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"Je ne sais pas du tout comment sera la saison" : en Corse, les professionnels du tourisme se préparent à un été difficile à cause du Covid-19

À Bonifacio, hôteliers et restaurateurs confient leurs craintes et leur découragement face à la saison touristique qui s’annonce difficile, à cause de la crise du coronavirus et des incertitudes liées au calendrier du déconfinement. Habituellement, la ville et ses 5 000 habitants accueillent deux millions de visiteurs chaque année.

Article rédigé par
Eric Audra - Noémie Bonnin
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
Le port de plaisance de Bonifacio, désert à cause de l'épidémie de coronavirus Covid-19, en avril 2020. (NOÉMIE BONNIN / RADIO FRANCE)

"Là on met huit clients, là on met douze clients, et on va vraiment être obligés de condamner des tables", soupire Gérald Larrieu, au milieu de sa salle de restaurant de Bonifacio, en Corse, en imaginant les aménagements qu’il devra faire s’il peut rouvrir. Avec pour objectif d’accueillir un peu de monde, tout en assurant la distanciation sociale nécessaire entre les clients pour éviter les contaminations au coronavirus Covid-19. Qu’importe, pour Gérald Larrieu : "Ce n’est pas grave, assure-t-il, fataliste, si ce sont les conditions pour rouvrir, je le ferai." Car c’est un été 2020 évidemment inédit qui se profile, et les professionnels du tourisme se préparent à une saison très difficile.

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Aussi, tout est bon, aux yeux de ce restaurateur, pour sauver les meubles. Il a d’ailleurs déjà contracté un prêt important pour solder les principales factures ou découverts.

Jean Olivieri, à Bonifacio. (ERIC AUDRA / RADIO FRANCE)

Il n’est pas le seul : c’est le cas aussi de Jean Olivieri, propriétaire de deux hôtels de luxe, à Bonifacio, qui estime déjà ses pertes à un million et demi d’euros. Qu’importe le calendrier de déconfinement, sa décision est prise : il n’ouvrira pas de l’été. "Je n’ouvrirai pas du tout de la saison sur le cinq étoiles, indique-t-il, morose. Peut-être que j’ouvrirai le quatre étoiles, cela dépendra des rotations aériennes et maritimes qui seront disponibles, on ne sait pas encore quand et si les clients auront le courage de venir dans les hôtels…"

Trop d’incertitude, face aux dépenses que l’ouverture représente : "Il faudra embaucher trente-cinq personnes en CDD et je ne vais pas prendre le risque de faire courir trente-cinq salaires alors que je ne sais pas du tout comment sera la saison", confie Jean Olivieri. L’hôtelier regarde avec tristesse sa piscine vide, ses transats rangés, son spa flambant neuf.

Le tourisme est un enjeu économique crucial

Pour tous ces professionnels, il paraît impossible de se projeter à court terme : "Aujourd’hui, je dois me casser la tête pour imaginer mon futur budget communal", confie Jean-Charles Orsucci, le maire de Bonifacio. Seule certitude dans cet océan de flou, explique l’édile : l’enjeu économique, crucial pour une commune qui repose totalement sur le tourisme. "Souvent, indique le maire, j’entends dire en Corse que le tourisme c’est 35% du PIB. Mais c’est de façon directe ! De façon indirecte, je l’évaluerais plutôt autour de 85 à 90% de la richesse d’une commune comme Bonifacio."

Jean-Charles Orsucci tire habituellement des recettes, jusqu’à un million d’euros, du port de plaisance, du stationnement, entre autres. "Si aujourd’hui, conclut-il, à l’heure où je vous parle, je peux espérer une saison à 50% de ce qu’elles ont été les années précédentes, je signe immédiatement !" L’été 2020 n’est donc entouré que de points d’interrogation. Habituellement, Bonifacio et ses 5 000 habitants accueillent deux millions de visiteurs chaque année.

Vers une saison touristique sinistrée en Corse ? Ecoutez le reportage de Noémie Bonnin
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