Coronavirus : coût, bénéficiaires, stocks disponibles… Quatre questions sur la gratuité des masques en France

Emmanuel Macron a prévenu, mardi, que les masques ne pourraient pas être gratuits pour tout le monde, alors que leur coût est pointé du doigt par de nombreuses associations et l'opposition.

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Un manifestant portant un masque brandit une pancarte "La santé n'a pas de prix" lors d'un rassemblement du personnel soignant le 16 juin 2020. (ESTELLE RUIZ / HANS LUCAS)

"L'Etat – et le contribuable français – n'a pas vocation à payer des masques (...) pour tout le monde, tout le temps." Interrogé sur la gratuité des masques, mardi 21 juillet sur TF1, Emmanuel Macron a prévenu : le masque ne sera pas gratuit pour tout le monde. Seuls les Français les plus vulnérables devraient pouvoir bénéficier de la mesure, a déclaré le ministre de la Santé, Olivier Véran, mardi à l'Assemblée.

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Alors que le masque est devenu obligatoire dans les lieux publics clos depuis lundi pour lutter contre le coronavirus et que le citoyen risque 135 euros d'amende en cas de non-respect de cette règle, certains partis de l'opposition, notamment La France insoumise, en appellent à "l'égalité républicaine" pour que tout le monde puisse en recevoir gratuitement.

1Combien coûte le port de masque ?

Le Parisien a fait le calcul : pour une famille de quatre personnes, dont deux enfants âgés de plus de 11 ans (âge auquel il devient obligatoire dans les lieux publics clos), le port du masque peut coûter jusqu'à 228 euros par mois. La même famille devra débourser jusqu'à 96 euros pour des modèles en tissu, selon le quotidien.

Dans le détail, le prix d'un masque jetable ne peut excéder 95 centimes, selon un arrêté gouvernemental en vigueur jusqu'au 10 janvier 2021 au minimum. Pour une personne seule, c'est donc 57 euros mensuel pour 60 masques (avec une moyenne de deux par jour, comme le recommandent les autorités sanitaires) et donc pour 228 euros, une famille de 4 personnes a à sa disposition 240 masques à usage unique par mois. L'association UFC-Que Choisir a aussi sorti la calculette. "Aujourd’hui, on compte dans les 100 euros par mois pour une famille avec deux enfants pour les masques jetables, détaille à franceinfo Alain Bazot, son président. Ça peut aller jusqu’à 200 euros pour des masques qui sont réutilisables, qui sont en tissu. Donc, c'est un budget, bien sûr, qui n'est pas du tout négligeable."

2Que réclament les associations et l'opposition ?

Pour les familles les plus modestes, le masque représente une nouvelle dépense. Interrogé par franceinfo, Eduardo, ouvrier père de famille, achète deux boîtes de masques par mois. "C'est beaucoup, deux masques pour la journée, alors ça fait des économies (de les laver) ! Si l'Etat nous donne un coup de main, pourquoi pas !". C'est justement ce que demande aussi l'association de consommateurs CLCV, car l'achat de masques est devenu "une charge fixe supérieure et de façon durable", explique le président de l'association et ancien sénateur socialiste Jean-Yves Mano à franceinfo. Je pense que c'est le rôle de l'Etat de s'intéresser de près aux personnes en précarité financière, et donc c'est pour ça que nous demandons le plus rapidement possible 50 euros par mois et par personne."

Du côté de l'UFC-Que Choisir, on prône plutôt la gratuité. "Pour nous, c'est un peu comme quand on impose la vaccination obligatoire pour tous, assure Alain Bazot. Pour que ça marche, il faut que tout le monde se vaccine. Donc la vaccination obligatoire est gratuite. Pour les masques, l'enjeu sanitaire doit primer. Il faut s'assurer de l’accès gratuit des masques pour tous."

Le Conseil scientifique, par l'intermédiaire de son président Jean-François Delfraissy, a assuré sur BFMTV être également favorable à la gratuité des masques pour "les personnes les plus fragiles".

On a beaucoup insisté pour que l'ensemble des moyens pour se protéger contre le coronavirus leur soit donné, avec une forme de gratuité.

Jean-François Delfraissy

à BFMTV

L'opposition s'est également emparée du sujet puisque mercredi, Adrien Quatennens, député La France insoumise, a affirmé que les masques devaient être gratuits pour tous, pas seulement pour les foyers les plus modestes. "Il y a une question d'égalité républicaine dans cette affaire, a-t-il justifié sur RMC, les masques désormais sont obligatoires, le virus continue de circuler, nous n'avons pas de traitement ni de vaccin. Si le masque est obligatoire, il doit être disponible et gratuit. (...) L'Etat doit s'assurer que tout le monde en dispose."

La droite s'est également saisie du dossier. Valérie Pécresse, la présidente LR de la région Ile-de-France a annoncé mercredi, dans "Les 4 Vérités" sur France 2, la distribution à la rentrée de deux masques lavables à ses 500 000 lycéens. "Ça fait un gros budget pour les familles de devoir acheter des masques tous les jours, (...) c'est pour ça que la région Île-de-France va assurer la gratuité des masques pour toutes les associations caritatives qui sont partenaires de la région", a-t-elle ajouté.

3Que répond l'exécutif ?

Emmanuel Macron a répondu à ceux qui appellent à la gratuité des masques pour tous. "L'Etat – et le contribuable français – n'a pas vocation à payer des masques (...) pour tout le monde, tout le temps. Donc je pense que ça doit rester une politique sociale", a déclaré le président de la République. "Je crois que la priorité, c'était d'avoir accès pour toutes les Françaises et pour tous les Français aux masques. Nous avons répondu par la capacité à fournir, à importer, à sécuriser des stocks", a argué le chef de l'Etat. "Il était important que tous nos concitoyens y aient accès et que celles et ceux qui n'ont pas les moyens d'acheter un masque grand public soient aidés", a-t-il ajouté.

Plus tôt dans la journée, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire n'avait pas écarté l'idée d'aider les ménages modestes à acheter les masques. "Est-ce qu'il faut une prise en charge complémentaire ? C'est un bon débat, je n'ai pas la réponse ce matin, mais je trouve que c'est une question qui se regarde attentivement", avait-il déclaré sur franceinfo. Interrogé à l'Assemblée nationale, Olivier Véran a affirmé que la distribution gratuite de masques "à destination du public précaire" allait être relancée.

Qui est ce "public précaire" ? Difficile d'en définir précisément les contours, mais le ministre a tout de même précisé que les personnes concernées sont celles qui "bénéficient de la complémentaire santé solidaire".

"Par ailleurs, deux millions de Français – ceux qui sont porteurs de fragilités –peuvent se faire rembourser les masques chirurgicaux sur prescription en pharmacie", a-t-il ajouté dans l'hémicycle. Depuis le déconfinement, les bénéficiaires de l'AME (Aide médicale d'Etat) peuvent aussi bénéficier de ces masques gratuits, rappelle le HuffPost.

4Quel est le stock de masques disponible ?

Là encore, difficile de répondre précisément. Olivier Véran s'est voulu rassurant sur le stock de masques dont dispose le pays. Il y a "plus de 400 millions de masques chirurgicaux en stock national" et "plus de 60 millions de masques FFP2", a-t-il affirmé lundi à franceinfo. "Nous avons acheté plus de quatre milliards de masques. Et surtout, nous avons maintenant les masques grand public qui sont des masques lavables, réutilisables qui sont disponibles partout", a-t-il souligné. 

Des masques, nous en avons en quantité, et nous invitons les Français à les porter massivement.

Olivier Véran, ministre de la Santé et des solidarités

à l'Assemblée nationale

"L'Etat a tôt distribué cinq millions de masques gratuits par semaine via les CCAS [centres communaux d'action sociale]. Nous allons réenclencher cette distribution de masques gratuits, a-t-il tenu à rappeler. Il y aura des envois postaux, qui vont arriver chez les gens lorsque ce sera nécessaire pour nous assurer qu'ils bénéficient de masques de protections."

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