Interview d'Emmanuel Macron : la gauche déplore "du bla bla", la droite décrit un président "sans perspective ni vision"

Le chef de l'Etat s'est longuement exprimé ce mardi lors d'un entretien depuis l'Elysée avec Léa Salamé et Gilles Bouleau.

Le président de la République Emmanuel Macron à la télévision lors de son entretien du 14-Juillet 2020 avec les journalistes Léa Salamé et Gilles Bouleau.
Le président de la République Emmanuel Macron à la télévision lors de son entretien du 14-Juillet 2020 avec les journalistes Léa Salamé et Gilles Bouleau. (DENIS CHARLET / AFP)

Crise sanitaire, relance économique, transition écologique, réforme des retraites, le président a fixé le cap des 600 prochains jours de son mandat lors d'une interview télévisée avec Léa Salamé et Gilles Bouleau à l’occasion du 14-Juillet.

"Un disque rayé" pour la gauche

"C’est un disque rayé, avec des vieilles recettes libérales en guise de nouveau chemin", a réagi sur franceinfo le député Insoumis de Seine-Saint-Denis Éric Coquerel, après l’interview d’Emmanuel Macron. "Il maintient les mêmes objectifs politiques. Cela fait un peu du bla bla. Il fait plusieurs interventions avec, malheureusement, une politique qui ne change pas, c’est-à-dire des exonérations de cotisations pour les entreprises qui pèsent sur les comptes sociaux. Il n'y a aucune condition sur les aides, ni d'un point de vue écologique ou social".

Le député de Seine-Saint-Denis s’est également exprimé sur le port obligatoire du masque dans les lieux publics clos, à partir du 1er août.

Très franchement, je ne comprends pas bien pourquoi on attend le 1er août. Je ne comprends pas ce retard à l'allumage. Cela me rappelle un peu l'improvisation d'avant le confinement.Eric Coquerel, député Insoumisà franceinfo

Éric Coquerel a également demandé que "si ces masques sont obligatoires, il faut absolument qu’ils soient gratuits."

Alors que le président a dit vouloir se réinventer et prendre de nouveaux chemins, Jean-Luc Mélenchon ne voit pas la différence entre le nouveau gouvernement de Jean Castex et celui d'Edouard Philippe. Pour lui, "dorénavant c'est comme auparavant mais avec un nouveau somnifère : Castex". Emmanuel Macron "dit vouloir reconstruire en 600 jours ce qu'il a détruit en 3 ans. Qui peut y croire ?" s'interroge le leader de La France insoumise  sur Twitter.

Toujours sur Twitter, Olivier Faure, le Premier secrétaire et député PS a déploré l'absence de "changement de cap" qu'"avait semblé vouloir engager" Emmanuel Macron. "Justice sociale et fiscale, écologie, démocratie, féminisme ne sont pas sur le chemin présidentiel" conclut le leader socialiste. "Le président de la République envoie un signal aux patrons en autorisant les baisses de salaires, en promettant sa réforme des retraites et en les rassurant sur l'ISF", écrit de son côté Fabien Roussel, secrétaire national du PCF. "Emmanuel Macron parle écologie mais sans contrainte sur les modes de production. Bref il a parlé à son camp, celui de la finance !"

"Le président de la République parle comme s'il démarrait son mandat et qu'il n'y avait pas trois ans pendant lesquels il n'avait pas reculé en matière d'écologie, de climat, de biodiversité", a réagi sur franceinfo Julien Bayou, le secrétaire national d'Europe Ecologie-Les Verts. 

Emmanuel Macron a notamment assuré vouloir inscrire "le plus vite possible" la lutte contre le réchauffement climatique dans la Constitution."On a encore eu droit à des discours très verts. A la vérité, je m'en réjouis", explique Julien Bayou.

On a pris un retard colossal en matière de climat, de biodiversité et même de ces centaines de milliers d'emplois qu'on pourrait créer si on s'attaquait véritablement à la transition écoloJulien Bayou, secrétaire national d"EELVà franceinfo

Le patron d'EELV. ne croit pas au "nouveau chemin" qu'Emmanuel Macron entend dessiner pour les 600 derniers jours de son mandat. "Il faut qu'il se dépêche. Il faut du concret. Il est à la fin de son mandat. Le Macron candidat avait promis quatre millions de rénovations des passoires thermiques. Cela créerait de l'emploi, cela améliore le bien-être, c'est bon pour le climat. Il n'en a rien fait pendant trois ans. Il dit, promis je vais le faire. Mais on a besoin d'actes concrets."

Un président "têtu et impuissant" pour la droite

A la droite de l'échiquier politique, Bruno Retailleau, chef de file des sénateurs LR a jugé sur Twitter "sans perspective ni vision" l'intervention présidentielle. "Pour la réinvention on repassera...", conclut-il.

Même tonalité du côté de Jean-Christophe Lagarde sur Twitter : "Nous attendions des décisions pour limiter la casse éducative et économique ainsi qu'une stratégie pour reconstruire. Nous avons eu une longue défense du bilan sans vision pour demain", regrette le président de l'UDI. 

Qualifié sur Twitter d'"exercice d'autosatisfaction" par Nicolas Dupont-Aignan, l'entretien télévisé d'Emmanuel Macron "n'a pas proposé des mesures précises traitant les causes du chômage, de la violence, de la désindustrialisation", selon le député et président de Debout La France qui estime que le pays "a besoin d'une vision et d'actes forts, pas d'un comédien qui se regarde dans son miroir."

Emmanuel Macron "n'a pas entendu le message des Français de ces dernières semaines et il n'est pas au rendez-vous de l'Histoire" a dénoncé sur franceinfo Sébastien Chenu député, député du Nord et porte-parole du Rassemblement national, dénonçant un président "têtu et impuissant". Selon lui, on ne peut pas "aborder une nouvelle étape en gardant la même philosophie politique".

Toutefois, Sébastien Chenu a salué sur franceinfo la décision d'Emmanuel Macron de rendre obligatoire le port du masque dans les lieux publics clos, à partir du 1er août prochain. "C’est une bonne chose. Nous l'avons réclamé depuis bien longtemps. Cette épidémie a été gérée en amateur", a-t-il estimé.

Pourquoi pas demain ? Que de temps perdu !Sébastien Chenu, porte-parole du RNà propos du port du masque obligatoire dans les lieux clos

Sébastien Chenu a également salué l’annonce d’Emmanuel Macron de généraliser les caméras-piétons sur les policiers d’ici la fin du quinquennat : "Nous l’avions demandé dans notre plan de soutien à la police. Cela va permettre de filmer les interventions, mais aussi de voir ce que les policiers subissent et ce qu'ils vivent au quotidien." "C'est tout de même très timide. Nous sommes très loin par rapport à l'océan de demandes et d'exigences que font les Français en ce qui concerne la sécurité", a terminé Sébastien Chenu.