Covid-19 : le concept, son efficacité, les critiques... Voici ce qu'il faut savoir sur "la bulle sociale"

Il s'agit de l'une des mesures envisagées par les membres du Conseil scientifique pour limiter la diffusion du coronavirus en France. Mais la bulle sociale ne fait pas l'unanimité chez les experts, notamment en Belgique où elle est appliquée depuis plusieurs mois.

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A Paris, un couple masqué se promène dans le 6e arrondissement, le 30 août 2020. (MYRIAM TIRLER / AFP)

Et si réduire sa vie sociale permettait de lutter efficacement contre l'épidémie de Covid-19 ? Alors que l'Angleterre s'apprête à interdire les rassemblements de plus de six personnes, y compris à la maison, cette stratégie fait réfléchir en France. Bruno Lina, virologue membre du Conseil scientifique, assurait au micro de franceinfo jeudi 10 septembre que "cela fait partie des éléments qui sont sur la table". Voici quatre choses à savoir sur ce qu'on nomme la "bulle sociale".

Des réunions limitées à quelques personnes

Le concept est simple : chaque foyer doit choisir un nombre limité de personnes avec lesquelles il aura un contact rapproché. Aucune autre interaction en dehors de cette bulle n'est permise. La liste de personnes est la même pour tous les membres du foyer. Il faut ainsi renoncer aux réunions de famille à 40 ou aux apéros à 15 en terrasse. Toutefois, les éventuelles interactions sur les lieux de travail s'avèrent toujours possibles, à condition de respecter la distanciation physique et les gestes barrières.

Cette solution pour lutter contre le coronavirus est mise en avant dans une étude belge (non validée par la communauté scientifique), publiée le 6 juillet sur le site medRxiv. Elle affirme que les bulles domestiques "ont le potentiel de réduire le nombre d'admissions à l'hôpital pour des cas de Covid-19 de près de 90%".

En outre, l'étude note qu'il n'est pas nécessaire de fermer les écoles, sachant que "les enfants ont un niveau de sensibilité plus faible et moins de risque de contracter" le Covid-19. Une telle mesure n'aurait "relativement qu'un petit impact" sur l'épidémie.

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Une stratégie appliquée en Belgique

La Belgique a expérimenté la bulle sociale dès le mois de mai. Lors du déconfinement, les autorités ont ainsi décrété que chaque famille pouvait accueillir quatre personnes chez elle. Ce chiffre a grandi petit à petit, pour atteindre 15 personnes en juillet. Mais la recrudescence des cas de Covid-19 dans le pays a contraint la Première ministre, Sophie Wilmès, à réduire de nouveau cette bulle le 29 juillet, cette fois à cinq individus.

Si cette limitation devait au départ rester en vigueur jusqu'à fin août, Sophie Wilmès l'a finalement prolongée jusqu'au 30 septembre au moins, comme l'a indiqué la RTBF. "Les mesures mises en place en août semblent être efficaces. La transmission a désormais commencé à diminuer, a expliqué la Première ministre. Mais le virus circule toujours. Aucune mesure ne pourra totalement le supprimer." Les rassemblements de moins de dix personnes sont autorisés en dehors de la bulle, mais en respectant les règles de distanciation physique. Dans la bulle domestique, une telle précaution ne s'applique pas.

Des règles qui divisent les Belges

Cette politique a-t-elle été efficace ? Pour le virologue belge Marc Van Ranst, interrogé par la RTBF mi-août, cela ne fait aucun doute : "Ça a marché ! Ça a fait diminuer la première vague et c’est en train de [faire] diminuer la deuxième." Le scientifique ajoutait alors qu'il était "trop tôt pour élargir la bulle sociale. On peut considérer un élargissement dès que la courbe est en train de diminuer fortement. La diminution est faible pour le moment. C’est encourageant, mais on n’en est pas là".

Selon le rapport épidémiologique du 10 septembre, le nombre de nouveaux cas d'infections en Belgique a augmenté de 15% en une semaine, et les admissions à l'hôpital de 23%. Mais fin août, ces chiffres étaient en baisse (diminution de 14% des infections et de 39% des hospitalisations).

En outre, la politique de la bulle sociale ne fait pas l'unanimité au sein de la population. Sophie Wilmès le reconnaît : "Pour que ça fonctionne, il faut suivre la règle. Une étude a montré le manque d’adhésion. Une des raisons, c’est la lassitude. Nous avons soif de partager et de liberté (...). Eviter les contacts rapprochés qui se multiplient reste une priorité par rapport à ce que l’on sait de la transmission du virus. Il faut réfléchir à une autre façon de voir les gens. Moi aussi, qui suis quelqu’un de très tactile, j’en souffre mais nous devons nous adapter."

"Maintenir cette bulle à cinq, ce n’est pas tenable dans le temps. Il faut que les gens reprennent leur vie sociale le plus possible", soutient l'épidémiologiste Yves Coppieters, également interrogé par la RTBF. Pour lui, il vaut mieux "supprimer" cette bulle sociale, et plutôt insister sur les gestes barrières, ainsi que sur le port du masque. "Bien sûr, l’idée était bonne au départ, continue-t-il. Mais ça n’a de sens que lorsque l’épidémie est en pleine expansion. Or, le virus circule peu."

Pour le journal Le Soir, selon des propos rapportés par Courrier international, c'est "un modèle pensé pour des couples avec enfants vivant sous le même toit : une famille rend visite à une autre famille". Mais cet exemple, "systématiquement cité" par les autorités, "ne représente que 37% des ménages belges". Autre réserve qui pourrait faire éclater la bulle : "C’est non applicable, c’est non appliqué et c’est non contrôlable. Donc, c’est par définition une mesure qui ne sert à rien, sauf à embêter tout le monde", déplore auprès de la RTBF Jean-Luc Gala, chef de clinique.

La solution ne convainc pas tout le monde en France

"Le gouvernement va devoir prendre des décisions difficiles", a estimé mercredi Jean-François Delfraissy. Le Conseil scientifique, dont il est le président, a rendu public le même jour un nouvel avis (PDF) sur la gestion de l'épidémie du Covid-19 en France. Face à l'augmentation des cas, il recommande entre autres de réduire la période d'isolement pour encourager la population à la suivre.

La bulle sociale constitue donc une autre piste. Bruno Lina a jugé "intéressante" la démarche des Anglais. "Il n'y a pas de chiffre magique, mais il est clair que quand on a un groupe de 70 personnes, on a dix fois plus de chances de rencontrer quelqu'un qui est malade que si on a un groupe de sept, explique-t-il. Donc, il s'agit de définir effectivement ces espèces de bulles sociales qui permettent de continuer à avoir des contacts, voir des gens, à aller au restaurant, recevoir, mais en évitant des brassages trop importants". Il concède cependant qu'"il est important de continuer à maintenir la vie sociale".

L'épidémiologiste Martin Blachier est, lui, plus réservé. "La mesure qui est de ne pas être plus de quatre, cinq ou six en même temps est beaucoup plus contraignante que le port du masque", avançait-il sur franceinfo le 9 septembre, en réaction à l'annonce de l'Angleterre de limiter les rassemblements à six personnes. "Je pense qu'à moyen ou long terme, le masque est beaucoup plus jouable et tenable que de limiter à ce point-là les rapports sociaux, ce qui mène à une refonte totale de tous nos rapports les uns avec les autres. Ce n'est pas très loin du confinement. Le masque est particulièrement intéressant parce qu'une fois qu'il a été accepté et qu'on s'est habitué, il permet d'avoir une vie qui est quasi normale."

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