% des voix. A Cannes, David Lisnard (LR) est réélu pour un second mandat avec 88,08% des suffrages. Ces municipales étaient cruciales pour le parti de droite, arrivé largement en tête en 2014 après avoir raflé près de 50 villes de plus de 50 000 habitants.

Les ministres macronistes s'en sortent bien

Même s'il n'a pas été investi par LREM (il a obtenu son soutien), le Premier ministre Edouard Philippe est arrivé en tête du premier tour des élections municipales au Havre avec 43,59% des suffrages, devant la liste conduite par le député PCF Jean-Paul Lecoq (35,87%). Gérald Darmanin, le ministre de l'Action et des Comptes Publics, a lui été élu dès le premier tour avec 60,88% des suffrages à Tourcoing (Nord). Quant à Franck Riester, le ministre de la Culture, il a également été plébiscité dès le premier tour à Coulommiers (Seine-et-Marne) avec 58,84% des voix.

Le RN poursuit son implantation territoriale

Avec 430 listes déposées, contre près de 600 il y a six ans, le Rassemblement national parvient à préserver ses bastions des Hauts-de-France et du pourtour méditerranéen et à poursuivre son implantation. A Perpignan, l'une des rares grandes villes où le parti fondait des espoirs de victoire, Louis Aliot réussit pour l'instant son pari en se classant en tête du premier tour avec 35,65% des voix.

A Beaucaire (Gard), le maire sortant Julien Sanchez est réélu dès le premier tour avec 59,5% des voix. Le parti conserve également sa plus grande municipalité, Fréjus, dans le Var, où le maire RN sortant David Rachline est réélu dès le premier tour avec 50,6% des voix, malgré une abstention record de 61,67%. Idem à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), où Steeve Briois, a été réélu dès le premier tour avec 74,21% des voix.

Le PS est en tête à Paris, Lille et Marseille

La maire socialiste sortante, Anne Hidalgo, arrive en tête dans la capitale. Avec 30,2% des voix, l'ancienne première adjointe de Bertrand Delanoë est bien partie pour décrocher un second mandat, loin devant Rachida Dati (22%) et Agnès Buzyn (17,6%)

A Lille, la maire sortante Martine Aubry arrive aussi en tête du premier tour et recueille 29,8% des voix. Elle est suivie par les candidats Stéphane Baly (EELV) et Violette Spillebout (LREM), avec respectivement obtenu 24,53% et 17,53% des voix. 

Enfin à Marseille, la tête de liste PS/PCF Michèle Rubirola est au coude-à-coude avec la candidate LR Martine Vassal. Selon une estimation Ipsos/Sopra Steria, la candidate de gauche obtient 23,44% des voix, contre 22,32% pour sa rivale de droite.