Coronavirus : "Ça ne peut pas se passer comme ça", les anti-masques se rebellent

Relâchement de la vigilance face au Covid-19 ou refus assumé, le port du masque  fait en tout cas débat. Vécu comme une atteinte à leur liberté par certains, d'autres n'hésitent pas aujourd'hui à parler carrément de mensonge.

Les participants à cette rave-party, le 10 août 2020 en Lozère, ne portent pas de masque.
Les participants à cette rave-party, le 10 août 2020 en Lozère, ne portent pas de masque. (PASCAL GUYOT / AFP)

Alors que le gouvernement durcit le ton sur le port du masque et les mesures barrières, le mouvement des anti-masques semble prendre de l'ampleur. Il y a d'abord les plus visibles, en tout cas ces dernières semaines, ces jeunes qui participent à de grands rassemblements, sans masque. C'est pourtant dans la tranche d'âge des 20-29 ans que la hausse du nombre de cas est la plus importante. C'est aussi vers eux que le gouvernement veut désormais faire le plus de prévention.

Un certificat médical pour ne pas porter de masque

Mais les jeunes ne sont pas les seuls à se montrer hostiles au masque. Certaines personnes développent même des trésors d'ingéniosité pour éviter de le porter, en s'appuyant par exemple sur des certificats médicaux qui justifient de ne pas en mettre. Le décret prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de Covid-19 prévoit bien cette possibilité en cas de handicap, notamment respiratoire. Dans le Bas-Rhin, une médecin délivrait ce genre de certificats. Pour Eve Engerer, médecin généraliste à Wangenbourg, les masques font partie d'un mensonge global. "Ces mensonges, je n'en veux pas !, s'exclame-t-elle auprès de France Bleu Alsace. J'ai rencontré des personnes qui portaient le masque du matin au soir. Des femmes de ménage qui étaient obligées de porter le masque pour garder leur métier. Et même si elles étaient de bonne volonté, leur corps le rejetait, elles avaient des migraines, une hypertension... Je refuse cela. On n'a pas besoin d'être médecin pour comprendre ça."

Pour moi le masque, c'est un mensonge, comme les vaccins.Eve Engerer, médecin généralisteà France Bleu Alsace

Ces pratiques ne laissent pas les autorités sanitaires indifférentes. En l'occurence, cette médecin ne peut plus exercer. L'Agence régionale de santé (ARS) du Grand Est l'a suspendue cette semaine pour cinq mois en attendant une décision définitive de l'Ordre des médecins. Jean-Marie Letzelter, le président de l'Ordre dans le Bas-Rhin, justifie cette décision : "Nous avons appris qu'elle avait mis sur les réseaux sociaux un certificat pour permettre aux gens de le remplir eux-mêmes afin de ne pas être dans l'obligation de porter un masque là où c'est obligatoire. Évidemment, c'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase et provoquer la suspension par l'agence régionale de santé."

La médecin a diffusé sur les réseaux sociaux de certificats médicaux \"prêts à remplir\" pour s\'affranchir du port du masque.
La médecin a diffusé sur les réseaux sociaux de certificats médicaux "prêts à remplir" pour s'affranchir du port du masque. (CAPTURE D'ECRAN FACEBOOK / FRANCEINFO)

Ces attestations restent rares, rappelle l'Ordre des médecins. Les syndicats ne constatent pas non plus de remontées particulières. Et globalement le discours anti-masque reste marginal parmi les soignants. Mais il se développe, en revanche, sur les réseaux sociaux.

Des groupes anti-masques sur les réseaux sociaux

Dans des groupes dédiés sur Facebook, on échange des conseils ou des adresses de commerces où l'on peut faire ses courses sans masque. Les membres y partagent aussi des vidéos et expliquent leur point de vue. Parmi eux, certains sont moins radicaux que d'autres.

Franck, 36 ans, habite à Clermont-Ferrand et pense avoir eu le Covid-19 il y a plusieurs mois, maintenant il n'a plus peur de l'avoir. Il se plie quand même aux obligations en intérieur, mais dehors, c'est pour lui hors de question. Le port du masque en extérieur est pourtant en train de se généraliser. Les changements de discours des autorités au fil des mois lui posent problème. Il n'a tout simplement plus confiance. "Quand vous allez au cinéma, que vous vous asseyez dans une salle, on vous autorise à enlever le masque. Le virus, il fait une pause pendant le film ? Ou à Paris, quand vous avez masque obligatoire d'un côté de la rue, et pas de l'autre. Ça veut dire que le masque ne prend pas les passages piétons ? Ou idem sur les horaires... Mais quel sens ça a ?, s'interroge-t-il avant de reprendre, soit le virus circule et c'est dangereux, soit il circule moins et on arrête de mentir aux gens parce que je pense qu'il y a une grande part de mensonge."

Il y a aussi cette façon de communiquer aux gens du Premier ministre, cette façon autoritaire. On dirait un père fâché qui parle à un enfant. Ça ne peut pas se passer comme ça.Franck, "anti-masque"à franceinfo

Combien de temps Franck va-t-il pouvoir résister au port du masque ? Pour l'instant, il travaille toujours de chez lui et privilégie les courses en drive ou en livraison. Mais dans les prochaines semaines, il risque bien d'être confronté aux forces de l'ordre. Puisque le Premier ministre l'a annoncé mardi, les contrôles vont être renforcés, même en extérieur.