Covid-19 : pourquoi certains pays européens assouplissent-ils leurs restrictions sanitaires ?

A contre-courant de plusieurs de leurs voisins, des pays comme l'Italie, la Pologne ou encore la Grèce ont commencé, lundi, à alléger certaines mesures de lutte contre la propagation du coronavirus. Des décisions aux fondements sanitaires, qui répondent aussi au contexte économique et à l'opinion publique.

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France Télévisions
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Un restaurant rouvre à Claviere, dans la région du Piémont (Italie), le 2 février 2021.  (THIBAUT DURAND / HANS LUCAS / AFP)

Vues de France, les images peuvent surprendre, à l'heure où le gouvernement de Jean Castex a décidé de renforcer les restrictions pour mieux lutter contre l'épidémie de Covid-19. En Italie, des restaurants, bars et musées ont pu rouvrir lundi 1er février, tandis que des bibliothèques et des centres commerciaux ont de nouveau accueilli du public en Pologne ce même jour. A quelques centaines de kilomètres plus au sud, l'ensemble des collégiens grecs et de nombreux lycéens retrouvaient le chemin de leurs établissements, après deux mois et demi de fermeture du fait du virus. 

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) avait pourtant alerté, jeudi 28 janvier, sur le fait qu'il était "trop tôt pour assouplir" les règles en vigueur, en raison de la circulation "encore très élevée" du virus. Comment expliquer ces prises de décisions ? Si elles se fondent d'abord sur des évolutions sanitaires, d'autres facteurs, économiques et psychologiques, ont aussi été pris en compte.  

Parce que la situation sanitaire s'améliore

Une lueur d'espoir pour l'Italie, si durement touchée par l'épidémie de Covid-19 en 2020. En matière de situation épidémiologique, la plupart des régions italiennes sont passées lundi en "jaune", soit un niveau de risque modéré. Celui-ci permet aux bars et restaurants de rester ouverts jusqu'à 18 heures (avec un accueil limité et dans le respect de la distanciation sociale), et aux musées d'ouvrir en semaine. Seules cinq régions – le Haut-Adige (nord), l'Ombrie (centre), les Pouilles, la Sardaigne et la Sicile (sud) – sont classées en "orange", pour un risque moyen face au virus. Et il n'y a plus aucune région italienne classée en "rouge", ce qui impliquait un confinement et la fermeture de tout commerce non essentiel. 

Ce recul du niveau de risque pour certains territoires se base sur plusieurs critères, tels que le taux d'occupation des services de réanimation ou le taux de propagation du virus. "La situation globale montre de légers signes d'amélioration", indique ainsi le ministère de la Santé italien dans son dernier bulletin hebdomadaire (lien en italien). Dimanche 31 janvier, le pays a recensé 11 249 cas d'infection au Covid-19, contre 13 563 vendredi 29 et 15 191 mercredi 27, d'après l'université américaine Johns-Hopkins (lien en anglais), qui fait référence sur le sujet. Dimanche 24 janvier, le nombre de nouveaux cas était de 11 628, un chiffre stable par rapport au dimanche suivant. Au cours des sept derniers jours, le taux d'incidence en Italie s'établit à 141 cas confirmés pour 100 000 personnes, contre 214 pour la France, souligne Reuters. 

La situation semble également en voie d'amélioration en Pologne, où musées, bibliothèques, galeries d'art et centres commerciaux ont rouvert lundi. Comme l'indique l'université Johns-Hopkins, le nombre quotidien de contaminations est stable d'une semaine à l'autre : il était de 7 153 le jeudi 28 janvier, contre 7 008 une semaine plus tôt. Et de 2 504 lundi 1er février, contre 2 674 sept jours auparavant. Enfin, depuis le début du mois de janvier, la courbe des contaminations et des décès indique une évolution à la baisse de ces données. Quant au taux d'incidence, il est de 99 cas avérés pour 100 000 habitants, indique Reuters

Parce que l'impact de la crise économique est trop lourd

Avant le changement engagé par certaines régions italiennes lundi dernier, la ville de Florence, en Toscane, avait rouvert les portes de l'ensemble de ses musées le 21 janvier, comme l'explique le correspondant de France Télévisions en Italie, Alban Mikoczy : "L'ouverture des musées est avant tout un choix économique", souligne-t-il, rappelant que la fermeture des musées représentait, pour la ville, "un manque à gagner de deux milliards d'euros".

La logique économique est également avancée en Espagne, dans la région de Madrid. Dès vendredi, le couvre-feu doit y être repoussé à minuit  – contre 22 heures actuellement – et les terrasses des restaurants pourront accueillir des groupes de six personnes, ont annoncé les autorités régionales lundi. Dans la capitale espagnole, le taux d'incidence (calculé sur 14 jours) atteint 993, selon El Pais (lien en anglais). Et au cours des deux dernières semaines, les autorités sanitaires ont recensé plus de 66 000 nouvelles infections, soit le nombre de nouveaux cas le plus élevé d'Espagne. 

Mais pour le gouvernement de la région, fermer certains commerces n'entraîne que des faillites et du chômage, sans forcément permettre d'infléchir la courbe des contaminations, note El Pais. "A Madrid, nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour maintenir les secteurs de l'hôtellerie, de la restauration et de la culture ouverts, et ce malgré la pression politique de l'ensemble des institutions", a ainsi déclaré la présidente de la communauté de Madrid, Isabel Díaz Ayuso. 

Un discours également tenu du côté de la Catalogne : "Nous ne sommes pas un pays pauvre ni un pays riche. Si nous pouvions donner les mêmes aides qu'en France ou en Allemagne, nous n'aurions sans doute pas tout rouvert", a récemment reconnu Josep Maria Argimon, secrétaire de l'Agence de santé publique de cette région, relève LCI

Parce que le poids social et psychologique des restrictions inquiète

Le gouvernement autrichien a annoncé ce lundi la réouverture, le 8 février, de ses musées et magasins, mais également de ses écoles. "Nous sommes loin de notre scénario idéal d'un taux d'incidence de 50 cas pour 100 000 habitants sur sept jours", a reconnu le chancelier conservateur, Sebastian Kurz. L'Autriche enregistre en effet un taux d'incidence hebdomadaire de 146 cas pour 100 000 personnes, indique Reuters. Mais il faut tenir compte "d'autres aspects", a défendu le dirigeant, évoquant entre autres le besoin des élèves de retrouver le chemin de l'école, et l'importance du poids social et psychologique de ces restrictions. "Nous avons donc décidé à l'unanimité de prendre des mesures d'assouplissement prudentes", a-t-il déclaré. 

Les élèves autrichiens vont donc, dès lundi, retrouver des cours en présentiel, après plusieurs mois d'enseignement quasiment entièrement à distance. Des tests réguliers seront menés et un système de rotations sera mis en place pour les collégiens et lycéens autrichiens. Une semaine plus tard, le 15 février, les autorités évalueront la possibilité (ou non) de rouvrir les restaurants et d'autoriser à nouveau des événements sportifs et culturels. 

En Grèce, les collégiens ont retrouvé leurs établissements dès lundi, ainsi que les lycéens de régions où le virus circule moins. Une respiration pour ces jeunes Grecs, après deux mois et demi de fermeture. Comme Sebastian Kurz en Autriche, la ministre grecque de l'Education, Niki Kerameus, a elle aussi insisté sur l'importance de cette décision, lors d'une visite d'un collège en banlieue d'Athènes. "Notre priorité est la réouverture des écoles, a-t-elle déclaré, en prenant toujours les mesures nécessaires pour votre santé et la santé publique."

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