Covid-19 : pourquoi l'objectif des 5 000 cas par jour, condition fixée pour le déconfinement, risque de ne pas être atteint le 15 décembre

Ce chiffre sera "très difficile" à approcher, a prévenu, ce lundi, le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon.

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Le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, expose le 7 décembre 2020 le nombre de contaminations au Covid-19 qui ne baisse plus en France, lors qu'une conférence de presse, à Paris. (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

Un cap qui s'éloigne. Lors de son allocution du 24 novembre, Emmanuel Macron avait fixé l'objectif des 5 000 contaminations par jour par le Covid-19 comme l'une des conditions à la levée du confinement. "Nous pourrons donc à nouveau nous déplacer, sans autorisation, y compris entre régions, et passer Noël en famille (...). Les salles de cinéma, les théâtres, les musées pourront reprendre leur activité" avec des protocoles sanitaires, avait développé le chef de l'Etat.

Or, lundi 7 décembre, à seulement huit jours de l'échéance, le but est loin d'être atteint. En nette baisse pendant les trois premières semaines de novembre, la courbe du nombre de nouveaux cas positifs recensés chaque jour marque le pas et se stabilise désormais autour des 10 000 cas par jour.

"Malgré tous nos efforts, nous sommes toujours face à un risque élevé de rebond épidémique", a averti le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, au cours d'un point presse, lundi à 18 heures. Il a ajouté que "depuis quelques jours, le niveau des contaminations quotidiennes ne baisse plus". La France est "encore loin de l'objectif de passer sous la barre des 5 000" contaminations par jour fixé par le gouvernement, a-t-il observé.

"Un point d'alerte, mais pas de quoi s'affoler"

Pour Mircea Sofonea, maître de conférences en épidémiologie et évolution des maladies infectieuses à l'université de Montpellier, c'est une certitude : le seuil des 5 000 nouveaux cas par jour "ne sera pas atteint le 15 décembre". "C'est le seuil où il est possible de maîtriser l'épidémie : les ARS (agences régionales de santé), les caisses d'Assurance-maladie ne sont pas débordées pour tracer les cas contacts, les clusters ne sont pas trop nombreux, on peut remonter les chaînes de contamination", précise l'épidémiologiste à l'AFP.

Si le constat est partagé par la plupart des scientifiques, selon certains il faut encore attendre quelques jours avant d'analyser le phénomène. "Les indicateurs ont baissé de façon soutenue jusqu'à très récemment, mais ils marquent le pas depuis une semaine. Soit il s'agit d'une décélération de la baisse, soit une stabilisation, voire des prémices d'une augmentation", observe Mahmoud Zureik, professeur de santé publique et d'épidémiologie à l'université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, contacté par franceinfo. A ses yeux, l'objectif d'Emmanuel Macron était "ambitieux" dès le départ, "très difficile à atteindre". "Une stabilisation, c'est déjà un point d'alerte, mais il n'y a pas de quoi s'affoler, tempère-t-il. Ce qui est important, c'est ce qui va se passer avant et pendant les fêtes."

"On aura peut-être entre 5 000 et 10 000 contaminations par jour au 15 décembre", espère auprès de franceinfo Renaud Piarroux, chef du service de parasitologie de l'hôpital de La Pitié-Salpêtrière à Paris et co-auteur d'une tribune sur "le risque d'une troisième vague" dans Le Monde. "Entre 5 000 et 10 000 contaminations, c'est la bonne hypothèse. La mauvaise, c'est que ça tourne autour de 10 000." Si le second scénario se confirme, la phase de stabilisation des nouveaux cas pourrait durer, selon lui.

Plusieurs facteurs expliquent la stagnation

Cette pause dans la baisse du nombre de nouveaux cas est-elle une conséquence de la réouverture des commerces, le 28 novembre ? Il est encore un peu tôt pour le dire. "On ne peut pas aller plus vite que la musique. On verra cette semaine les effets de ce qui a été décidé il y a huit jours", souligne Renaud Piarroux, qui rappelle qu'il existe toujours un décalage de plusieurs jours entre une mesure de confinement ou de déconfinement et ses répercussions. Néanmoins, il constate que "la tendance à la baisse moins marquée" accompagne "l'assouplissement des mesures". D'autres explications, comme les températures froides qui touchent plusieurs régions ces derniers jours, pourraient également expliquer le ralentissement de la baisse des contaminations.

Par ailleurs, cette tendance à la stagnation du nombre de nouveaux cas en France cache des différences entre territoires. Si la baisse se poursuit dans certains départements, d'autres, disséminés un peu partout en France, voient leur taux d'incidence (le nombre de cas positifs sur sept jours rapporté à la population) repartir à la hausse, comme le souligne sur Twitter l'ingénieur en informatique Guillaume Rozier, créateur du site CovidTracker.

 

Les chiffres pourraient d'ailleurs s'avérer encore moins favorables que prévu dans les prochains jours, en raison de la prise en compte, à partir de ce mardi, des résultats des tests antigéniques dans les statistiques.

"Il est possible que tous les cas détectés avec des tests antigéniques ne soient pas encore remontés dans les bases, ce qui peut nous donner une image un peu trop optimiste de la situation épidémiologique" évaluait, jeudi 3 décembre, dans Le Monde, Simon Cauchemez, directeur de l'unité "modélisations mathématiques des maladies infectieuses" à l'Institut Pasteur, le "monsieur projections" du Conseil scientifique

Guillaume Rozier relève lui aussi, sur franceinfo, l'absence des résultats des "tests rapides" dans le recensement des cas. Sa projection est de "6 600 cas au 15 décembre sans prendre en compte les tests rapides. Ce serait 7 000 ou 8 000 cas au 15 décembre en prenant en compte les tests rapides." Enfin, il dresse un autre constat : "Selon les données de Google du déplacement des Français, on remarque qu'à partir du 15, 16 novembre, les Français ont commencé à davantage se déplacer. Ils sont moins restés confinés chez eux."

"On regarde de près ce phénomène"

Que va-t-il se passer si la stagnation se prolonge ? Le scénario qui se dessine n'est guère optimiste. Nombre d'épidémiologistes s'accordent pour dire que plus le nombre de cas sera élevé avant les fêtes de fin d'année, plus il sera difficile d'éviter le rebond par la suite. Ainsi, le nombre de personnes contaminées avant Noël risque de doubler après les repas en famille et de tripler après les fêtes du Nouvel An, expose Mahmoud Zureik.

Si ce nombre est de 10 000, il va passer à 20 000, puis à 30 000. "D'où l'importance d'arriver avant les fêtes avec le nombre de nouveaux cas le plus bas possible. Sinon ce n'est plus maîtrisable", souligne le professeur d'épidémiologie, qui refuse toutefois de prédire une troisième vague dès maintenant. "Le démarrage d'une nouvelle vague est difficile à mesurer, cela ne se verra que mi-janvier", abonde, de son côté, Renaud Piarroux, qui rappelle que le "contaminé de Noël" devient le "contaminant du Nouvel An".

Pour éviter de filer tout droit vers une troisième vague, les assouplissements du confinement qui doivent entrer en vigueur le 15 décembre pourraient-ils être remis en cause ? "On regarde de près ce phénomène, pour être sûr de savoir ce qu'il faut en déduire. On ne sait pas encore si c'est un plateau, un ralentissement de la diminution du nombre de cas ou un rebond. Ce tassement arrive une semaine avant le rendez-vous fixé aux Français. Si la situation reste tendue, on intégrera le risque et des mesures de nature à limiter les contacts", assure-t-on au ministère de la Santé, interrogé par franceinfo. Ces décisions pourraient être dévoilées ce jeudi par le Premier ministre, Jean Castex, lors d'une conférence de presse, après un conseil de défense sanitaire, mercredi matin à l'Elysée. 

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