Le protocole sanitaire pour la rentrée laisse le monde enseignant dans le flou : "On ne doit pas perdre en route des élèves" non vaccinés

L'annonce faite mercredi par Jean-Michel Blanquer interroge de nombreux syndicats sur la façon dont les nouvelles mesures pour freiner la circulation du Covid-19 vont pouvoir s'appliquer et sur la mise à l'écart des élèves non vaccinés.

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France Télévisions
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Une classe de collège lors de la reprise des cours en présentiel à Oullins, près de Lyon, le 3 mai 2021. (MAXPPP)

Pour eux, ce sera le distanciel. Les élèves de collège et de lycée qui ne seront pas vaccinés devront suivre les cours à distance lorsqu'un cas de Covid-19 sera détecté dans leur classe, a annoncé sur franceinfo, mercredi 28 juillet, le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer.

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Dans le même temps, le ministère a mis en ligne le nouveau protocole détaillé qui sera appliqué à la rentrée : quatre niveaux de mesures sont prévus, qui seront appliqués en "fonction de la situation épidémique" locale. Mais quel que soit le niveau appliqué, pas de débat : les élèves non vaccinés devront passer au distanciel dès la détection d'un cas dans leur classe. Et la mesure fait réagir.

Une "stigmatisation" des élèves non vaccinés

"On stigmatise une partie d'entre eux, alors qu'ils dépendent du choix de leurs parents. On est en train de leur dire qu'ils n'auront pas les mêmes droits que les élèves qui seront vaccinés", déplore sur franceinfo la co-présidente de la FCPE Nageate Belahcen. Si l'on se penche sur les textes, le Code de l'éducation prévoit en effet, en son article L111-1, que l'Education nationale "veille à la scolarisation inclusive de tous les enfants, sans aucune distinction".

De son côté, la secrétaire générale adjointe du syndicat d'enseignants Snes-FSU, Sophie Vénétitay, aborde la question des enfants de moins de 12 ans, puisque l'entrée en classe de 6e se fait en général à l'âge de 11 ans. Seront-ils concernés alors que la vaccination ne leur est pas encore ouverte ? Impossible de le savoir pour le moment, le ministère de l'Education n'ayant pas répondu à cette heure aux sollicitations de franceinfo. "On voit qu'il y a encore des trous dans la raquette et que c'est une solution qui semble assez déconnectée de la réalité", regrette-t-elle sur franceinfo.

"On ne voit pas pourquoi les vaccinés ne pourraient pas suivre les cours normalement, mais on ne doit pas perdre en route 15 à 20% des élèves qui seront en difficulté au niveau de la vaccination."

Hubert Salaün, porte-parole de la Peep

à franceinfo

Pour le porte-parole de la Fédération des parents d'élèves de l'enseignement public (Peep), cette décision semble la plus évidente. "On reste dans ce qui était en place l'an dernier : si vous êtes cas contact, vous êtes en distanciel", explique Hubert Salaün à franceinfo. Mais la vaccination crée de fait des inégalités, reconnaît-il.

L'enseignement hybride en question

Avec un enseignement à deux vitesses (présentiel et distanciel), les syndicats craignent ainsi une marginalisation des publics défavorisés. En effet, dans le Grand Paris, la métropole de Lyon et Marseille, le constat est frappant. D'après les données de vaccination publiées par l'assurance-maladie, plus le revenu médian d'une ville est bas et moins la vaccination y est avancée. "La vaccination est inégale socialement. Est-ce que l'Education nationale peut accorder un enseignement de qualité à ces élèves ? Est-ce qu'on va leur demander de suivre le cours en audio ou vidéo, dans des conditions pas simples ?" s'interroge Hubert Salaün.

Pour Jean-Rémi Girard, président du Syndicat national des lycées et collèges (Snalc), le problème est surtout dans la superposition des enseignements en présentiel et en distanciel, comme il l'explique sur Twitter. Le professeur ne pourra pas assurer en même temps l'enseignement en classe et de manière numérique, selon le syndicaliste.

Et même dans le cas où ce serait facile à mettre en place techniquement, en cas d'éviction de certains élèves non vaccinés se pose une autre question : "On se demande aussi qui va contrôler, dans un collège ou un lycée, les élèves", pointe Sophie Vénétitay. Avec, à la clé, une distinction parmi les adolescents, entre ceux qui sont vaccinés et ceux qui ne le sont pas. "C'est compliqué pour les établissements. Les jeunes n'ont pas nécessairement envie d'afficher leur statut devant tout le monde. Il ne faut pas oublier que la décision est souvent prise au niveau familial", rappelle Hubert Salaün.

La vaccination dans les établissements, oui mais comment ?

Autre point d'inquiétude : la vaccination dans les établissements. Si la plupart des professeurs n'y voient pas d'inconvénient dans le cadre de la lutte contre la pandémie, reste à déterminer comment pourrait se dérouler la procédure. "On sait que si jamais c'est à nous d'emmener les élèves sur un créneau de vaccination, ça bouleverse aussi l'organisation des cours", souligne Sophie Vénétitay. Hubert Salaün, de la Peep, abonde : "Il faut des locaux de vaccination a minima proches des écoles. Mais on ne peut pas faire peser l'organisation sur les chefs d'établissements, qui ont déjà beaucoup fait depuis le début de la crise."

Certains parents d'élèves, qui devront signer une autorisation s'ils souhaitent que leur enfant soit vacciné, s'inquiètent également. "On nous explique qu'un papier signé par les parents va pouvoir faire foi pour pouvoir faire vacciner son enfant. On se substitue quand même au rôle des parents aussi, sur ce volet-là", complète Nageate Belahcen, de la FCPE.

En ce qui concerne les enseignants, Jean-Michel Blanquer a de nouveau écarté, pour le moment la vaccination obligatoire, exigée aujourd'hui pour certaines professions : "A ce stade, ça ne nous paraît pas indispensable. Le pourcentage de professeurs se vaccinant est très important, je pense que ça a dépassé les 80% (...) L'obligation vaccinale, c'est le dernier recours."

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