Les mouvements anti-masques veulent "essayer d'installer une dramaturgie dans laquelle on aurait des gouvernants psychopathes"

Selon Rudy Reichstadt, le directeur de Conspiracy Watch, le mouvement anti-masque est né après les hésitations du gouvernement à généraliser le port du masque. 

Un panneau qui indique que le port du masque est obligatoire à l\'extérieur dans le centre de Locronan en Bretagne, le 3 août 2020. 
Un panneau qui indique que le port du masque est obligatoire à l'extérieur dans le centre de Locronan en Bretagne, le 3 août 2020.  (QUEMENER YVES-MARIE / MAXPPP)

Encore marginaux, plusieurs mouvements anti-masques ont lieu dans différents pays, comme l'Allemagne, les Etats-Unis et la France. Le but de ces mouvements est "d'essayer d'installer une dramaturgie dans laquelle on aurait des gouvernants psychopathes", a expliqué mardi 4 août sur franceinfo Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch.

franceinfo : Comment est né ce mouvement anti-masque ?

Rudy Reichstadt : Il est né en réaction aux consignes gouvernementales obligeant le port du masque. Donc, à des réactions qui sont jugées liberticides, tout comme le confinement était jugé liberticide. Derrière ce mouvement anti masques, qui est extrêmement marginal, on voit les mêmes acteurs qui s'agitaient il y a quelques semaines pour expliquer que le confinement était une première étape vers une dictature et que l'étape ultime serait la dictature vaccinale.

Les changements de consignes sur le port du masque ont-ils alimenté ces mouvements ?

Probablement. Le brouillage du message des autorités a pu jouer un rôle, surtout dans la mesure où les complotistes, ceux qui jouent avec ces idées-là font feu de tout bois. Ils vont instrumentaliser ces errements, ces atermoiements gouvernementaux pour en faire des armes rhétoriques contre les consignes les plus élémentaires. Il faut bien avoir à l'esprit que la question du port du masque est presque secondaire. Si le gouvernement ne nous incitait pas à le porter, peut-être qu'on aurait des mouvements complotistes qui nous dirait qu'il veut nous tuer, qu'il veut qu'on ait le virus.

Quel est l'objectif de ces complotistes ?

C'est d'hystériser le débat. D'essayer d'installer une dramaturgie dans laquelle on aurait des gouvernants psychopathes qui chercheraient à nous assassiner pour le plus grand profit des laboratoires pharmaceutiques, du nouvel ordre mondial, de ce que vous voulez. En face, vous avez des assistants, des dissidents, comme ils s'appellent eux-mêmes qui sont en lutte contre cela et qui serait les meilleurs amis de la liberté. Pourtant, on a eu des dérives et des parallèles odieux. Certains ont dit que le masque était l'équivalent d'une étoile jaune et qu'il s'agissait de stigmatiser les anti vaccins.

Que peut-on faire pour lutter contre ces mouvements ?

Les réseaux sociaux ont commencé à réguler les fake news, à rendre certains contenus inaccessibles. Il y a une prise de conscience, on va vers une plus grande régulation des plateformes. Les médias doivent envisager le complotisme comme un risque systémique qui pèse sur la bonne information, le droit à être informer de manière loyale, transparente et correcte. Le fact checking est essentiel même s'il ne remplace pas la pédagogie.