Déconfinement : pourquoi le taux d'incidence de 400 cas pour 100 000 personnes, choisi comme seuil par l'exécutif, suscite des interrogations

Le taux d'incidence maximum choisi par Emmanuel Macron comme repère pour décider du déconfinement est bien plus élevé que les niveaux d'alerte précédemment établis. Appliqués aujourd'hui, ceux-ci auraient des conséquences importantes pour de nombreux départements, comme le montrent nos cartes.

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Des Français profitent du déconfinement, le 23 juillet 2020 à Paris. (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

A quel moment faut-il déclencher l'alarme ? En dessinant les contours du déconfinement, le 29 avril, Emmanuel Macron a donné le nouveau taux d'incidence à partir duquel le gouvernement considérerait que "le virus circulerait trop" au sein d'un territoire. Ce seuil a été fixé à 400 cas de Covid-19 pour 100 000 personnes sur une semaine.

Si un département dépasse ce niveau, des "freins d'urgence" seront actionnés pour ralentir son déconfinement. Au niveau national, ce chiffre correspond à un peu plus de 38 000 contaminations par jour, bien loin des 5 000 cas évoqués en octobre. "La grande différence avec le mois d’octobre, c’est qu’aujourd’hui, nous avons un vaccin qui donne une perspective de sortie durable de la crise", a précisé le président de la République.

Lorsque le chef de l'Etat a présenté son plan de déconfinement, huit départements dépassaient encore ce seuil. Cependant, mercredi 5 mai, il n'en restait plus aucun au-dessus de cette barre. "Ce seuil de 400 a été choisi, car il était plausible que toutes les régions l’atteignent au 19 mai [date de la deuxième étape du confinement]", estime l'épidémiologiste Dominique Costagliola dans un entretien au Monde (article pour les abonnés), en relevant que "tous les autres pays retiennent des seuils beaucoup plus bas, 40 au Japon, 100 dans de nombreux pays". Ses réserves sont partagées par plusieurs de ses confrères, comme Mahmoud Zureik dans Le Parisien (article pour les abonnés) ou Antoine Flahault sur Twitter.

De fait, depuis le début de l'épidémie, le curseur choisi par le gouvernement a beaucoup varié. Pour visualiser ce changement, franceinfo a réalisé ces cartes en appliquant les précédents seuils aux dernières données épidémiologiques disponibles, le 1er mai.

Si l'exécutif se basait sur le "seuil d'alerte" de mai 2020, fixé à 50

Le 28 mai 2020, quelques jours après le premier déconfinement, le ministre de la Santé, Olivier Véran, présente les quatre indicateurs permettant aux autorités de surveiller l'avancée du virus par département. Parmi ceux-ci, le taux d'incidence, avec un "seuil de vigilance", fixé à 10 cas pour 100 000 personnes, et un "seuil d'alerte", fixé à 50 pour 100 000.

Avec cette grille de lecture, seule Mayotte pourrait être aujourd'hui déconfinée.

Si l'exécutif se basait sur le "seuil d'alerte renforcée" de septembre 2020, fixé à 150

Fin septembre 2020, Olivier Véran dévoile de nouveaux seuils permettant de distinguer les territoires où le virus circule le plus activement et d'adapter les mesures. Au "seuil d'alerte" de 50 cas, il ajoute un premier niveau, à 150 cas, le "seuil d'alerte renforcée". Dans ces zones, la jauge des rassemblements est ramenée à 1 000 personnes et les grands événements déclarés, comme les fêtes locales ou les fêtes étudiantes, sont interdits. Dans l'espace public, les rassemblements de plus de 10 personnes sont prohibés et les bars ferment au plus tard à 22 heures. Salles de sport, gymnases, salles des fêtes ou encore salles polyvalentes sont fermées.

Si ce seuil était appliqué aujourd'hui, 78 départements se trouveraient hors des clous.

Si l'exécutif sur basait sur le "seuil d'alerte maximale" de septembre 2020, fixé à 250

En septembre 2020, Olivier Véran ajoute également un deuxième niveau, baptisé "seuil d'alerte maximale" et fixé à 250 cas pour 100 000 personnes. Dans les zones où le taux d'incidence dépasse ce repère, il est décidé la fermeture totale des bars et des restaurants, ainsi que des établissements recevant du public "sauf s'il existe un protocole sanitaire strict".

Aujourd'hui, 22 départements dépasseraient cette limite.

Avec des "freins d'urgence" actionnés à partir de 400

A partir du 19 mai, c'est donc le nouveau seuil, fixé à 400 cas de Covid-19 pour 100 000 personnes sur une semaine, qui sera appliqué pour actionner d'éventuels "freins d'urgence". Deux autres critères, "une augmentation très brutale de ce taux" et "une menace de saturation des services de réanimation", seront également pris en compte

Au 1er mai, il n'y avait plus aucun département dans cette situation, ce qui laissait augurer un déconfinement pour l'ensemble du territoire. 

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